31 janvier 2007
Vamos a la playa (2/11)
2- Les voyages forment la vessie
Ça, j'me suis bien fait chier.
Impossible de papoter avec qui qu'ce soit, les mamies causaient patchwork et le chauffeur écoutait d'la zique.
Alors j'me suis dit, j'vais aller faire chier un peu les gamins.
J'ai poussé deux trois gueulantes pour les pieds sur les fauteuils et les papiers parterre mais ça m'a fait du bien, ça m'a requinqué.
Faut dire qu'j'avais rien pris à bouffer en m'disant qu'j'achèterais un truc sur l'autoroute, quand on prendrait de l'essence.
Mais ces putains de bus, y z'ont une autonomie de 800 bornes, j'vous dis pas la dalle.
J'ai essayé de négocier un arrêt pipi, mais le chauffeur m'a demandé de patienter encore un peu. J'avais la haine.
J'ai été voir les merdeux et j'leur ai demandé de gueuler bien fort et tous ensemble pour demander qu'on s'arrête.
Ils l'ont fait. Tu parles, l'autre y s'est garé 100 mètres plus loin, les tympans explosés, et pas content.
J'lui ai fait mon sourire bien con.
Pis j'voulais fumer une clope, y'a une collègue qui m'a dit, pas devant les gamins alors j'ai été dans un p'tit sous-bois à coté.
Tu parles, y'avait déjà dix gamins qui clopaient en cachette, vous l'direz pas aux parents m'sieur, j'ai gueulé un coup mais j'les ai laissé finir leur clope en échange d'un paquet de Chamallow et d'un Coca.
Y z'étaient d'accord.
Comme ça j'ai pu bouffer un peu et boire un coup.
Du coup, une heure après, j'avais encore envie d'pisser.
J'ai même pas demander au chauffeur de s'arrêter, j'ai directement été voir les gamins.
À suivre...
30 janvier 2007
Vamos a la playa (1/11)
1- L'annonce faite à Charly
Les voyages scolaires, ça m'a jamais vraiment concerné puisque ce
sont les profs de langue qui s'y collent et que pour les accompagnants,
y prennent en général des collègues avec qui y sont super potes.
Cette
année la, la prof d'espagnol, parce qu'y en a qu'une, a choisi ses
trois copines de SVT, maths et j'sais plus quoi pour un voyage d'une
semaine dans le sud de l'Espagne.
Seulement voilà, le principal-adjoint
ne l'entendait pas de cette oreille. Il a imposé un homme parmi les
accompagnants, pour viriliser l'effectif qu'il a dit.
Et à votre avis, c'était qui virilisator ?
C'était bibi.
J'sais
pas pourquoi moi, mais en tout cas, j'étais dans le couloir en train
d'mater l'cul de tati quand le principal-adjoint m'a interpellé :
- J'vous dérange pas ?
- Non non, je réfléchissais...
- Une semaine en Espagne ça vous dit ? Cinquante élèves à accompagner, vous serez quatre adultes, départ dans deux semaines.
- En Espagne ? Mais j'parle pas espagnol...
- Oui et alors ?
- Et alors ?... ben... alors rien.
Quel con, j'pensais qu'pour accompagner des gamins à l'étranger c'était mieux d'parler la langue, et ben non.
Ah y'a des fois, j'me bafferais tiens.
J'vais voir les collègues, pas contentes les mamies (oui évidemment,
j'ai pas précisé mais c'était pas des bombes atomiques), se voir
imposer une paire de couilles, ça renaudait dur à la sacristie. Parce
qu'entre collègues, faut pas rêver, on s'fréquente pas tous.
Bon, elles m'ont donné la date de départ, l'heure, un document à compléter et après ça, plus un mot jusqu'au jour dit.
J'vous balance le programme :
Départ lundi 5 heures du mat, 16
heures de bus, 50 gamins, 3 mamies, 1 chauffeur qu'avait une tête à
sentir des pieds et 1 extraterrestre (bibi).
Voilà. Me dites pas qu'j'suis un veinard sinon j'ferme le blog...
J'vous en foutrais moi...
Allez, en route et ... VAMOS A LA PLAYA !!!!
À suivre...
29 janvier 2007
Tati
C'est la secrétaire du boss.
Un des rares personnes à tout savoir sur tout, à le faire savoir, avec savoir-faire, sans se faire valoir, encore que ça, ça reste à voir.
Une crème de femme.
Ou une sauce, un coulis, je sais pas, car elle en impose.
Des mollets de lanceur de poids, une carrure de bison, une poitrine opulente dessinée et maintenue par un partenariat Wonderbra/Otis-Levage-ascenseurs dont on ne saluera jamais assez les prouesses techniques.
Une féminité imposante, à la limite de la virilité, mais aussi des ongles joliment peints, des bagues ornant tous les doigts et un irrésistible jonc sur l'avant bras, faisant office de garrot.
Manque plus que la petite chaînette à la cheville, et j'fais une connerie.
J'adore tati et on s'entend super bien.
Elle est très active et faut l'entendre m'interpeller dans la cour depuis la fenêtre de son bureau, avec ce timbre grave, puissant et sonore, qui propulse les 600 gamins dans la cour contre le grillage du fond, dont il faut les décoller un à un.
Tout événement est célébré par tati : mariage, naissance, mutation, nouvel arrivage ou autre.
C'est l'occasion pour elle de glisser dans nos casiers, un petit mot pour nous informer de l'événement et demander quelque menue monnaie pour le cadeau qu'elle ne manquera pas d'aller acheter.
Mais en salle des profs, autant nous nous réjouissons de tout évènement, autant les contributions en espèce demandées par tati créent un sentiment de malaise, comme une gêne, peut-être de la pudeur en fait.
Car nous sommes une belle bande de pingres, de pingrasses, de ratasses ou de c'que vous voulez que l'écureuil à coté c'est mère Théresa.
Ou sœur Thérésa, j'sais plus, enfin moi, j'connaissais surtout la mère.
Mais tati, avec les cinq euros récoltés, trouvera quand même le petit cadeau qui réjouira l'heureux destinataire. Celui-ci jurera qu'il n'oubliera jamais, ah ça jamais, au grand jamais, et promettra que la couronne mortuaire reçue sera posée à la place qu'elle mérite, sans toutefois préciser laquelle.
Mais bon, ça fait surtout plaisir à tati.
Et puis on a eu plein de conversations sérieuses sur la vie, l'amour...
Mais surtout la vie.
Et pourtant, qui ne craquerait pas pour ce visage rougeaud, ces cheveux gras et cette opulente poitrine derrière laquelle se cache un coeur gros comme ça ?
Non, un peu plus quand même... voilà, comme ça.
Je lui dédie ce billet car son humanité me touche, égoïste et cynique que je suis, et que je sais que mes conneries, ça la fait marrer.
Bisous tati.
PS : vous remarquerez l'habitude prise d'une gentille conclusion, c'est juste pour éviter de me faire caillasser.
28 janvier 2007
Un peu de poilade
Gabbel m'a envoyé ça, pour rigoler...
Michèle et cathy83 ont suggéré ceci...
27 janvier 2007
Lipogramme complet
Georges Perec publiait en 1968 un livre intitulé "La disparition". Ce livre fut écrit sans utiliser une seule fois la lettre "e".
Ce qui représente une véritable prouesse.
Il réédita l'exploit avec l'ouvrage "Les revenentes" en omettant cette fois les voyelles a,i,o,u,y.
C'est incroyable.
Je décidai donc ce week-end de me livrer au même exercice mais en compliquant encore le truc : plus aucune voyelle.
Voici le résultat :
c q j'm prtclrmnt dns mn mtr d'nsgnnt, c'st l'spct rltnnl t l trnsmssn ds vlrs hmns.
Voilà.
En fin de compte, c'est assez fastoche.
PS : le week-end prochain, j'vire aussi les consonnes.
26 janvier 2007
Un prof peut-il être démago ?
Manquerait plus qu'ça !
Utiliser de si viles méthodes pour assurer le calme dans ses classes, ça me révulse tiens.
Quel est le pleutre qui se livre à de tels forfaits ? Hein ? Qui ? Qui ? Riquiqui ?
Non mais... c'est vrai quoi...
Bien.
Voilà voilà.
Bien qu'il me semble, maintenant qu'j'y pense, avoir par mégarde...
J'ai le souvenir d'un vif échange qui m'opposa jadis à un charmant bambin d'1,80 m et à peu près large comme un fuseau horaire.
Mais doté d'une cervelle d'un modèle ancien dont la fabrication fut abandonnée en raison de nombreuses malfaçons et dysfonctionnements, semblant dus à des connexions électriques fantaisistes à l'origine d'intempestifs courts-circuits.
Ceux-ci provoquaient immanquablement un ralentissement des flux d'informations formant d'inévitables caillots empêchant de dépasser le simple stade du rap.
Malheureusement, se développa un marché de l'occasion particulièrement florissant ou certains de ces modèles se virent soumis à des opérations de tuning sauvage, ou ces jeunes cervelles, mêmes poussées à plein régime, semblaient produire si peu de chaleur, que nombre de ces malheureux se virent contraints au port d'une casquette, voire d'une capuche, pour éviter qu'elles caillassent et donc calassent.
Mais cessons là cette digression et revenons à l'objet de ce billet.
Je proposai à ce chenapan casquetté de bien vouloir retirer son capuchon.
Il m'invita à venir le retirer moi-même.
Bien que touché par sa gentillesse, je déclinai l'invitation et réitérai ma proposition.
Le voyant refuser vertement mon offre, je lançai une OPA (Offre de Punitions Assorties). Ce qui le fit bien rire. Ce fut peu flatteur pour mon ego et j'en vins même à douter de mon charisme.
Un brin désemparé, je vis là l'occasion de tester cette vieille pratique qu'est la démago-pédagogie.
Je lui fis part de mon total respect pour sa personne et pour ses attributs, dis que le respect de la règle n'était pas punition et que je respectais les siennes et je glissai subtilement le mot "rap" dans le flux de mon propos.
Bingo !
Pardon.
Je touchai là le cœur de sa construction et j'anéantis d'un coup ses velléités. Son visage devint comme illuminé par quelque grâce divine car il releva céans le sésame prononcé.
S'ensuivit un débat sur d'illustres rappeurs ou il fut saisi par mon abondante culture sur le sujet.
Il fit sauter son capuchon et s'assis, radieux, limite benêt, et reconnu (merci Françoise Dolto).
Il me prêta quelques CDs pour m'en faire copies et nous passâmes une année merveilleuse.
Je fus gêné tout de même lors du conseil de classe, ou mes collègues, excédés par son comportement, proposèrent une commission de discipline, ultime étape avant le conseil du même nom.
N'ayant plus, et pour cause, de problèmes avec lui, je restai discret, me sentant vaguement coupable et donc complètement absorbé par l'observation attentive de ma chaussure gauche.
Mais je fus repéré par une jeune collègue qui, étonnée par mon silence, demanda ce qu'il en était dans mes cours.
- Ben... heu... ça va... ça va bien même... qu'est-ce qui fait chaud... voilà...
Ils me fixèrent tous, interloqués, mais éblouis par tant de compétences.
Bien qu'embarrassé par leur reconnaissance, je me gardai bien de révéler mon terrible secret.
Mais cet épisode changea mon enseignement car je compris que pour être entendu, il fallait écouter. (Putain la vache ! comme j'me la pète !)
25 janvier 2007
Charly Le Fourbe
Extrait d'un ouvrage écrit par mon ancêtre, Charly Le Fourbe, lui même professeur,
il y a fort longtemps...
Dans chaque école du diocèse, et généralement en salle des Maîtres, se trouvaient tous les casiers.
Un simple cube fendu sur sa face et en son sommet, et par dessus la fente précitée, un battant escamotable, permettant le passage du pli mais préservant l'intimité du lieu.
Oui, nous, serviteurs du Roi et professeurs émérites disposions d'une boîte aux lettres soigneusement étiquetée.
Ce sont donc soixante boîtes empilées et adossées alphabétiquement au mur du fond de la salle qui attestaient de l'ordre ambiant.
En cette rentrée de l'an de grâce, une dizaine de jeunes professeurs, diligentés par notre bon Roi, vinrent remplacer autant de retraités, exténués et lassés par un si rude labeur.
Il fallut donc changer l'ordre des étiquettes afin de respecter l'ordre imposé par les nouveaux arrivés.
Celles-ci dansèrent et prirent une posture nouvelle mais toujours alphabétique.
Mais c'était sans compter sur les bigotes du couvent Saint Tupperware.
Elles virent avec effroi, on peut l'imaginer, leur casier, ou plutôt leur nom se déplacer, laissant présager une rude adaptation à leur nouvel endroit.
Aussi elles traitèrent l'affaire sur le champ.
Faisant fi de leur bêtise, et frôlant plus que de raison le ridicule, elles exigèrent auprès de l'Abbé Auguste, ecôlatre des lieux, que les étiquettes revinssent à leur origine et que sans cela elles seraient égarées et damnées dans les feux de l'enfer.
Leur requête trouva preneur et ceci fut aussitôt fait.
La belle jouvencelle affectée à la tâche, refit danser les étiquettes jusqu'à l'ordre d'avant.
L'ordre alphabétique fut rompu et prestement remplacé par celui de l'ancienneté.
Ce fut pour chacun d'entre nous une belle surprise quand nous cherchâmes devant ce mur de boîtes où se trouvaient nos noms.
Et chaque jour qui suivit, ce casse tête ne manqua pas d'irriter chacun et même les plus pieux d'entre nous.
Ainsi, en ce jour de septembre, Frère Christophe, curé de Monsours et professeur d'astrologie, déclencha les hostilités.
Il déclara devant les gardiennes du temple et l'Abbé Auguste :
- Pourquoi ne pas classer selon la connerie,
vos casiers seraient tout en haut mes chères amies
Et je lui emboîtai le pas :
- Pardon Messire l'Abbé, pourquoi ne pas opter
pour celui bien plus simple de la débilité ?
Nos piques firent mouche mais malgré nos attaques perfides nous n'eûmes gain de cause et nous nous retrouvâmes devant Messire l'Abbé qui bien que comprenant notre requête ne put que laisser voir son bien grand embarras.
L'affaire en resta là.
Mais je vous le confesse,
Frères humains qui me lisez,
Qu'il arrive que mes fesses
Dans leur casier viennent venter.
La fin est un peu leste, il est vrai, mais l'époque fut gaillarde et Charly Le Fourbe, bien que professeur respecté, fut un paillard éminent, un festoyeur de renom,
et un indécrottable rustre.
24 janvier 2007
Étoffons notre trousseau de pédagogue
Aujourd'hui : le coup de pied au cul, le CDPAC (prononcez cédépack).
Un prof peut-il user de ce geste pour informer de son courroux ? Coucou ?
Bien sûr.
D'ailleurs la question est idiote.
Heureusement, la réponse va compenser.
Il est vrai que dans nos pimpants collèges, bien des enseignants sont réticents et pour certains franchement hostiles à l'octroi du CDPAC. N'y voyons pas mauvaise grâce de leur part mais plutôt un excès de pudeur, la persistance d'une timidité adolescente ou, mais j'en serais étonné, un simple respect de la loi.
Mais je persiste à penser, et qui persiste signe, qu'il ne s'agit que d'une énième lacune dans la formation de nos maîtres. Aussi me proposais-je de combler cette carie par un opportun rappel.
Les pré-requis.
(NDLA : attention, ce geste ne s'applique qu'aux garçons).
Une fois repéré l'élève dissident se livrant à son forfait, élève étant debout et de dos, cela va sans dire (assis et de face c'est coton), approchez vous très lentement, sans bruit, et arrêtez vous à environ un mètre de l'objectif. Surtout pas plus, car lors du lancé vous pourriez basculer vers l'arrière, mais pas trop près non plus car vous auriez l'air con.
Le geste technique
Prenez fermement appui sur l'une de vos jambes, bloquez le bassin, amorcez un léger pivotement autour de la jambe d'appui tout en repliant le genou de l'autre jambe, tirez la cuisse vers l'arrière, et stoppez tout.
Le principe consiste maintenant à projeter la jambe repliée franchement vers l'avant en direction de la cible. On y va..... attention........... LACHEZ !!!!
Bien.
L'évaluation
C'est très simple.
Si l'élève se met à sautiller à travers la classe comme Skippy le kangourou, en se tenant les fesses et en faisant : ouillouillouillouille !!!!, c'est gagné.
Les variantes.
1) Au moment de l'impact, certains préfèreront incliner légèrement le pied afin d'obtenir un léger effet de lift, un peu comme au tennis, ce qui aura pour effet de provoquer un sautillement circulaire. Effet spectaculaire qui n'est pas sans évoquer les ballets du Bolchoï (période Khrouchtchev).
2) D'aucuns utiliseront le cou du pied (partie supérieure du pied), ce qui provoquera un franc décollage à l'impact et qui augmentera de façon sensible l'amplitude des rebonds.
3) La Panenka (voir le penalty de Zidane lors de la dernière coupe du monde).
4) Pour ma part, mais cela n'engage que moi, j'ai une nette préférence pour le pointu.
C'est simple et beaucoup plus franc et le ouillouillouillouille est nettement plus audible.
Dans tous les cas, TOUJOURS accompagner le geste par un commentaire chargé pédagogiquement comme ceci : "La prochaine fois, tu réfléchiras !!".
Voilà. C'est très important car ne l'oublions pas, c'est quand même le but.
D'ailleurs, d'une façon générale, si certains élèves rechignent à réfléchir, n'hésitez pas, un CDPAC, avec le p'tit commentaire qui va bien, et ça marche.
Conclusion
L'inconvénient du CDPAC est qu'il est réservé aux garçons, et que la parité est peu respectée dans ce domaine.
Pour les filles il existe une solution de repli, la torgnole classique, basique, mais ça devrait suffire.
D'autre part, ce geste s'adresse plus particulièrement à un public jeune.
Au delà, il ne présente plus guère d'intérêt pédagogique et il conviendra donc de ne plus l'utiliser.
Et en plus, ils pourraient réagir
23 janvier 2007
Les enfants du Che
Au collège, avec mon pote Christophe, on rigole bien.
D'ailleurs, dès qu'on s'voit, on rigole.
Lui, rien qu'sa tête, ça m'fait rire.
Je suppose que d'voir la mienne, ça lui fait pareil.
Pourtant, on est toujours très sérieux, très austères.
C'est ça qui nous fait marrer, parce qu'on l'est pas trop en fait.
Avec Christophe, on a des âmes de révolutionnaires.
On est comme qui dirait, des subversifs, des rebelles.
En salle des profs, y'a quatre collègues, des nanas, qui mangent à midi. Elles ont aménagé une table, et elles mangent là, tout en corrigeant des copies.
C'est des quinquas encore très alertes, mais pas à Malibu, c'est tout. Elles ont leur micro-ondes, leur frigo. Le frigo qu'appartient à tous les profs mais qu'elles squattent avec leurs p'tits yaourts, leurs p'tites salades, leurs p'tites badoits et surtout leurs gros tupperwares. C'est bien simple, un jour j'ai voulu mettre un coca, y'avait pas la place.
Et puis j'peux vous dire qu'c'est pas des rigolotes. Nous on les appelle les bigotes. Et des fois, quand elles arrivent, Christophe y rajoute : attention, alerte à la bombe.
Mais pas moi.
Alors un jour avec Christophe, on a acheté deux packs de bière, on a viré tous les tupperwares, et on a aligné les canettes bien comme il faut, sur toutes les grilles.
Je sais, c'est subversif.
Mais ce fut fait.
À midi, plutôt que d'aller à la cantoche, on s'est pointé en salle des profs et on a regardé le panneau consacré aux infos du collège en faisant mine d'en débattre.
Et les bigotes sont arrivées.
J'vous raconte pas l'bordel.
De la bière dans un collège ! Elles ont failli tomber à la renverse. Et ça rigolait pas.
Elles nous ont interpellé, on s'est retourné avec nos p'tits airs cons et on a abondé dans leur sens.
Et pis on a dit qu'c'était peut-être pas de la vraie bière alors on a ouvert deux canettes pour goûter.
Mais non, c'était d'la vraie.
Elles se demandaient si on déconnait ou pas mais c'était pas possible puisqu'on est sérieux et austères.
Elles ont viré les canettes, ont affiché une note au feutre rouge pour rappeler que l'alcool est interdit au collège et une est partie chercher le principal pour cafter.
Pour nous, y'avait plus qu'à récupérer les canettes, sans s'faire gauler.
Et ce fut fait.
C'est Christophe qu'a amené le sac poubelle qui fait gling-gling jusqu'à sa voiture.
Et hier, Christophe a eu une idée géniale, une sorte de pari quoi, que j'y avais même pas pensé.
C'est de dire "bite" et "couille" pendant qu'elles mangeaient.
Je sais, c'est subversif.
Mais ce fut fait.
22 janvier 2007
Réunion mamans-profs (3).
La maman de Guillaume.
Avec elle, ça rigole pas.
Enfin, Guillaume rigole pas.
J’l’avais jamais vu comme ça, l'Guillaume.
Lui qu’est si drôle d’habitude.
Elle sait plus quoi en faire.
J’la rassure : nous non plus.
- Qu’est-ce que j’peux faire pour le mettre au travail ?
- Ben, déjà, commencer doucement, disons un quart d’heure tous les soirs, pendant un mois, puis augmenter la dose, jusqu'à l'addiction. Mais surtout, ne pas le brusquer.
- Son frère ainé avait fini par avoir un déclic. Peut-être qu’il est pareil.
- Oui mais en attendant le déclic, des claques ? Non, j’plaisante...
- Oh ben, si j’montrai le bulletin à son père...
La maman de Pierre.
Une grande et belle femme.
Pierre est bon élève.
Rien de particulier à dire.
Elle a envie de papoter.
- C’est bien les fabrications en techno, l’électronique, tout ça.
On a justement un problème avec la télécommande du portail, si Pierre, après vos cours, pouvait réparer ça.
- Vous savez, c’est une classe de 6e.
- Ah bon ? Pourtant il a soudé...
- Oui, mais ce sont des notions d’électronique, juste des notions...
- Moi, ça me plairait bien de faire des choses comme ça...
- Tentez l’inscription au collège. On sait jamais, avec une dérogation.
En tout cas, j’lui apprendrais volontiers.
La maman de Talia.
Le père est là.
Ils sont turcs et ne parlent pas français.
C’est l’élève elle-même qui traduit. Une excellente élève.
D’une gentillesse, d’une douceur.
Je m’adresse à elle :
- Dis à tes parents que tu es une excellente élève.
Gênée, elle traduit.
- Et qu’il faut continuer comme ça.
- Mon père vous dit merci.
La maman de Stéphanie
Une élève brillante.
- Avec son papa, on va se séparer.
Sa fille reste impassible.
- J’ai peur que ses résultats en pâtissent.
Larmes.
Je lui explique que c’est possible, mais que ça ne durera pas.
Elle est gênée d’avoir flanché devant moi.
La maman de Léa.
Il est très difficile de parler de certains gamins.
Aux parents.
Léa est souvent dans le couloir qui mène à ma salle.
Elle y est toujours avec son copain du moment et d’autres élèves.
Malgré l’interdiction, l’hiver, j’leur dis rien, ils restent au chaud, d’accord.
Mais par contre, lorsque je la vois se faire peloter, je gueule un bon coup.
- Vous vous croyez où là ?
Et je les fous dehors en rappelant qu’on est dans un collège.
- Oh ça va, j’le s..... pas quand même !
Et elle se marre.
- Pardon ? quoiya ? castadi ?
J'suis pas un type trop coincé mais y'a des fois les bras m'en tombent.
(Ah, ces petites anecdotes croustillantes qui émaillent mes posts, sympa non ? Et que du vrai).
Ouais, j’disais donc, la maman.
- Bien, madame, j’vous cacherai pas que Léa nous cause bien du souci.
- Le prof principal me l’a dit. J’comprends pas. À la maison, ça s’passe très bien.
Tu m’étonnes, elle doit décompresser.
- Alors, qu’est-ce qui va pas avec Léa ?
- Et bien... heu... les résultats sont très insuffisants...
- C’est vrai qu’elle a pas le don...
- Voilà. Heu... sinon... pour le comportement...
- Elle est impolie ?
- Un peu, oui.
- Ça, c’est pas bien.
- J’vous l’fais pas dire. Et puis disons que... avec les garçons, ce serait bien qu’elle garde un peu de distance.
- Ah bon, qu’est-ce qu’elle a fait ?
- Rien de grave, j’vous rassure, mais bon, passez lui le message...
Ouais, en même temps, j’vais pas lui dire que sa fille a des comportements de... heu... comment dire... en restant poli... heu... enfin bref voilà quoi et qu’elle tient des propos de... heu... j'l'ai au bout d'la langue... c'est trop bête... enfin, j'me comprends.