15 janvier 2007
Un prof peut-il être inculte ?
Avant de répondre, passez cinq minutes avec moi, et vous aurez juste.
Car je suis d'une inculture rare.
Et c'est pas toujours facile à assumer car les collègues me parlent souvent des bouquins qu'elles lisent, des cinoches, des expos, d'Arte, etc.
Putain, moi j'regarde M6, une nounou d'enfer, caméra café, Kamelott, bref, toutes les conneries qui m'font marrer.
Jamais les infos, jamais un reportage, même les débats sur l'école, je zappe, j'me passe un DVD des inconnus.
Je me tiens si peu informé, qu'il m"est arrivé d'aller au collège certains jours fériés.
Véridique.
Le tsunami de décembre 2004, je l'ai appris en avril 2005.
Et encore, par hasard, parce que j'trouvais étonnant que les élèves connaissent ce mot.
Pourtant j'achète des bouquins, Houellebecq par exemple, mais j'ai rien compris, Michel Onfrey, rien pané.
C'est vrai moi, si y'a pas d'chiffres, j'comprends rien.
Comme quoi, on peut être intelligent et complètement con.
Y'en a, c'est l'inverse.
En peinture, et en observant n'importe quel tableau, j'vois pas le dixième de ce que voient les collègues. À part les monochromes de Klein où je perçois des trucs (bien que je trouve, personnellement, ces tableaux un peu bordéliques).
C'est pour ça que pendant les fêtes, j'ai décidé de m'faire un cinoche, pour avoir des trucs à raconter, et me cultiver un peu.
Mais rien m'intéressait.
À part un truc si : Arthur et les Minimoys (Pour les animations, la 3D, paraît que c'est bien fait).
J'me pointe donc au ciné, avec un seul souhait : ne pas rencontrer d'élèves.
En effet, me faire surprendre en train d'exposer un tel manque d'exigence culturelle, pourrait nuire à l'image des profs.
Et à la mienne.
Et à votre avis, y'en avait des élèves ?
Juste une palette entière. Avec les parents.
Et moi, à peine embarrassé, dans la file pour les Minimoys.
Évidemment, certains gamins viennent me dire bonjour.
- Bonjour m'sieur, vous allez voir les Minimoys ?
Les parents, derrière eux, me regardent en ricanant.
- Les Minimoys ? Moi ? Heu... non.
Et regardant d'un air faussement étonné l'affiche de cinq mètres sur dix juste devant mon nez :
- Ah ben alors, j'm'ai trompé d'file.
Je quitte la file, suivi des yeux par tout le monde, et je m'arrête devant une caisse où y'avait moins de monde. J'prends un billet, visiblement ça les fait marrer, et j'me retourne pour leur faire un grand sourire avant d'entrer dans ma salle.
Putain.
C'était Bambi.