Un prof vide son cartable

Chroniques déconnantes à base de prof.

04 mai 2008

L'amour enfin retrouvé chez les 6e4

Chez les 6e4, le printemps est aussi à l’ouvrage.

Et pour les garçons, c’est une épreuve bien difficile que celle de résister à l’appel de toutes les gracieuses de la classe, déclinées en robes et jupes colorées, trésors troublants se mouvant en d’exquises volutes, exposant leurs minuscules gambettes, aux extrémités délicatement engoncées dans de splendides espadrilles jaunes.

Ou vertes.

Oui, qui pourrait imaginer que dans ces chatoyantes babouches, espace détente de l’orteil fourbu, vit un monde de douceurs et de félicités, où la vie prend tout son sens et les sens toute leur vie ???

– Alors Bourzig ??? Une p’tite copine en ce moment ??
– Ben non… pis là, j’ai foot le soir...

Oui, il y a des priorités dans la vie, et c’est vrai que l’on n’a pas toujours les disponibilités pour s’occuper de ces dames, c’est regrettable mais c’est ainsi.

– Mais dis Bourzig, c’est le printemps, faut taquiner la gisquette, et Fanny ???
– Ouais bof… et pis Fanny, elle est amoureuse d’Houzi, des 6e7… alors les filles…

Des 6e7 ??? Mais c’est quoi ce bordel ??? Alors qu’on a tout ce qu’il faut en 6e4 ???

Sans plus attendre, je demandai confirmation de l’ignominie auprès de la joliette :
– Fanny, je viens d’apprendre pour Houzi, je ne te cache pas que je suis plutôt déçu, un 6e7… je te pensais plus ambitieuse…
– Oui mais il habite juste en dessous de chez moi, c’est plus pratique.

Plus pratique ?!?! Et l’amour bordel !!!!!

Ainsi donc Mata Hari s’était réincarnée en choupette et sévissait au cœur même des 6e4, convolant avec l’infamie : un élève standard de 6e7. Je ne savais pas cette dernière capable d’une telle forfaiture, et je dois avouer ma bien grande tristesse de voir ainsi notre Fanny refuser ses faveurs à mon équipe de bras cassés, préférant l’amour de proximité, que dis-je, de bas étage, à l’exotisme enivrant de la rue d’à coté, contrée où se reposaient après une journée de dur labeur, mes trois mousquetaires.

Je me devais de réagir et de rapatrier ces amours égarés, afin de maintenir l’homogénéité du groupe classe. Aussi je décidai d’incliner le cours des choses, je bottai donc le cul au destin :
– Houzi ??? Jacques Houzi ??? Des 6e7 ???
– Vi.
– Ah bon… c’est marrant… je croyais qu’il était avec Éva des 6e2 (tu suis lecteur ??)…
– Ah oui ???
– Oui mais bon, j’ai dû me tromper, y se faisaient des bisous au fond de la cour, mais c’était certainement amical, rien d’inquiétant donc, voilà…
– …

(Saches, cher lecteur, que ces méthodes me répugnent, mais tu me pardonnera cette vile crapulerie mais j’ai un blog à tenir, alors si les filles commencent à courir à droite à gauche, je fais comment moi ???)

Et j’ajoutai ceci :
– Quand on pense qu’un garçon comme Bourzig est célibataire… mais dans quel monde vit-on…

Alors Fanny, interloquée, ouvrit nerveusement sa trousse, et sorti le taille crayon, vestige de son amour passé, et mille souvenirs défilèrent devant ses yeux, ces si chers instants, quinze jours de nectar de bonheur. Puis, sans doute le cœur gros, elle regarda là-bas au loin, au fin fond de la classe, par delà les bons élèves, ce héros tant aimé, le sieur Bourzig, visiblement très occupé à ne rien faire, se balançant nonchalant sur sa chaise, avec cette tranquille assurance du redoublant qui sait qu’il ne peut pas tripler, et cette vision emporta la belle et sa décision.

Quant à moi, j’informai illico mon glandeur sur balançoire de cette nouvelle opportunité :
– Dis Bourzig, pour Fanny, c’est bon hein, tu peux attaquer, à fond.
– Ah bon ?? Ouais… j’vais voir… avant d’aller au foot…

Alors mon cœur s’emplit de joie de voir enfin ce couple reconstitué, tel un surimi d’amour, une offrande déposée en humble contribution aux féeries du printemps.

Et c’est en rejoignant ma voiture, que je vis à la sortie du collège, mon Bourzig achever de conquérir la belle, dessinant des myriades de figures avec son vélo, démarrant sur la roue arrière, puis virant en de majestueuses glissades, avant que de piler juste devant Fanny, laquelle hébétée, n’en pouvait plus d’amour d’autant de dérapages. Puis Bourzig, pour parapher son œuvre, démarra un sprint effréné afin d’afficher sa vitesse de pointe, ce qui finit de combler Fanny, une Fanny pantelante, au bord du chemin et de l’évanouissement, car mille fois reconnaissante de toutes ces ardentes déclarations, tandis qu’au loin là-bas, debout sur les pédales et au milieu des gaz d’échappement, s’évaporait le chevalier au biclou rouge.

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01 mai 2008

Le printemps

Aaaaaaah le printemps !!! Féerie d’une renaissance mille fois célébrée, magie de notre majestueuse nature, auguste bienveillance de nos latitudes, qui fait verdoyer nos forêts, rosir les visages, bleuir nos prés, jaunir les champs, sans oublier le linge, qui sèche tellement plus vite.

Que de bontés.

C’est ça la magie du printemps, tout s’échauffe, les cœurs s’enflamment, les corps tisonnent, et Dame Nature exhale son renouveau, exposant nos pâleurs à son doux rayonnement, tandis qu’au loin là-bas, les vrombissements des tondeuses à gazon saluent à leur façon le retour de la belle saison.

Enfoirés de voisins va.

Ah !!! Souviens-toi lecteur !!! De cette époque bénie, bien après J.-C, mais juste avant SMS, où dans une sorte de rituel printanier, apparaissait une flore d’un genre particulier : de petits bouts de papier porteurs d’amoureuses requêtes et autre invite au bisou, se répandant d’un bout à l’autre de la classe, en direction de l’être cher.

Aaaaaaaaaah !!! Que de souvenirs !!!! Les doux souvenirs de l’adolescence !!!!

Souviens-toi lecteur, lorsque nos ferventes déclarations se déclinaient en de minuscules formats, que nous faisions circuler par de complexes trajets clandestins en direction de l’être aimée, avec l’aide bienveillante de toute la classe. Souviens-toi lecteur, lorsque la missive prenait le chemin du retour, son petit bonhomme de chemin, empruntant mille détours, faisant battre nos cœurs, pour enfin l’avoir entre nos mains. Où là, le cœur serré, nous dépliions la dépêche pour enfin découvrir la réponse de la belle, écrite de sa main même, de cette main si délicate : « Tu peux te brosser ».

Alors nous arborions ce petit sourire benêt si caractéristique de ces instants précieux où l’on se sent si con, et que l’on dévisage le tableau, subitement intéressé par les troubles équations, exposant notre acné purulent aux doux rayons des néons, mais enfin initié à cet aspect incontournable de la vie amoureuse : le râteau.

Alors par dépit, nous rédigions un deuxième message à destination cette fois d’une moins jolie, ce qui augmentait sérieusement nos chances. Une malgré tout fort bien nantie, et de corps et d’esprit, et qui en pinçait grave pour nous, avec laquelle nous allions négocier des heures durant pour lui tripoter les lolos, ce qu’elle finissait par accepter, afin d’avoir enfin la paix, et à bout. Des lolos soigneusement enveloppés dans un soutif, puis un chemisier, puis un gilet, puis un manteau, mais le palpage de la matière noble de ce dernier seul, suffisait amplement à notre bonheur, et faisait notre gloire pendant la récré, où nous prétendions avec une mauvaise foi absolue, qu’on lui avait vu le téton.

Une que l’on larguerait sans autre façon.

Mais une que l’on retrouvera bien des années plus tard, car de passage dans le coin, et qui avec un petit sourire aux lèvres et un brin moqueuse vous glissera «  Et toi ?? Toujours aussi galant avec les femmes ??? »

Alors nous arborerons ce petit sourire benêt si caractéristique de ces instants précieux où l’on se sent si con, et que l’on dévisage le parcmètre le plus proche, subitement intéressé par ces métronomes de l’immobile, et bredouillant un convaincant « Oui oh tu sais, j’étais jeune… et toi ?? T’as quoi comme voiture ??? ». Espérant secrètement qu’au vu de la date des faits, il y aurait prescription.

Et oui, c’est aussi ça le printemps, tandis que les doryphores prolifèrent, que les patates abhorrent, des nuées de coléoptères s’apprêtent à butiner la flore.

Héhé.

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28 avril 2008

Vissons un écrou supplémentaire sur la tige filetée de notre pédagogie

Aujourd’hui : la pédagogie du contre-exemple (prononcez contrex, vous gagnerez un temps précieux, et profitez-en pour faire un peu de sport, parce que bon, ces petits bourrelets disgracieux, beurk)

J’ai souvent remarqué chez nos jeunes enseignants une parfaite méconnaissance de cet outil que constitue la pédagogie du contre-exemple. Il semblerait que les enseignants en IUFM soient pour le moins circonspects quant à son utilisation. Mais bon, s’ils enseignent en IUFM, sans vouloir dire du mal, j’vous fais pas un dessin, mais quand même, quelle bande de loosers ceux-là.

Mais en quoi consiste cette pédagogie ????
Simple.

Lorsqu’un enfant, un ado, ou assimilé, enfreint une règle de vie, tout l’art de cette pédagogie consiste à lui signifier son erreur par une illustration in vivo, mais a contrario, et sans a priori, de son errement.

Mais foin de théorie, quelques exemples bien sentis valent mieux qu’un long discours, et c’est d’ailleurs le principe même du contre-exemple.

Imaginons deux enfants chahutant dans le salon vous empêchant de faire la sieste.
La première réaction dite « primaire » consiste à réprimander de façon impulsive ces enfants joueurs comme ceci :
– Dites les enfants, ne pourriez-vous pas faire un peu moins de bruit s’il vous plait ??? Hein ?? Vous êtes gentils.

Classe non ??
Ouais bof, faut voir, c’est vite dit.
En tout cas, c’est peu efficace.

La deuxième, qui nécessite plus de sang froid, car imposant une rapide évaluation de la situation, le choix pertinent de la réaction à mettre en oeuvre, l’estimation des conséquences possibles sur sa vie d’adulte, vous permettra de convaincre ces vilains polissons des vertus apaisantes du silence, en suggérant tout simplement ceci :
– HÉÉÉÉÉÉ !!! MAIS PUTAIN VOUS ARRÊTEZ DE CRIER OUI OU MERDE ?????????

Voilà.
En gueulant bien fort si possible, et pensez à bien laisser le débat ouvert en proposant l’option « oui ou merde » car l’enfant se trouvera devant un choix et c’est excellent pédagogiquement. Bien que l’expérience nous montre que l’option « merde » est rarement choisie, on ne peut que le regretter, car, d’expérience aussi, le débat qui s’ensuit est nettement plus vivant, enjoué, mais toujours bon enfant.

Et vous venez sans le savoir de pratiquer la pédagogie du contre-exemple. Demander à autrui de cesser de faire une chose, en la faisant, mais beaucoup mieux, et plus fort.

Franchement, c’est dingue ce truc.

Alors que constatons-nous ?? Et bien que la première réaction, en général un pur réflexe, très intuitive, voire un brin vulgaire, vous mène directement dans une impasse pédagogique.
Alors que la seconde, que vous acquerrez à force de travail, vous permet d’obtenir les résultats escomptés, et vous roulez serein sur le tarmac de la réussite, et attrapez sans difficultés le charter du bonheur.

Alors bien sûr, je l’entends bien, certains d’entre-vous ne sont pas d’accord, c’est votre droit, c’est votre point de vue, vous avez bien fait de l’exprimer, c’est tout à fait respectable, mais mon Dieu, qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre comme conneries.

Un autre exemple de cet art si particulier :
Un enfant lambda s’impatiente car il veut faire pipi alors que vous êtes en voiture, et sacrément en retard, pasque vous glandiez devant la télé.
– Z’ai envie faire pipi, dit-il en s’impatientant.
Ah !!! C’est bien les gamins ça !!! Ahahahahahah !!!

Ouais.

Vous noterez au passage quelques traces d’égoïsme sous-jacent dans son propos, petit saligaud, mais ça il le paiera plus tard, car vous avez la rancune tenace.

Ici, la notion à faire passer, le savoir être pour être précis, c’est la patience.
Aaaaah la patience !!! Mère de toutes les vertus, grand-mère des qualités, tante du savoir-vivre, nièce de la bienséance, belle-sœur de la civilité, cousine par alliance de l’élégance, fille d’un premier lit du respect d’autrui, maîtresse de la gentillesse, enfin bref, limite salope quand même.

Mais comment faire ??? Là encore deux solutions.
La première, un peu facile il est vrai, mais bon, admettons :
– Prends ton mal en patience mon chéri, je fais diligence pour trouver le site adéquat où tu pourras t’épancher.

Ouais, limite obscène quand même.

Le petit s’agace un peu, comme quoi, bonjour l’efficacité, et l’exprime avec ses mots d’enfant :
– Vi mais j’ai envie moi !!!! Bouuuuuh, snif, snif…
Que c’est mignon.

C’est mignon, mais visiblement, votre remarque est sans effet. D’où la nécessité de faire tout un travail sur la zen-attitude, en mettant l’accent essentiellement sur la notion de patience, de sang froid, en glissant ceci (attention !!!! Chaque mot compte !!!!!) : 
– NON MAIS TU PEUX PAS PATIENTER MERDE ?????

Chouette le contre-exemple non ???
Et vous constaterez que son envie pressante disparaît comme par enchantement. Mais pas de hasard dans ceci, non, car il est démontré qu’un contre-exemple bien utilisé agit directement sur l’organe rebelle. Ici par exemple, la vessie sera dilatée d’un facteur 10, et normalement, vous devriez être tranquille pour quelques semaines.

Que dire pour conclure, si ce n’est qu’après une telle démonstration, il n’y a rien à ajouter.

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13 avril 2008

Poisson d’avril !!!!!

Bon, bien sûr, ce jour-là, je remarque à peine que les élèves m’observent bizarrement, se demandant sans doute comment me coller dans le dos leur poisson d’avril long comme mon bras, sans se faire gauler.

Mais ce jour-là, bon prince, je deviens insensible du dos, et je ne sens quasiment pas la main tremblante, mais courageuse, qui essaie d’appuyer le scotch, putain ça tient pas ce truc, bien que souvent je trouve ça un peu long. Mais lorsque j’estime qu’il a eu sa chance, je reprends mes activités, en ne sachant quasiment pas que j’arbore en mon verso, un de ces poissons approximatifs, ou malades, dont l’œil géométrique et blafard, en dit long sur l’état de nos rivières et la pollution des océans.

C’est mon humble contribution à cette fête poissonneuse.
Et c’est ainsi que nous vaquons, eux pouffant tant qu’ils en peuvent, et moi, prenant l’air étonné du gars qui débarque. Ce qui démontre que par une simple mutualisation des envies de déconnage respectives, une tradition peut perdurer.

Mais nous aussi avec Christophe, on fête le premier avril, mais bon, un peu tous les jours quoi.
Bon, pas avec des poissons malades, mais avec des virus informatiques.
Mais pas des vrais virus méchants et tout, non, nous, on programme ce qu’on appelle des poils à gratter informatique, ça efface rien, ça plante rien, c’est juste pour rigoler.
Et le premier avril, mais je dois confesser que nous dépassons bien souvent ce cadre poissonnier, nous nous faisons un plaisir de pourrir tous les PC de l’administration du collège.

Avec Cricri on se répartit les tâches, lui trouve les idées à la con, et moi, je les programme.
Notre premier poil à gratter à la con (prononcez PAGALAC), bien rigolo d’ailleurs, prend l’image de votre écran, et la retourne de 180°, comme si on avait retourné votre écran quoi, sauf qu’il est pas retourné, et y’a tout qu’est écrit à l’envers, les menus sont en bas, enfin bref, un bon bordel.

Alors bien sûr, un programme, faut le tester, et pour ça, on a Tati.

Et j’ai foutu le pagalac sur le PC de Tati, j’ai attendu bien sagement en papotant avec elle, et pis le pagalac s’est déclenché, l’image s’est retournée, et elle a fait :
– Oh putain !!! Y’a mon écran qui déconne !!!!
Alors comme j’étais à coté, je me suis approché, j’ai froncé les sourcils, et j’ai fait :
– Oh putain !!! Y’a ton écran qui déconne !!!!
Et Cricri s’est pointé, il a pris l’air con, et il a fait :
– Putain, ces PC, quelle merde.
Ce qui n’a rien à voir avec le poil à gratter, mais depuis qu’il s’est payé un iMac qui lui a coûté un bras, y peut pas s’empêcher de pratiquer la méthode coué, ça lui rembourse pas, mais ça lui fait du bien.

Évidemment, il suffit d’une combinaison de touches pour que le pagalac s’arrête et que tout redevienne normal, comme quand la vie était belle. Mais des fois, quand on est pas là, ben y’a des gens qui foncent acheter un autre écran, alors faut faire gaffe quand même.

Bon le deuxième poil à gratter qu’on a fait, qu’est bien rigolo, ben il inverse les mouvements de la souris. Alors quand ta souris elle va à droite, ben le curseur y va à gauche, et quand t’avances ta souris, ben le curseur y descend, et c’est pas bon pour les nerfs tout ça, et tu peux même devenir fou dans ta tête.

Alors pareil, on l’a testé sur le PC de Tati.
Et toujours pareil, on papotait avec Tati, et hop, le pagalac s’est déclenché, et elle a fait :
– Oh putain !!! Y’a ma souris qui déconne !!!!
Alors comme j’étais à coté, je me suis approché, j’ai froncé les sourcils, et j’ai fait :
– Oh putain !!! Y’a ta souris qui déconne !!!!
Et Cricri s’est pointé, il a pris l’air con, et il a fait :
– Putain, ces PC, quelle merde.
Ouais ok, t’es gentil Christophe, mais ça va maintenant hein…

Alors Tati elle a dit qu’on avait vraiment rien d’autre à foutre, qu’on était vraiment des cons, et ça nous a fait vachement plaisir avec Cricri, pasque c’est vrai qu’on se donne du mal pour faire nos conneries.

Alors bien sûr, nos poils à gratter, on peut les programmer pour qu’ils se déclenchent par exemple, dix minutes après le démarrage du PC. Alors le premier avril, on a demandé à Tati si on pouvait les foutre sur le PC du chef qu’était à une réunion à la capitale de l’académie.

Mais Tati elle voulait pas qu’on tripote le PC du chef.

Mais quand elle a vu nos airs tristes, ben elle a dit :
– Bon allez-y, mais vous faites chier.

Alors on est entrés dans le bureau du chef, on lui a pourri le PC tout bien comme il faut, et c’était pas évident, pasqu’on rigolait comme des cons en imaginant sa tête.

Et on s’est barrés.

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10 avril 2008

Touche pas à mon 6e4 (2/2)

– Hé m’sieur !!!! On met du chewing-gum dans la serrure de leur casier !!!!
– Ouaiiiiiiiiiiiiiiiiiiis !!!!
– Amina, tu me combles…
– M’sieur !! On leur dit plus les questions des contrôles qu’on a avec vous… heu…
– Ouaiiiiiiiiiiiiiiiiiiis… heu…
– Ah bon ??? Vous leur passez les questions des contrôles ??? Ah ben j’savais pas ça, ah ben alors… mais ok, on le fait plus !!!!
– Ouaiiiiiiiiiiiiiiiiiiis !!!!

Les idées fusaient, les suggestions pleuvaient, des flots de perfidies submergèrent les bureaux, des torrents d’infamies emportèrent chaises et cartables, des trombes de veuleries inondèrent la salle, faisant flotter quelques cartouches d’encre vides… putain, faut que je leur dise ça, les cartouches vides, À LA POUBELLE BORDEL !!!!!

Et d’une telle abondance de vilenies, je m’honorai avec une émotion contenue.

Et je me surpris à penser, qu’en fin de compte, mes 6e4 formaient une sacrée foutue bande de sagouins.

Mais une telle solidarité me rendit confiant quant à la transmission des valeurs de notre république, et c’est la larme à l’œil, que je donnai mon accord à leurs pertinentes suggestions.

Je contribuai humblement à leur vindicte en offrant à mes sans-culottes, quelques chewing-gums à l’abricot que je conservais précieusement pour ma récré, tant pis, pour machouillage intensif et bourrage immédiat dans les serrures ad hoc.

Je ne suis pas du genre à donner mes chewing-gums comme ça, mais là, pour Benjie, je ne pouvais faire moins.

CONCLUSION 1 (c’est la plus chiante)
Évidemment, de tous ces projets assassins, les 6e4 ne firent rien. Je vis à leur regard complice, que sans même nous le dire, comme unis par une ferveur œcuménique mâtinée de laïcité, nous avions fait en sorte que notre Benjie rigole.
Mission accomplie.
Et c’est face à ces instants emplis d’humanité, que je suis convaincu, cher lecteur, au plus profond de mon être, que demain, le monde sera meilleur.
(chiant hein ???)

CONCLUSION 2 (celle-là j’aime bien)
Évidemment, les 6e4 ne firent rien de tout ça, j’aurais été mal, et je vis à leur tête qu’ils avaient bien pigé l’ironie du truc, et que le seul but de tout ce bordel, c’était de ramener Benjie vers nous, avec une bonne poilade.
Ce qui fut fait.
Et c’est face à ces instants emplis d’humanité, que je suis convaincu, blablabla, cher lecteur, au plus profond blablabla, que demain, blablabla, le monde sera meilleur.

Ou après demain.

En même temps, on n’est plus à un jour près.

CONCLUSION 3 (celle-là, j’adore)
– Bon, chers 6e4, je ne vous le cache pas, je suis plutôt ému par vos réactions, alors j’ai quelques Kit Kat là… si vous en voulez… en plus, les nouveaux, au chocolat blanc, sont trop bons…
– Ouaiiiiiiiiiiiiiiiiiiis !!!! Merci m’sieuuuuuur !!!!!!!!
– OUAIS BEN QUE DALLE !!! Ça vous apprendra à donner les questions des contrôles !!! Allez au boulot !!! Bande de gangsters !!!

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09 avril 2008

Touche pas à mon 6e4 (1/2)

– Ben alors Benjie, tu pleures ???
– Snif… snif… snif…
– Tu me dis ce qui se passe ???
– Snif… snif… snif…
– Qu’est-ce qui se passe Fanny ???
– Ben m’sieur, c’est les 6e7 là-bas, y s’moquent de lui pasqu’y court toujours…
– Les gueux…
– Et en plus, lui là-bas avec la casquette qui rigole, ben il l’a poussé…
– Sales fascistes…

Les 6e7.

Et bien parlons en des 6e7.

Bon, vous me direz, quelles différences avec les 6e4 ???
Sans être désobligeant, un 6e7, c’est un peu comme un 6e4, c’est vrai, mais avec le numéro sept.

Et ça change tout.

Les 6e7, déjà qu’on leur a mis la pâtée pendant les évacuations de bus, faut qu’ils la ramènent !!!!
Héééé !!! Sept, c’est votre moyenne de classe ????? Ahahahaha !!!! Bouuuuuuuuuh !!!!
Oui remarque, tu m’diras, nous, avec quatre…

Mais étant parfaitement solidaire de mes 6e4, je pris l’initiative de venger Benjie, en caftant toute la scène, et ce ne fut pas facile, je ne l’avais pas vue, mais sans aucun scrupule, auprès de leur prof principal.
Un prof d’EPS d’ailleurs, c’est tout dire.

Et je n’en dirais pas plus.

Mais après, faut pas s’étonner.

La guerre était donc déclarée, je m’adoubai chef de meute, et décidai de débuter la séance par un quart d’heure de vie de classe, afin d’aborder les mesures à prendre pour protéger notre Benjie de la vindicte des 6e7, ces bouseux. Mais comment venger l’affront de cette horde de chenapans, flanquée du sceau de l’infamie, le sinistre et abject numéro sept ???

– Bon, les enfants, Benjie a subi l’humiliation suprême, moquage et bousculage aggravé, puisqu’en plein effort, nous devons réagir !!!!!
– Ouaiiiiiiiiiiiiiiiiiiis !!!!!!!!!!!!
– Bien sûr, il est hors de question de rendre la justice soi-même, ou d’une quelconque vengeance, c’est illégal, mais bon, vous êtes jeunes, vous n’êtes pas censés le savoir. Aussi j’attends vos suggestions pour sauver l’honneur de Benjie !!!!!
– Ouaiiiiiiiiiiiiiiiiiiis !!!!
– M’sieur !!! Faut crever les pneus de leur vélo !!!
– …
– Ben… j’disais ça comme ça… scusez-moi…
– Mais c’est une super idée !!!!!!!
– Ouaiiiiiiiiiiiiiiiiiiis !!!!
– Merci Pitchoune !! Tu prends cette affaire à cœur, ça me fait plaisir !!!

Excellent ça, le crevage de pneu. Pasque le vélo, c’est le point faible du 6e, faut le savoir, tu peux piquer n’importe quoi sur leur vélo, ça les atteint grave. Sauf la selle, ils s’en foutent, ils s’en servent pas, ils sont toujours debout sur les pédales.

À suivre…

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05 avril 2008

Direct live

Comme tu le sais, cher lecteur, j’avais une visite mercredi, à l’heure de la sieste, de Monique.
Oui, Monique, tu vas comprendre.
Tu trouveras ci-dessous le dialogue que nous avons eu, cité de mémoire.
Espérant combler vos attentes, veuillez agréer, chers lecteurs, etc.

Mercredi 12H54

– Coucou Charly !!! Tu vas bien ???
– Oui super, franchement, plus, ce serait indécent…
– Regarde c’que j’ai amené…
– Oooooooh !!! C’est quoi ??
– Le dernier CD de Cabrel, je suis passée à la Fnoc avant de venir…
– Ah.

Merde, ai-je pensé, déjà qu’à cette heure j’ai du mal à rester éveillé, avec ça, je plonge dans les deux minutes.
Putain, l’autre y sort un CD tous les cinq ans, et pas d’bol, c’est elle qui l’a acheté.

– Dis Charly, on peut l’écouter ??? Ça te dérange pas ??? 
– Tu rigoles ou quoi… mais on va l’écouter sur le portable, la chaîne déconne un peu…
– Ok. Je le mets là ??? Ça démarre tout seul normalement…
– J’te sers un expresso ???
– J’veux bien oui. Ah mais je vois que tu lis des blogs…
– Des blogs ?? Oh pas vraiment, ça m’intéresse pas trop ces trucs…
– Tu sais qu’y a plein de profs qui ont des blogs ???
– Ah oui ??? Ouais moi tu sais les blogs de prof, j’vais te dire…
– Et justement, Muriel m’en a fait découvrir un, comment y s’appelle déjà, ah oui, un prof vide son sac, Charly Le Prof, c’est ça, un type d’une vulgarité, c’est à peine croyable…
– Ah bon ??? Charly Le Prof, connais pas…
– Ben attends, j’vais te faire lire, c’est où Google là-dessus…
– Clique sur la maison là… sucre où sucrette ???
– Attends, y raconte ses histoires de fesses sur son blog, c’est incroyable qu’un prof fasse des trucs pareils…
– Au niveau fesse ???
– Non, de raconter ça…
– Bah, y s’amuse peut-être, un petit chocolat pour accompagner ???
– Attends, quand même, tu vas voir, je vais te faire lire un truc, parce qu’en plus, il est d’une misogynie… un vrai con ce mec… voilà, lis ça…

À cet instant, je fus pris d’un doute, et j’interrogeai le calendrier en face : c’est la Saint Charly aujourd’hui ???
Puis je me tus, et je me lus.

– Bah c’est rigolo, il joue avec les préjugés, pas d’quoi porter plainte…
– Attends il est toujours bourré, y boit en cours y parait…
– C’est peut-être un p’tit poil exagéré…
– C’est marrant, mais vous avez un peu le même humour, mais t’es quand même plus fin que lui…
– Oui, j’te ressers un café ??? Tu sais que tu es ravissante aujourd’hui…
– Plus de café merci, t’es gentil, je vais aller sur sa page d’accueil…
– Ben dis donc, pour un type vulgaire, t’as l’air de t’y intéresser…
– Il écrit pas mal remarque, on sent qu’il a lu ce type, c’est pour ça qu’on peut pas le confondre avec toi, y’a pas un bouquin ici…
– Ben si, j’en ai deux au garage… non pis bon, écrire, moi, j’ai autre chose à foutre…
– Non mais c’est marrant, le même prénom, il est prof de techno aussi, tu devrais lire à l’occasion, tout n’est pas à jeter dans ses textes…
– Ben je vais le mettre dans mes favoris…
– Tiens c’est marrant, y raconte une sortie au pont du Gard, comme nous la semaine dernière…

Alors là, cher lecteur, j’ai ressenti comme un  malaise.

– Dis Isabelle, et si on allait boire un truc en ville, il fait super beau, ce serait sympa non ???
– Le pont du Gard… avec une prof d’histoire… qui s’appelle Isabelle… comme moi dis donc…
– Allez, je passe ma veste, et hop, en ville !!!
– Ohlala… comme il est gonflé de raconter ça, ben la nana, si elle savait ça…
– Voilà !!! Je suis prêt !!! Je commence à descendre !!!
– Le coup du phallus, tu nous a sorti la même chose…
– Oui oh tu sais, nous les mecs, on est pas très originaux, on sort tous les mêmes vannes…
– Oui mais quand même, les coïncidences, les prénoms…
– Il a dû les changer…
– Oui mais comme j’te disais, c’est un prof de techno, y doit pas percuter tout le temps…
– C’est gentil, mais bon, Charly, c’est assez courant comme prénom, et Isabelle, c’est plutôt commun…
– Je te remercie… et il doit la retrouver un mercredi après midi, comme nous…
– Bon ben je commence à descendre…
– Dis Charly…
– Tu claques bien la porte pour fermer !!!
– CHARLYYYYY !!!!!!!!!!!
– JE T’ENTENDS PLUS, AVEC LES VOITURES !!!!
– CHARLY !!!!!! ESPÈCE D’ENFOIRÉ !!!!!!
– ON PREND TA VOITURE OU LA MIENNE ????
– SALAUD !!!! DIS, T’AS MIS UNE WEBCAM DANS LA CHAMBRE ???? C’EST ÇA ???
– HÉ ISABELLE, PARDON, JE FERAI PLUS, MAIS PAS LA GUITARE, JE T’EN SUPPLIE, PAS LA GUITARE !!!!
– BEN C’EST CE QU’ON VA VOIR !!!!

Et bien voilà, cher lecteur, après l’écriture de cette conclusion, je vais tenter de réparer ma jolie guitare, si je retrouve le manche bien sûr, et réfléchir à la façon dont je vais récupérer le coup avec Isabelle Monique.
Mais bon, même sans faire appel à une voyante, on peut légitimement penser que c’est plutôt mal barré.

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03 avril 2008

Les 6e4 au rapport

Aujourd’hui, avec les 6e4, revue de paquetage, ou si vous préférez, recensement des fournitures scolaires présentes, et comparaison avec le rêve éveillé de la plupart des enseignants.

Car en effet, elle est loin la rentrée, avec ces profusions de fournitures multicolores, et la première vague d’assaut fluo a déjà subit des pertes énormes.
Les batailles furent rudes, les victimes nombreuses.

Hommage.

Bon, pour la plupart des élèves, en fait, pas de gros problèmes, tout le matériel est là, en un relatif bon état. Je me suis donc concentré sur la crème de l’effectif, à savoir, les mousquetaires et quelques autres.

– Trapugne, fais voir ta trousse…
– Heu… voilà…
– Mais dis moi, elle a l’air bien vide cette trousse…
– Non mais c’est pasque c’est ma sœur…
– Ta sœur ?? J'vois pas le rapport, celle que j’ai en 3e ???
– Oui non mais c'est pasqu'elle a pris mes affaires…

Ah les sœurs j’vous jure…

Mais ça ne m’étonne qu’à moitié.
Car il faut le savoir, les sœurs sont un véritable fléau dans les familles. Non seulement elles passent des plombes dans la salle de bains, alors que toi, tu y fais de très rapides incursions, pour pas gêner quoi, mais en plus, la nuit, elles rampent jusqu’à ta chambre, et elles piquent tes fournitures, alors que t’es le petit dernier, et accessoirement, un ange. C’est parfaitement dégueulasse. Mais bon, c’est des sœurs, donc on peut rien dire, alors…
– T’en as combien de sœurs Trapugne ??
– Heu… trois… heu… non... quatre...
– Et ben demandes à tes parents à l’occasion, y z’ont peut-être une idée…
– Non mais c’est pasque y’en a une c’est une demie sœur…
– Trois et demie quoi…
– Oui…
– Non, quatre. Dans ces cas-là, les demis ça compte pour un...
– Alors quatre...
– Ok, tope-là. Bon... voyons voir ce qu’il y a dans cette trousse…. ben pas grand-chose… le minimum quoi… une version allégée… une trousse bio quoi…
– ….
– Un kit de survie en quelque sorte… c’est ça ???
– Ben hier j’avais tout et pis c’est ma…
– Ben tu sors ton carnet de liaison, je te ferai noter un truc tout à l’heure… mais la semaine prochaine, je veux voir ta trousse regorger de fournitures fraîches, c’est compris jeune homme ???
– Oui m’sieur.
– Sinon je serai contraint de… couic…

– Alors Brizouille, ben on t’entend plus Brizouille, à quoi est due cette soudaine discrétion ???
– …
– Bon… la trousse… fais voir ça… mais c’est quoi ces crayons ???
– Ben c’est mon taille-crayon, y taille trop en fait…
– Tu m’en diras tant, ils font deux centimètres… mais qu’est-ce que tu fous avec tes crayons ??
– Ben j’vous dis c’est mon taille crayon…

Oui, alors là, je souhaiterais m’arrêter un instant sur cette histoire de taille crayon.
Si tu as des enfants, cher lecteur, assure-toi, lors d’une visite impromptue dans leur chambre, de nuit de préférence, et armé, que leur taille-crayon est inoffensif, car il semblerait que l’on ait affaire à une véritable invasion de taille-crayon prédateurs qui feraient des dégâts terribles, notamment sur les mines HB, les plus faibles en plus, bravo le courage des taille-crayons. Si tu as le moindre doute, récupère-les, et jette-les sans autre façon, car visiblement, d’après Brizouille, tu commences à tailler ton crayon, comme ça, sans même y penser, et si tu fais pas gaffe, tu peux y laisser un bras, j’te jure.

– Bon ben pareil Brizouille, semaine prochaine, je veux voir une trousse ventripotente, sinon, couic…
– D’accord m’sieur !!
– Sinon, concernant le taille-crayon, je te recommande la plus grande prudence quant à son utilisation.

– Alors Bourzig…
– Ben moi monsieur j’ai ma trousse mais…
– Et oui, car il y a un mais…voyons voir ce qu’il y a dedans… pareil ??? Kit de survie ???
– …
– Ben dis donc, c’est Cosette ta trousse…
– …
– Ça fait peine à voir, mais dis-moi, où tu trouves, toi, dans le commerce, des règles de deux centimètres ???
– Ben c’est dans le cartable, ça se casse…
– Ah ça, les cartables, une véritable plaie. Tu sais que ça se remplace le matériel cassé ???
– Oui mais là, ç’a juste la taille des mots qu’on souligne… alors c’est bien en fait…
– En effet, deux centimètres, c’est juste la taille… comme quoi la vie est bien faite hein Bourzig ??
– Et pis ça rentre bien dans la trousse…
– Tu m’étonnes, c’est à se demander pourquoi c’est pas vendu comme ça…

Là encore, cher lecteur, je te dois une explication. Tu ne le savais pas, mais il semblerait que les règles de trente centimètres, par une curieuse adaptation à l’écosystème scolaire, adaptation de type darwinien, je le précise, réduisent instantanément leur taille afin d’une part, de survivre au chahut cartablesque, et d’autre part, de s’adapter aux missions fixées, à savoir, faire en sorte que les stylos filent droit, certes, mais aussi, le soulignement usuel des mots de deux centimètres. Donc ne t’offusque pas en voyant ces extraits de règle, elles savent parfaitement ce qu’elles font.

– Dis Bourzig, et si tu dois tracer un trait plus long, comment tu fais ???
– Ben… je demande la règle à Laura…

C’est vrai que ma question était idiote.

Je notais donc au tableau quelques consignes pour copie illico sur carnet de liaison, à destination des parents, et imposais une dernière fois, à mon Thénardier et consort, la présence effective dès la séance suivante, de crayons de taille adulte et de règles XXL.

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30 mars 2008

Prof embedded (6/6)

Partie 6 : ben là c’est fini, après y’en a plus.

Nous regroupâmes (c’est moche regroupâmes non ???) les gamins et procédâmes (là c’est encore pire) à un ultime comptage (comptage j’aime bien), avant de leur demander de rejoindre le bus, ce qu’ils firent sans se faire prier et dans un bordel sans nom (au fait, avec Isabelle, ça gaze).

Vous avez déjà vu un envol de 6e4 ??? Le soir au soleil couchant ??? Bon là, c’était l’après midi, mais mon dieu que c’était beau. Et c’est tout attendri (mercredi après midi, elle vient prendre le café) que je les regardais dessiner de subtiles volutes avec leurs petits bras (là, j’suis en train de potasser, vous allez comprendre), leurs petites jambes, sautant de flaque en flaque, que c’était beau, bousculant les touristes révulsés, nous laissant le soin de les excuser, ah les vilains polissons, piétinant les pelouses, le tout avec une jubilation poignante et particulièrement sonore. Ah !!! La douce insouciance de cet âge !!! Tout ça parce que l’un d’entre-eux avait promis que le premier arrivé au bus aurait gagné (pasqu’une prof d’histoire, j’ai jamais fait). Gagné quoi ?? Nous ne le saurons jamais, mais tout n’est pas accessible au monde des adultes, loin de là.
Ah !!! Que d’émotions !!!

Nous fîmes un dernier coucou à notre pont du Gard (c’est vrai, j’sais même pas comment ça fait avec une prof d’histoire), et je dois dire que pour mes trois collègues ce fut déchirant, et nous nous installâmes dans le bus, où là, les 6e4 se calmèrent d’un coup, car Isabelle leur distribua le questionnaire.
Ah merde, lus-je (bon, elle est séparée là, sinon je ferai pas) sur leur mines déconfites, car là (j’ai des principes quand même), malheur à ceux qui n’avaient pas écouté, et ils étaient nombreux. Et ils se mirent à bûcher.

Je dois dire que le silence ambiant m’angoissait quelque peu, car autant de gamins produisant si peu de bruit n’était pas à mes yeux chose normale (d’ailleurs, faut qu’je change la housse de couette).
Alors pour dissiper mon inquiétude, je m’occupai à compléter moi aussi le questionnaire sous l’œil amusé d’Isabelle :
– Dis Isabelle, si j’ai bon, j’aurai vingt ???
– Ben je sais pas… mais j’aimerais autant t’évaluer sur un autre type d’activité….
– ?!?!...

Oh putain, la pression qu’elle me met Isabelle, va falloir que je révise tout bien avant alors, putain… ben dis donc, si faut passer des partiels maintenant…

Et enfin, après qu’Isabelle eut commenté le questionnaire (j’avais une machine à faire, ben ça attendra jeudi) avec les gamins, le volume sonore s’amplifia et remplit l’habitacle, nous retrouvions une situation normale. Je rejoignis le fond du bus, où je retrouvai mes mousquetaires et quelques filles en train de faire des coucous par le haillon aux voitures suiveuses, sympas les gosses.
– Dis Bourzig, nous à votre âge, on faisait pas coucou, on faisait des grimaces, c’est quoi ce travail ?!?! Ahahahahah !!!!!
– On peut ???
– C’est pas « on peut », c’est « on doit »… ahahahahahah !!!!
– Dac

Heu…

C’est ainsi que pour une petite vanne ne valant pas tripette, je perdis le contrôle de la situation (pour Isabelle, je fumerai pas mercredi matin, rapport au souffle) et que l’ambiance bon enfant dégénéra lamentablement.
Car ils se mirent à faire des grimaces immondes (pasqu’elle a une de ces pêches Isa !!), exhibant des visages répugnants aux automobilistes innocents, des trucs pas croyables, à la limite de la légalité, dont je ne les savais pas capables, le nez bien aplati sur la vitre, tirant des langues de trois mètres, les yeux exorbités, se décollant les oreilles, même les filles d’ailleurs, et je me mis à suffoquer devant de telles horreurs…
– Hé m’sieur !! 69 c’est quoi ????
– Des lyonnais, allez-y !! Lâchez-vous !!!!

D’ailleurs, je tiens à m’excuser ici auprès de ce couple de lyonnais (de toute façon, je vous tiens au courant, pour Isa), sans doute des retraités, outrés par mes 6e4, mais vous le savez, les gosses de nos jours sont complètement incontrôlables, et croyez bien que j’ai sévi comme il se doit. Encore toutes mes excuses !!!!
– Hé !!! Remettez une couche aux lyonnais !!!! Ahahahahahahah !!!!

Quand Isabelle fit son apparition :
– Mais qu’est-ce qu’ils font ????
– Ah j’sais pas moi heu… y font coucou aux gens peut-être…
– NON MAIS VOUS ALLEZ ARRÊTER ÇA OUI !!!!!!!

Merde.

Solidarité entre collègues oblige, je décidai immédiatement de la soutenir :
– NON MAIS VOUS VOUS CROYEZ OÙ ????
– Mais m’sieur, c’est vous qui…
– Ben c’est ça, traite-moi de meneur tant qu’on y est !!!! Ah ben c’est la meilleure ça !!! Vous manquez pas de toupet !!!!
– Hé m’sieur, y’a une voiture qui fait des appels de phares…
– Ah oui ??? Fais voir… ah, c’est les gendarmes… ouais… y doivent chercher le clignotant… heu…dites… vous avez fait des grimaces aux gendarmes ???
– …
– HÉÉÉÉÉ !!! VOUS AVEZ FAIT DES GRIMACES AUX GENDARMES ????????

Putain de merde.

– PLANQUEZ-VOUS !!!!!
Je m’affalai sur la banquette, à la recherche d’oxygène, désespéré, ok, je vais aller en taule, merci les gamins, les gendarmes, je suis beau, merci Bourzig…

C’est donc tous assis sur l’ultime banquette, bien serrés les uns contre les autres, puisque n’en menant pas large, veillant surtout à ne pas faire dépasser nos têtes, et en silence, que nous achevâmes le retour en bus, vers notre pimpant collège.

– M’sieur, on peut aller en prison pour ça ???
– Moi non, mais vous…

Posté par Charly Le Prof à 13:00 - Commentaires [31] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

25 mars 2008

Prof embedded (5/6)

Partie 5 : voilà, c’est presque la fin.

L’après midi, musée pour tout le monde !!!!

Une épreuve pour chacun d’entre-nous.

Très chouette le musée, vaste, avec tout un travail sur l’eau, des sons, des animations, des activités, sympa quoi.
J’avais pris en charge à la demande des collègues les glandouilleurs susceptibles de provoquer une catastrophe à tout moment. J’assurai donc la fonction de garde rapproché auprès de mes mousquetaires.

Ainsi, très vite, s’est installé un petit jeu entre-nous, qui consistait pour mes canards à me semer le plus rapidement possible, afin de pouvoir se livrer en toute quiétude à une franche déconnade. Nous étions donc investis de missions opposées, dotés d’objectifs contraires, à savoir, pour eux, la mise en œuvre d’un relatif bordel, en ce qui me concerne, le maintien du statu quo, ou vu les circonstances, l’imposition sans les mains d’une forme de pax romana.

C’est donc en nous épiant, mine de rien, que nous avancions. Je me tenais à distance respectable afin de conserver un panorama complet de mes ostrogoths, et ceux-ci commencèrent par faire mine de s’extasier devant un minuscule caillou :
– Ooooooh !!!! Qu’il est joli !!!!!!!
Afin certainement de me faire croire à leur soudain intérêt pour ce cailloux utilisé pour l’édifice, mais je ne fus pas dupe, et dus avec regret les informer que je fus élève moi aussi, et que je connaissais assez bien les ficelles, et que toute tentative pour me prendre pour un con était vouée à l’échec.

Un peu plus loin, découvrant une sorte de d’échafaudage, un échafaudage en fait, et pris certainement par une subite démangeaison de l’escalader, avant que de le foutre en l’air, ils me regardèrent avec un grand sourire bien faux-cul, auquel je répondis avec un sourire qui l’était tout autant, tout en faisant « non » de la tête.

Et oui, car ce musée de l’eau, était rapidement devenu le musée de l’eau bénite pour mes mousquetaires, qui tout en regardant dans ma direction, des fois que je regarde ailleurs, n’avaient qu’une envie, c’est d’y foutre la main.
– Oh m’sieur, l’eau elle est froide.
Ils y ont donc foutu la main

C’est ainsi que nous déambulions, cahin caha, échangeant nos hypocrisies, et l’air était si fortement chargé en conneries potentielles, que je dus prendre la précaution de régler mon détecteur sur alerte maximum.

Et elle arriva.

La connerie.

Mais pas d’où je l’attendais.

Car à force de précaution et de surveillance excessive, et voulant prendre à cette fin un raccourci, je passai derrière un écran et là, dans la pénombre, je m’empéguais proprement les pinceaux dans des câbles gisants, et me vautrait tel quel, en l’état, abandonnant au passage toute parcelle d’élégance, dans le fatras de fils, laissant échapper un « putain de merde » bien senti, mais sonore, qui fit de moi la star incontestée du musée et le gaulois le moins discret de tout l’empire romain.
Me relevant sans peine, en raison d’une forme époustouflante, j’époussetai mon veston, tandis que les collègues avec de gentils sourires compatissants s’inquiétaient doublement, et de ma santé, et du lieu de mes déambulations, mais je les rassurais sur les deux points, en arborant cet air dégagé et désinvolte qu’ont les noyés à peine secourus. Je mesurai d’un coup que je venais de perdre dans l’affaire quelques onces d’autorité devant mes mousquetaires. Mais ces derniers se gardèrent bien de fanfaronner, et ils firent bien, car ayant à ma disposition tout un assortiment de lances romaines, il valait mieux pour eux ne pas trop me taquiner.

Mais le comble, cher lecteur, c’est qu’en sortant de cette zone à risque, en raison d’un câble assassin tapi sournoisement dans l’ombre, je m’empéguais de nouveau et m’affalais avec une aisance déconcertante une seconde fois, mes bras dessinant dans l’air de graciles arabesques, mais en silence ce coup-ci, par pur respect du lieu, et je m’emplâtrai joliment, embarquant l’écran au passage, et tout un tas d’accessoires divers et variés, dont je serais curieux de savoir, à l’occasion bien sûr, sans vouloir déranger, qui en est le responsable ici… à l’occasion quoi… PUTAIN DE BORDEL DE MERDE !!!!!!!

Alerté par la toute discrète déflagration de ma chute, tout le monde rappliqua de nouveau, et s’enquit de ma santé. Je rassurai tout le monde quant à mes capacités à tenir debout plus de cinq secondes, et jetai un œil vers mes mousquetaires. Bourzig s’approcha et balançant la tête, visiblement affecté :
- Hé dites monsieur, faut toujours vous avoir à l’œil vous…

Je ne fis aucun commentaire.

À suivre…

Posté par Charly Le Prof à 08:00 - Commentaires [30] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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