26 janvier 2007
Un prof peut-il être démago ?
Manquerait plus qu'ça !
Utiliser de si viles méthodes pour assurer le calme dans ses classes, ça me révulse tiens.
Quel est le pleutre qui se livre à de tels forfaits ? Hein ? Qui ? Qui ? Riquiqui ?
Non mais... c'est vrai quoi...
Bien.
Voilà voilà.
Bien qu'il me semble, maintenant qu'j'y pense, avoir par mégarde...
J'ai le souvenir d'un vif échange qui m'opposa jadis à un charmant bambin d'1,80 m et à peu près large comme un fuseau horaire.
Mais doté d'une cervelle d'un modèle ancien dont la fabrication fut abandonnée en raison de nombreuses malfaçons et dysfonctionnements, semblant dus à des connexions électriques fantaisistes à l'origine d'intempestifs courts-circuits.
Ceux-ci provoquaient immanquablement un ralentissement des flux d'informations formant d'inévitables caillots empêchant de dépasser le simple stade du rap.
Malheureusement, se développa un marché de l'occasion particulièrement florissant ou certains de ces modèles se virent soumis à des opérations de tuning sauvage, ou ces jeunes cervelles, mêmes poussées à plein régime, semblaient produire si peu de chaleur, que nombre de ces malheureux se virent contraints au port d'une casquette, voire d'une capuche, pour éviter qu'elles caillassent et donc calassent.
Mais cessons là cette digression et revenons à l'objet de ce billet.
Je proposai à ce chenapan casquetté de bien vouloir retirer son capuchon.
Il m'invita à venir le retirer moi-même.
Bien que touché par sa gentillesse, je déclinai l'invitation et réitérai ma proposition.
Le voyant refuser vertement mon offre, je lançai une OPA (Offre de Punitions Assorties). Ce qui le fit bien rire. Ce fut peu flatteur pour mon ego et j'en vins même à douter de mon charisme.
Un brin désemparé, je vis là l'occasion de tester cette vieille pratique qu'est la démago-pédagogie.
Je lui fis part de mon total respect pour sa personne et pour ses attributs, dis que le respect de la règle n'était pas punition et que je respectais les siennes et je glissai subtilement le mot "rap" dans le flux de mon propos.
Bingo !
Pardon.
Je touchai là le cœur de sa construction et j'anéantis d'un coup ses velléités. Son visage devint comme illuminé par quelque grâce divine car il releva céans le sésame prononcé.
S'ensuivit un débat sur d'illustres rappeurs ou il fut saisi par mon abondante culture sur le sujet.
Il fit sauter son capuchon et s'assis, radieux, limite benêt, et reconnu (merci Françoise Dolto).
Il me prêta quelques CDs pour m'en faire copies et nous passâmes une année merveilleuse.
Je fus gêné tout de même lors du conseil de classe, ou mes collègues, excédés par son comportement, proposèrent une commission de discipline, ultime étape avant le conseil du même nom.
N'ayant plus, et pour cause, de problèmes avec lui, je restai discret, me sentant vaguement coupable et donc complètement absorbé par l'observation attentive de ma chaussure gauche.
Mais je fus repéré par une jeune collègue qui, étonnée par mon silence, demanda ce qu'il en était dans mes cours.
- Ben... heu... ça va... ça va bien même... qu'est-ce qui fait chaud... voilà...
Ils me fixèrent tous, interloqués, mais éblouis par tant de compétences.
Bien qu'embarrassé par leur reconnaissance, je me gardai bien de révéler mon terrible secret.
Mais cet épisode changea mon enseignement car je compris que pour être entendu, il fallait écouter. (Putain la vache ! comme j'me la pète !)