12 janvier 2007
Mon pot virtuel (très économique)
Pour tous les visiteurs du jour, une p'tite flûte. J'ai déjà servi Bounty, Stéphanie, LaCuillerEnBois, Chrystel et Mimile. Les autres, vous vous servez. La bière, vous touchez pas, c'est pour moi.
Pour les amuses-gueule, avec tout ce que j'ai vu sur vos blogs, j'espère que vous en avez apportés.
Voilà. Et foutez pas des miettes partout, merci.
10 janvier 2007
T'as quel âge ?
Après-demain c'est mon anniversaire.
Le 12 janvier.
Je sais, tout le monde s'en fout vu qu'on est environ 170000 en france à être nés le même jour de l'année.
Ce qui correspond à la population d'une ville comme Limoges ou Perpignan.
Rien que dans ma ville, on est 300 à fêter notre anniversaire.
Au niveau mondial, on doit être environ 18 millions.
Et ouais, on s'croit le centre du monde ce jour là, mais en fait.
Inutile de vous dire qu'il n'y aura pas de message vu que je serais certainement saoûl.
J'ai quand même prévu d'acheter un gateau et des barres chocolatées.
Mais avant j'vais m'faire un resto.
Et boire une p'tite bière en ville.
On sait jamais, peut y avoir une rencontre sympa.
Faudrait que j'me fasse une boite de nuit un d'ces quatre.
Des élèves de 3e m'ont dit qu'il y en avait une très bien dans l'coin pour les vieux comme moi.
On est vite vieux avec les élèves.
Eux visiblement vont en boite. Ça m'étonne mais bon.
Du coup, ils ont émis le voeu de m'y rencontrer.
J'me vois bien en train de danser ou de draguer devant des élèves.
Non, faut que j'trouve un boite plus éloignée.
Pour l'anniversaire, j'le dirai quand même aux élèves, c'est un bon moyen de récupérer des chewing-gums ou des bonbons à l'oeil.
Allez, à la votre.
Classe ramequin
Un prof peut-il être beau ? ou belle ?
Évidemment non.
Ça se saurait.
Et d'ailleurs je soupçonne l'administration de procéder à une discrimination positive mais discrète envers les PEF : les Physiques Exclusivement Fonctionnels.
Dont je suis.
Avant j'étais PAF (Physique Avantageux Fichtre), mais il a fallu faire un choix.
Mais illustrons par l'exemple l'hypothèse sus-citée.
Que se passe t-il lorsqu'une jolie prof exerce dans un collège.
N'oublions pas que nous opérons sur une population pubère particulièrement réceptive et prompte à un débit hormonal et salivaire intense.
In fine, une jolie prof ne manquerai pas de semer le trouble.
Et qui sème le trouble récolte la tempête.
Qui accepterait de voir des élèves tempêter ?
Aussi qualifierais-je l'exposition d'une plastique aboutie au sein d'un établissement scolaire, de manquement grave au devoir de réserve.
Mais fort heureusement, de réserve, nous ne manquons pas.
La susdite régle admet quelques exceptions.
Mais elles sont si rares et si peu représentatives que je vous propose de les sauter et de passer directement à la suite.
Vous serez d'accord avec moi, la vraie beauté est intérieure. C'est un lieu commun.
il faut savoir la découvrir, la dénicher.
Alors, dénichons.
Mais pour cela, il est vrai, et je n'en disconviens pas, mais en conviendrez-vous, que dans certains cas, une solide formation en spéléologie s'avère être un atoût précieux.
Et le sexe me direz vous.
Il est ici complètement absent.
Si l'on tient bien sûr pour négligable le fait que les élèves passent toute leur puberté au collège et que naissent ici des libidos dont la somme, même pondérée par celle des profs, équivaut à environ deux fois Hiroshima.
À peu près.
Mais gardez vous bien de paniquer.
Dans un collège, tout est sous contrôle.
Non, croyez moi, la beauté n'est pas de mise dans notre entreprise.
09 janvier 2007
Représailles
Il semblerait que les représailles envisagées lors du message d'hier aient attiré votre attention. Mais je me dois de tempérer ce vindicatif enthousiasme. En effet, nos moyens sont limités. Après avoir consulté un cabinet d'avocat célèbre, épluché la jurisprudence, abondante sur le sujet, et étudié attentivement l'article 24 de la Charte des Droits Fondamentaux de l'Union Européenne relatif aux Droits de l'Enfant, ma conclusion est sans appel : je dois renoncer aux représailles.
Je sais, c'est dur.
Toutefois, je défini de nouvelles résolutions pour cette classe.
A partir de dorénavant :
Les appeler par leur nom de famille.
Les vouvoyer.
Remplacer le "Bonjour à tous" par "Bonjour les nains".
Cesser d'être drôle, beau et plein de charme.
Leur raconter ma vie.
Leur expliquer que de toute façon 10% d'entre eux seront pauvres.
Ne pas dire lesquels.
Retirer les consignes de sécurité relatives à l'utilisation du fer à souder.
En prétextant qu'il s'agit d'évaluer leur autonomie.
Faire l'appel en commençant par la fin.
Lors des alertes incendie, et que l'alarme sonne, dire en toute bonne foi que c'est un téléphone qu'on entend, et les laisser, en toute bonne foi, pour aller répondre.
Les faire écrire vingt lignes de cours, dire que j'me suis trompé et leur faire passer du blanc.
Les faire écrire un cours et leur demander de souligner les mots importants.
Noter les classeurs chez moi et renverser dessus, par inadvertance, une carafe de café.
M'excuser en leur demandant de tout refaire.
Voilà. Avec ça déjà...
08 janvier 2007
Les cafteurs
Conseil de classe. 6e 4.
Après un tour de table.
- Bon, les délégués élèves, vous avez des remarques ?
- Heu..., les cartables sont trop lourds...
- Oui, mais encore ?
- Ben... à la cantine, les 3e y nous passent toujours devant...
- C’est pas normal ça. On va en reparler. Vous avez autre chose ?
- Oui... heu... M’sieur ..., en technologie, y dit des gros mots.
- Bon, c’est tout ?
- Oui.
- Bien, m’sieur ..., vous voulez intervenir ? Visiblement vous êtes mis en cause.
Y fait de l’humour le Principal.
Et comment que j’veux !
Les p’tits fumiers ! Me mettre en cause. En plein conseil de classe !
Devant les collègues, le Principal, les parents d’élèves.
La honte.
Moi qui suis une crème de prof.
Jamais une heure de retenue, jamais un contrôle surprise.
Jamais de travail à la maison. Toujours à les faire marrer.
Et là, le coup de poignard.
Le croche-patte.
J’ai rien préparé.
Que dire ?
On aurait pu parler du poids des cartables, de la cantine.
Ça m’aurait laissé un peu d’temps.
- Oui, je souhaiterai... heu... évidemment, réagir à cette remarque.
L’expérience m’a appris qu’il fallait bien souvent réagir inversement
à ce que nous dictent nos pulsions.
En l’occurrence, mes pulsions me suggèrent de leur mettre une bonne tarte. Aux délégués.
- Et tout d’abord, j’aimerai féliciter les délégués, pour leur usage bien compris du droit d’expression.
Tu parles !
Le droit d’expression.
Ça, leurs droits, ils les connaissent par cœur !
Mais les devoirs. Et le devoir de réserve ? En conseil de classe ?
- Ils viennent de nous donner un bel exemple de citoyenneté.
Ça, c’est un mot à la mode. Ça fait toujours bien de l’placer. Ça fait prof.
- Et il fallait un certain courage, pour faire ce type de remarque.
Du courage. En conseil ? Aucun risque pour eux.
Mais attends voir, demain. Les représailles.
- En effet, vous avez raison, il peut m’arriver d’utiliser des mots grossiers.
Oui, ça c’est vrai.
Mais de quoi on parle ?
Oui, j’dis merde de temps en temps. Mais c’est tout.
Peut être une fois, j’leur ai dit : vous commencez à me faire chier !
C’est vrai qu’c’était sûrement trop. Mais bon, doit-on brider les élans du cœur ?.
- Sachez que je suis sincèrement désolé, si j’ai pu vous choquer.
Les choquer, eux ?
Mort de rire.
Hier, je leur ai dicté le mot suspension. Sus... pension.
Toute la classe s’est marrée.
J’ai demandé pourquoi, avec un air naïf. Personne n’a répondu. Pourquoi ?
C’est moi qui étais choqué.
- Et je m’en excuse.
Ça c’est important de le faire. Même à contre cœur
- D’autre part, je m’engage à l’avenir, à être plus attentif à mon langage.
Voilà. L’auto-flagellation, c’est fait.
Mais j’peux pas en rester là.
J’suis un peu vexé quand même.
J’veux déconner un peu.
J’sens qu’j’ai la verve.
J’me lance. Sans filet. Advienne que pourra.
- Toutefois, pour conclure, j’aimerai ajouter quelque chose.
Je vous rappelle que nous sommes ici dans un collège.
Et que notre rôle est de vous préparer au monde qui nous entoure.
Et ce monde, c’est pas Eurodisney.
Il est parfois grossier. Et dur.
L’utilisation mesurée de mots grossiers en classe vous prépare donc à ce qui vous attend.
En ce sens, ces mots grossiers ont à mes yeux, des vertus pédagogiques.
Voilà, m’sieur le Principal, c’est tout.
Gonflé.
Et très discutable.
Le principal sourit mais n’intervient pas.
Et s’adressant aux délégués :
- Ça vous va ?
- Oui, très bien.
07 janvier 2007
J - 1
Le 6 juin 1944, les américains débarquaient en Normandie.
Le 8 janvier 2007, 300000 profs partent à l'assaut des collèges.
On sait qu'il y aura du carnage, du sang, des larmes, et des vols de craie.
Mais c'est le job.
Et la veille, comme pour les GIs, la tension est palpable.
Je tourne en rond dans mon 50m2.
Surtout ne rien oublier.
Et pour commencer : faut qu'j'retrouve mon cartable.
Au gré du passage de l'aspirateur, j'sais plus ce que j'en ai foutu.
Tiens le v'la.
Je suis fébrile. Je l'ouvre. Tiens, y'a encore une mandarine.
La trousse, les cours, l'aspirine, la game-boy, tout y est.
Et même une pochette pleine de copies à corriger.
Putain, j'les avais oubliées celles la ! J'les corrigerai ce soir. Devant la télé.
Un p'tit coup de chiffon. L'arme doit toujours être impeccable.
Les fringues maintenant.
Un vieux jean tout pourri. En tout cas, suffisamment pour qu'on m'confonde pas avec le Principal. Mais pas trop, qu'on m'confonde pas avec les élèves.
Un pull, bien ample, une chemise à carreaux, des chaussures, bien larges pour le confort du pied.
Enfin bref, le costume de prof. Finies les belles fringues des vacances qui font mon succès dans le quartier.
Un prof banalisé quoi.
Préparation physique.
Un gommage, un masque désincrustant, une épilation. Partielle mais j'dis pas où.
Et une douche. J'fais un voeu, c'est la première d'l'année.
Faut soigner tout ça, parce que les gamins, y remarquent tout.
Préparation mentale.
Se rappeler en quoi consiste ce boulot.
Pratiquer la respiration ventrale, pour éviter le pétage de plomb.
Se dire qu'on fait l'plus beau métier du monde. Et pas l'plus vieux.
Voila. J'suis prêt.
Et pourtant, y m'semble que j'oublie quelque chose.
Mais quoi ?
Ah merde, ma carte de cantoche !
05 janvier 2007
Ma vocation
Devient-on prof par vocation ?
Ben moi non.
Mais alors vraiment pas.
J'voulais être routier.
Ou conduire des trains.
D'ailleurs, aujourd'hui, j'habite juste à coté d'une gare.
La nuit, j'adore entendre les crissements des trains.
Mes copines, ça les faisait chier.
C'est pour ça qu'j'suis célibataire : c'est soit l'train soit l'train-train.
En fait, j'ai joué de malchance, j'étais bon en maths.
Ça, j'le souhaite à personne.
Tu parles d'une poisse.
La, si ça s'trouve, j'serais au Pérou, ou au Guatemala, en train de livrer des armes.
Putain, quel échec, quel looser !
J'vous jure, y'a des jours, si j'm'écoutais, j'irais passer le permis poid-lourd.
Mais j'suis comme mes élèves : j'm'écoute pas.
Et puis, j'suis pas con non plus.
En tout cas, les conseillers d'orientation, j'vous dis pas merci !
J'm'imagine parcourant la Russie, la Chine, le Sahara, l'Auvergne.
En écoutant de la zique. Le cerveau en mode éco. Avec un calendrier de Clara Morgane qui fait le pendule. Le rêve quoi.
Remarquez, prof ou routier, c'est un peu pareil. À part l'calendrier bien sûr. On t'file les clés, le programme, et après tu t'démerdes. C'est sûr que 30 élèves peuvent être aussi difficiles à manier que 30 tonnes.
Sans compter que j'ai des prédispositions : j'aime la bière, j'dis des gros mots et j'regarde les nichons des collègues. J'comprends pas qu'ça ait pu échapper aux conseillers d'orientation.
Enfin, ça, j'espère qu'ça échappe aux collègues, sinon j'vais finir par passer... pour c'que j'suis !
Allez, un p'tit tour de camion. Vous montez ?
Vrouuuuum, vrouuuuum, tutuuuuut, tutuuuuuut...
Un peu de régression, c'est pas interdit non ?
PS : bon, la, j'ai un peu honte. Mais bon, un peu de honte, c'est vite passé.
04 janvier 2007
Un prof a t'il des préférences ?
Un prof a t'il des préférences parmi ses élèves ?
Grand Dieu non !
Stricte neutralité, égalité de traitement (?), sont les mamelles de mon enseignement.
(la métaphore, c'est cadeau, j'en ai plein comme ça. D'ailleurs, j'aurais du passer un bac littéraire, j'avais la fibre).
La préférence n'est-elle pas le début de la discrimination ?
Alors, un prof a t'il des préférences parmi ses élèves ?
Non ?
Ben moi, si.
Déjà, j'ai du mal à punir les filles.
C'est vrai. C'est con, mais c'est comme ça.
Un vieux fond d'élégance contre lequel je lutte au quotidien.
À faute égale, punition égale.
Donc, première résolution, pour 2007, bien penser à punir les filles.
J'ai aussi une nette préférence pour les élèves polis, bien éduqués et propres.
Je sais, c'est pas normal. C'est même parfaitement injuste. Voire discriminatoire.
Donc, deuxième résolution, pour 2007, parler aussi aux autres.
J'ai, de plus, une vraie aversion, j'ose à peine le dire, pour les élèves grossiers et agressifs. C'est pas évident pour moi de faire un tel aveu, car je dois le dire, j'ai honte.
J'dois avoir un problème perso, c'est pas possible autrement.
Je dois envisager de faire un travail sur moi-même.
Faudrait que j'vois un psychopathe. Ça me ferait du bien.
L'avantage avec eux, c'est qu'au bout de cinq minutes, tu t'sens normal.
C'est efficace et bien moins cher qu'un psychologue.
Pour finir, une dernière préférence : je ne frappe jamais un élève à terre.
C'est idiot, mais j'préfère debout.
D'abord parce que c'est déshonorant et puis c'est un abus de position dominante.
Mais la encore, au diable ces petites réticences mesquines d'individu égocentré.
Même à terre, un élève a des droits.
Voila. Ça m'a fait du bien de parler.