28 février 2007
Y'a pas l'feu
Dans chaque établissement scolaire, en tout cas les collèges, et pour la sécurité de tous, on procède à des alertes incendie.
Il s'agit de simulations d'évacuation impromptues décidées par le chef d'établissement. Lorsque l'alarme retentit, nous devons faire sortir les élèves, dans le calme, ceux ci laissant leurs affaires sur place, et les mener jusqu'à une zone de sécurité située à distance des bâtiments. L'enseignant doit impérativement prendre avec lui le cahier d'appel afin de s'assurer, lorsque les élèves sont en sécurité, de la présence de tous.
Il arrive lors de certaines alertes, que certains malfaisants profitent de l'aubaine pour voler tout ce qu'ils peuvent dans les classes.
Comme des malpolis.
Lors de la dernière alerte, les élèves me font remarquer qu'on entend l'alarme et qu'il serait bien que je m'en préoccupe.
Je vais dans le couloir, j'entends en effet l'alarme, mais pour être sûr, j'appelle tati depuis mon téléphone de salle.
- Non, on dansait un rock et on est tombé sur l'alarme par hasard, ducon.
Merci tati.
Donc y'a alerte.
Je fais sortir les gamins (des 6e) par la porte du fond, on rejoint la cour et y'a déjà pas mal de classes qui sont en zone sécurité.
Je dirige mon troupeau vers le salut en essayant quand même de les faire ranger par deux, vu qu'il y a des collègues et qu'un semblant d'autorité ne nuirait pas à ma réputation.
Mais penses tu.
On est encore loin de la zone car ma salle est au fond de la cour.
Deux élèves m'interpellent :
- M'sieur, nous on a laissé nos mp3, et si y'a des vols ?
- Ouais... heu... bon allez les chercher vite fait.
Les voilà partis en galopant.
Du coup deux autres font la remarque mais cette fois ci concernant une raquette de ping pong et une somme d'argent destinée à un bouquin d'anglais.
- Bon allez y mais grouillez vous.
Et ainsi de suite.
Je suis donc arrivé en zone sécurité avec deux élèves sur vingt quatre.
Ça fait désordre
Christophe n'a pas manqué de le remarquer :
- T'as gardé qu'les meilleurs ?
- J't'emmerde.
Tout le collège est là, chaque prof devant ses élèves, procédant à l'appel, et moi devant mes deux gugusses, je fais pareil.
Le principal s'amène avec la principale-adjointe pour observer les résultats de la manip.
Du coup je plonge bien profond dans le cahier d'appel, espérant passer inaperçu tandis que Christophe fait remarquer que j'ai beaucoup d'absents.
Espèce d'enfoiré.
- Monsieur le prof, ou sont vos élèves ?
- Ben... avec les vols... certains sont retournés...
- Donc vous avez laissé une vingtaine d'élèves dans les flammes !
Comme il y va l'principal. Comment qu'y s'prend au jeu lui !
- Ben non... en fait...
Mes vingt gamins arrivent dans un boucan d'enfer, traversent la cour en vionzant, parce qu'un élève de 6e se déplace toujours en courant, c'est à ça qu'on le reconnaît, et se placent dans un bordel immonde devant moi.
Je leur suggère de se mettre en rang, que ça aurait plus de gueule, mais j't'en foutrais ouais.
Je fais mine de les engueuler mais ils me rappellent fort à propos qu'ils avaient mon accord.
Je les en remercie vivement et leur propose d'en débattre ultérieurement.
Et à ce moment précis, une élève, Fanny, s'approche de moi et me tend ma veste.
- Voilà m'sieur, j'ai bien pensé à prendre votre veste, comme vous l'avez demandé.
Oh quelle est gentille ! La brave petite ! C'est ti pas sympa ça ? Une crème d'élève cette gosse.
- Parce qu'en plus, vous envoyez au feu une élève pour récupérer vos affaires, mais c'est insensé !
Je vois Christophe ricaner ainsi que l'ensemble des collègues et les mamies bien sûr qui n'en demandaient pas tant.
Je pars dans de vagues explications minables qui me voient m'enfoncer d'environ dix mètres.
Et j'entends la principale-adjointe faire remarquer à Christophe que ses élèves ont tous leur cartable sur le dos et que c'est pas normal vu qu'ils sont censés tout laisser sur place.
Le principal les rejoint.
Je sens mes abdominaux secoués par des spasmes réguliers et mes épaules itou, et je retiens difficilement mon fou rire.
Il se fait remonter les bretelles :
- Parce qu'en cas d'incendie, vous leur faites ranger bien comme il faut leurs petites affaires ? C'est ça ? Parce que d'après vous on a largement le temps, c'est ça ?
Je m'approche pour voir Christophe s'enfoncer de quinze mètres et j'ajoute :
- Et en plus, je l'ai vu, il a passé un coup de balai avant de sortir.
Et là, avec Christophe, on part en sucette et on se paie un fou rire, mon vieux, que même le principal a souri.
Bon, le principal donne son ok pour qu'on regagne nos salles et Christophe passe à coté de moi :
- Pauvre inconscient, irresponsable va.
- Psychopathe.
Je ramène mes gamins, Fanny s'approche et me tire la manche :
- M'sieur, pardon pour la veste.
- C'est pas grave Fanny.
- Et la bière ? J'en fais quoi ?
26 février 2007
Charly a un gros cartable
Oui, j'en ai un gros.
D'ailleurs, j'ai le plus gros de toute la salle des profs. Et ça me vaut bien des compliments.
C'est vrai qu'il n"est plus tout jeune, le cuir est bien tanné, plus vraiment étanche, mais il n'a pas perdu sa rigidité.
Il a même un aspect satiné qui n'est pas sans charme et séduit les amateurs de vieilles selles.
Pourtant, et c'est vrai, je fais un minimum d'entretien, j'vais pas passer non plus mon temps à l'astiquer.
Le seul problème, c'est son poids. J'ai donc souvent des problèmes avec la poignée et je suis obligé de le porter sous le bras.
Je le mets toujours au même endroit en salle des profs parce qu'il ne rentre pas dans mon casier.
Il rentrerait sans problème dans le casier d'Isabelle mais elle veut jamais que je l'y mette.
Soi disant qu'elle peut pas dépanner tout le monde.
Maryse a accepté une fois mais à condition de ne pas salir sa serviette.
Nelly a essayé de le soulever l'autre jour et elle comprenait pas que je trimbale un truc pareil.
De toute façon, ça peut pas lui convenir, vu qu'elle fait toujours la fine bouche.
Et puis on ne peux pas non plus satisfaire tout le monde.
Tati me dit toujours de ne pas le laisser traîner, qu'on va finir pas se prendre les pieds dedans.
D'ailleurs elle m'a souvent proposé de le mettre dans son armoire, qu'il y avait de la place au fond.
Elle est bien gentille tati mais si chaque fois je dois aller dans son bureau, ça en fait des va-et-vient.
D'une façon générale, j'aime pas trop qu'on y touche, en tout cas sans mon accord, ç'a tendance à me hérisser.
En tout cas, moi, je le vide tous les soirs en rentrant. Comme je suis un peu bordélique j'en fous partout mais je m'y retrouve toujours avec mon petit bazar, et pour finir, je le charge pour le lendemain.
En tout cas, il rempli parfaitement son usage et j'en suis pleinement satisfait.
Autant j'ai un gros cartable, autant ma trousse est petite.
Oui, j'en ai une petite.
Certains préfèrent les grosses, mais l'avantage de la petite, c'est que je peux la ranger partout.
Et puis, petite ou grosse, comme dit tati, le tout, c'est qu'elle rentre dans le cartable.
La mienne est toujours bien pleine, car j'aime bien avoir tout sous la main.
Tati dit que je devrais la remplacer par une neuve.
C'est vrai que je la jetterai bien la vieille, mais elle peut toujours dépanner.
je la mets toujours bien droite dans le cartable, et je la cale bien avec mes mandarines.
Quand je travaille en salle des profs, je la pose sur la table, comme ça si les collègues ont besoin, ils viennent se servir.
Le tout c'est qu'ils la remettent à sa place, j'aime pas la retrouver à l'autre bout de la table.
Régulièrement je la vide et je la secoue au dessus de la poubelle.
Ensuite je la frotte avec un spongex et je la fais sécher sur le balcon.
En tout cas, elle rempli parfaitement son usage et j'en suis pleinement satisfait.
PS : ce texte n'est pas très fin, je vous l'accorde, mais si vous trouvez que c'est un peu gros mon truc, je le retire.
25 février 2007
Avertissement !
Demain, sur ce blog, sera publié un texte d'une vulgarité inouïe, d'une grossièreté rare, d'une trivialité répugnante, d'une indécence inacceptable.
Donc, tout commentaire qui en fera le constat sera supprimé.
Vous êtes prévenus, alors venez pas pleurnicher et faire vos chochottes ou autres effarouchées..
Charly (qui est sûr de battre demain ses records d'audience)
PS : suite à la question de Cathy, je précise que la publication aura lieu vers 16 heures car le lundi je finis à 15 heures (ça fait tôt et j'ai un peu honte mais bon, et encore, je me garde bien de vous dire que le lundi je commence à 10 heures car pour vous ce serait insupportable).
24 février 2007
Une journée bien chargée
J'sais pas si vous êtes au courant, mais des fois, y'a des grèves chez nous.
(introduction hautement provocante quand on sait que les parents se retrouvent ces jours là avec les enfants sur les bras, et ces derniers, avec les parents sur le dos)
Bon, les grèves, j'en suis toujours informé par les élèves, qui viennent me demander si je la fais, parce que dans ce cas, pour eux, c'est l'occasion de rester à la maison.
Et je prends mon air triste, je regarde le plafond, ils regardent le plafond, je regarde mes chaussures, ils regardent mes chaussures, je les regarde, et je leur dis que j'la fais pas, rien que pour les faire chier.
Et donc cette fois là, la grève devait avoir lieu un mardi.
Le lundi soir, la veille donc, je passe voir un couple d'amis, presque voisin, et ils me gardent pour dîner.
On s'envoie deux barils de pétrole brut et on termine sur un bon Cognac, que tu m'en diras des nouvelles, et qu't'en reprendras bien un p'tit pour la route, non merci, bon d'accord, mais le dernier alors.
Je rentre chez moi vers une heure du mat, à pied, et bien allumé, je me couche dare-dare et je m'endors itou.
Six heures du mat, le réveil sonne, façon alerte nucléaire générale, et j'émerge péniblement en constatant avec effroi, et vous allez le comprendre, que j'ai un mal de tête carabiné, à s'demander si j'ai pas pris froid la veille.
Bien crevé et épouvanté par la journée qui s'annonce, je réussis à réfléchir un peu et je découvre avec stupéfaction que je suis en complet désaccord avec les propositions du gouvernement notamment l'article 231 alinéa 22 et je décide de m'associer in extremis à la grève prévue.
Et donc je me rendors.
Un peu plus tard, quatre heures plus tard précisément, j'me lève, j'fais ma p'tite toilette, ce qui va assez vite vu que j'me salis très peu, et je me retrouve dans le salon, désemparé et tenaillé par une culpabilité que vous imaginez sans peine (ça m'étonnerait, mais bon).
Vers onze heures, Patrick, le responsable syndical, ayant constaté mon absence, m'appelle et me félicite pour mon engagement dans la lutte.
Un peu gêné, je lui réponds qu'c'est la moindre des choses, que ça commence à bien faire, et que j'sais pas c'qui me retient de tout faire péter.
Ébahi par mes convictions (récentes les convictions quand même), il me propose de participer à la manif dont le départ est fixé à quatorze heures.
La dernière fois que j'ai défilé dans les rues, c'était pendant mon service militaire, j'suis pas sûr de me rappeler, mais n'osant pas refuser, j'y suis allé.
Tout le monde m'a accueilli par des grandes claques dans le dos, en disant que décidément je cachais bien mon jeu, et qu'ça faisait bien plaisir à tout l'monde, d'autant que j'avais une réputation de merde, de jmenfoutiste, de connard fini, et donc, ça m'a fait plaisir.
Je fus chargé de tenir une banderole avec un truc méchant écrit dessus et j'étais bien content.
Malgré le temps couvert j'ai quand même mis mes lunettes de soleil, parce qu'on est passé devant toutes les terrasses des bistrots de la ville, que je connais bien, et réciproquement, et que je tiens, par souci d'éthique, à ne pas mélanger vie professionnelle et vie privée.
Mais c'était sans compter sur Jeannot, le patron du Gargouillis-Nichons-Club qui m'a reconnu :
- Qu'est-ce que tu fous là toi ?
- Ben... la lutte quoi...
- Toi la lutte ? Branquignole va ! Amène toi, j'te paye un demi !
- Ben là j'peux pas, j'suis en pleine lutte.
- Bouge pas, j'te l'amène.
Mes collègues de tranchée demandent ce qui se passe, et j'explique que ce type est un malade, que j'mets jamais les pieds au bistrot, que la dernière fois, j'avais huit ans et que j'étais forcé par mon père, pour boire un Coca.
Et Jeannot s'amène avec le demi.
- Tiens, il est bien frais. Dis donc, Laurence a appelé, y paraît qu'elle arrive pas à te joindre. Putain, toi et les nanas, j'te jure !
Pendant que je me demandais si on pouvait empaler quelqu'un avec un piquet de grève, Patrick annonce dans son porte voix que l'on approche de la préfecture et qu'il faut qu'on gueule bien fort. J'en profite pour expliquer à Jeannot que ce serait trop long à lui expliquer, et que ça me rendrait service s'il arrêtait de m'en rendre.
Bon, on a bien gueulé, mais visiblement y'avait personne, puisque personne n'a répondu.
Et on s'est dispersé.
J'étais avec les collègues du collège et y'a trois types qui sont venus nous voir avec des câbles, une caméra, et un gros micro poilu et y en a un qui m'a demandé ce que je pensais des deux dernières mesures du projet de loi.
J'étais bien embêté parce que je savais même pas qu'y avait un projet alors vous pensez, les mesures, en plus les dernières.
Mais j'me suis pas démonté, j'ai dit que le projet était inacceptable, qu'on s'laisserait pas faire, qu'y en avait marre, qu'on était pas des chiens, et qu'on irait jusqu'au bout, et même plus loin, et tout quoi. Le type était bien content et il a dit que ça passerait sur France 3 le soir même.
Les collègues m'ont applaudi, en disant que j'avais été très clair et que j'étais un vrai leader, et qu'ils étaient surpris par mon charisme, et que venant d'un type qu'était pas foutu de tenir ses classes, et qu'avait l'autorité d'une pompe à vélo, c'était surprenant, et ça m'a bien touché.
Après ça, je suis allé au Gargouillis-Nichons-Club boire l'apéro. Jeannot a mis France 3 pour les infos et j'étais une vraie star.
Je suis passé juste après le préfet, qu'a dit qu'il avait rien entendu parce qu'y avait du bruit dehors, et avec les clients, on a tous regardé.
Mais en fait on a surtout vu Patrick, car moi, j'étais juste derrière lui, en train de boire ma bière.
Si c'est pas d'la malchance ça.
22 février 2007
Le regard furtif
Je viens d'affûter une technique qui va changer la face du monde : le regard furtif.
Un enseignant se doit d'être aussi un chercheur, donc j'ai trouvé.
Combien parmi vous mesdames sont incommodées par ces regards masculins qui se vautrent sur vos soutiens-gorge et vos jolis popotins ?
Quel toupet, quelle inconvenance.
D'autant qu'à partir de certaines dimensions, ces gueux ont du mal à se concentrer sur autre chose et quand on est timide comme vous l'êtes, on n'ose pas la petite remarque qui éconduira le malotru.
Nous sommes des mammifères, je vous le rappelle, et la loi de l'évolution édictée par Darwin, n'affecte pas chacun de nous de la même façon.
Ainsi certains de mes congénères en sont-ils restés au stade primaire, du désir non dissimulé, de l'oeil glauque, du rire benêt, du léger filet de bave à la commissure, tout ceci s'expliquant par une fuite massive et rapide du sang hors du cerveau pour se diriger vers les organes reproducteurs, alors que les autres, dont je suis, d"élégance atourés, fourmillent d'idées, pour pas s'faire gauler.
Je tiens ici, la solution qui réconciliera mars et vénus.
Le principe est simple, et ne renie pas nos pulsions mais se contente de les gérer.
Il consiste à récupérer un maximum d'informations, physiques bien sûr, votre intelligence dans ces moments là, bien que réelle et indiscutable, on s'en pète un peu, en un minimum de temps.
C'est là l'astuce.
Ce matin, j'ai testé pour vous en salle des profs, et je peux vous dire, qu'en deux dixièmes de seconde, j'ai scanné Isabelle la prof d'anglais, de la tête aux pieds sans qu'elle remarque quoique que soit, et même qu'elle m'a souri.
Fortiche non ?
Nota : ne réagissez pas mal à ce qui vient d'être écrit, car je le fais pour vous, mesdames. Pas pour moi, vous pensez.
Résultat du scan (résultats bruts avant dépouillement complet et traitement informatisé pour prise en compte variables locales et subjectives).
Et voilà l'travail.
Mais comment fait il vous demandez-vous-je ?
Prenez ma place et suivez les instructions suivantes à la lettre.
La cible arrive, ici Isabelle.
Estimez rapidement sa trajectoire en repérant son objectif, par exemple son casier.
Regardez intensément le mur du fond de la salle des profs, plus précisément l'angle gauche formé avec le plafond.
Froncez les sourcils et prenez l'air intelligent.
Clignez rapidement des yeux comme si vous étiez à fond au niveau de l'intensité de la réflexion, au taquet quoi.
La droite formée par votre regard croise sa trajectoire au point P.
C'est là que tout se passera.
Lorsqu'elle arrive au point P, vous allez rabattre votre regard en direction de vos chaussures, doucement, en passant par P.
À ce moment précis, et soyez précis bordel, il s'agit de capter un maximum d'informations.
Pour cela, exorbitez légèrement les yeux, très rapidement, la pupille doit entièrement se dilater et occuper tout l'espace, le cristallin se courber dangereusement, à ce stade d'intensité, l'iris doit être considéré comme cliniquement mort, la cornée commencer à se fendiller, la rétine est en mode survie, le nerf optique doit atteindre sa température de fusion, le cerveau doit être cramoisi et saturé d'informations.
Relâchez.
Vous venez de perdre la moitié de vos globules rouges.
Tout ceci en deux dixièmes de seconde.
Et votre regard continue tranquillement son chemin jusqu'aux chaussures.
Fastoche non ?
Nota : pensez à vous restaurer après, çà équivaut quand même à une bonne dizaine de dons du sang
C'est que de l'entraînement en fait.
Entraînez vous partout, en famille, au resto, dans les transports, au boulot, à la cantine, à la messe, partout quoi.
Et vous deviendrez un pro du regard furtif.
Malgré ma technique il m'arrive de retomber dans les travers de mes ancêtres et l'accident est toujours possible.
Ainsi, ce matin, je fixais tel le bourrin moyen, la poitrine d'Isabelle.
Est arrivé ce qui devait arriver :
- On peut savoir c'que tu regardes ?
Mais un vieux renard comme moi, vous imaginez, j'ai plus d'un tour dans mon sac.
Je l'ai regardé le sourcil froncé et interrogatif :
- J'me demandais, c'est quoi comme couleur ça ? Beige ou blanc cassé, on sait pas trop en fait.
- Prends moi pour une cruche toi.
Bon, ça marche pas à tous les coups mais bon, ça coûte rien d'essayer.
Et pis j'ai été voir tati pour lui en parler.
J'aime bien avoir son avis car elle est pleine de bon sens et ses jugements sont illuminés de sagesse.
Je lui ai donné un exemplaire de ma thèse et lui ai expliqué le détail de la technique, avec des petits schémas, en insistant bien sur la rapidité du truc.
Elle hochait la tête, visiblement impressionnée, et conquise par ma théorie.
Et elle a juste dit çà :
- Ouais. Tu sais combien y m'faut de temps à moi pour estimer ta connerie ?
Qu'est-ce que les gens sont méchants quand même.
21 février 2007
Claire
Il est des rencontres sympas dans la vie.
Et certains élèves font partie de ces rencontres.
Claire était une élève de 6e, 11 ans, une jolie petite fille, très discrète, peu loquace, mais brillante et travailleuse.
Des grands yeux, et un sourire angélique qu"elle affichait volontiers mais toujours en silence.
Lors du premier cours de l'année, je remarquai qu'elle ne me quittait pas des yeux.
Et comme à mon habitude, je glissai dans mes explications quelques zestes d'humour, d'ironie, qui ne manquent pas de surprendre les élèves mais qui les rassurent, inquiets qu'ils sont de mon aspect sérieux et austère.
A chaque trait d'humour, je remarquai que Claire me fixait et commentait en silence la qualité de mes vannes.
Tout simplement en faisant un signe négatif de la tête quand elle estimait que ce n'était pas vraiment drôle, ou faisant la moue, m'indiquant clairement que je faisais dans le mauvais goût. Et approuvant franchement en secouant la tête quand j'excellais.
Chacun de ces commentaires était suivi par un sourire comme pour bien me faire comprendre qu'elle aussi pratiquait l'ironie.
Comme si Claire avait tout de suite compris que je n'étais pas très sérieux en fait.
D'ailleurs, quand il m'arrivait de m'emporter, après avoir répété 99999999999 fois la même chose, et que tous se remettaient au boulot, pour bien me faire comprendre que là, ça y était, c'était pigé, et bien elle non.
Elle me regardait en souriant, comme si elle me disait, c'est pas vous ça, faites pas semblant d'être sévère, moi je sais qui vous êtes.
Je dois dire que certaines fois elle m'a déstabilisé et je lui ai fait la remarque :
- Y'a un problème Claire ?
- Non m'sieur, tout va très bien.
On était de la même planète je crois.
C'était mon ange gardien.
Ce fut comme ça toute l'année et à chaque blagounette je la regardais et je pouvais ainsi parfaitement évaluer la qualité de ma prestation.
Nous étions seuls au courant de ces échanges.
Nous n'avons jamais parlé de ça avec Claire, c'était un truc entre nous, c'est tout.
J'attendais toujours son commentaire mais quand elle souriait franchement, je souriais aussi, content que ça lui convienne.
Elle n'a pas assisté au dernier cours de l'année.
Pendant la récréation j'avais laissé la porte ouverte, pour faire courant d'air, et je m'apprêtais à aller fumer.
J'ai entendu courir dans le couloir.
C'était Claire.
Elle était essoufflée, s'est placée dans l'encadrement de la porte, les bras appuyés sur les montants, respirant fort, sa jupette, ses tongs.
Et puis son pied droit est venu frotter furieusement son mollet gauche, comme un signe de la touchante féminité de son âge.
- J'ai pas pu venir, j'ai chorale, voilà, je voulais vous dire au revoir.
Je lui ai souhaité de passer de bonnes vacances, l'ai félicité pour son année réussie.
Elle n'a rien dit, encore essoufflée, mais elle ne partait pas, semblant attendre quelque chose.
Ne sachant plus quoi lui dire, j'ai souri gentiment, lui ai dit au revoir, et j'ai rejoint la porte du fond pour aller fumer.
- J'aimerai vous faire un bisou.
Je me suis retourné, elle était sérieuse d'un coup, triste même.
- Bien sûr Claire, avec plaisir.
Le temps de la rejoindre jusqu'à l'encadrement de la porte, je compris son coup de cœur pour son prof de techno.
J'en fus un peu ému, mais ne le montrai pas.
Je me suis baissé et elle s'est jetée à mon cou, j'en étais très gêné, et elle m'a fait un bisou force 9.
Elle a relâché aussi vite son étreinte, j'ai de nouveau souri gentiment.
- Je penserai à vous.
- Au revoir Claire.
Et elle est partie.
En courant.
Je suis allé fumer ma cigarette, en pensant à mon ange gardien, me disant que j'avais de la chance d'avoir fait une si belle rencontre.
20 février 2007
Émile Davis Junior
Dans certaines circonstances je suis dans l'obligation de convoquer les parents lorsque leur rejeton dépasse certaines limites.
Je le fis pour Émile Davis junior.
Un fils d'une lignée argentée égaré parmi nous, qui arrive toujours sans cartable parce que selon lui, il n'a pas de porteur.
Ou qui le fait porter contre quelques euros, qui soudoie les cantinières pour un rab de frites, qui a corrompu tous les 6e, martyrisé les 5e par son arrogance, avili par son mépris tous ses profs, humilié par sa vanité les plus humbles d'entre nous, dépravé le petit personnel, et qui vient régulièrement négocier ses notes vers le haut par des sous entendus qui en disent long sur l'origine de la floraison des affaires familiales.
Et ce qui est insupportable, en plus, c'est qu'il est beau.
Missionné pour souder quelques composants électroniques, il a, pour épater ses "copains", brûlé un billet de 100 euros.
Imaginez mon émoi. Une semaine de RMI passée au fer rouge, soit son argent de poche du jour, envolée en fumée par ce pitre.
Justifiant son brasero improvisé par une insolente remarque sur notre boss, qui coupe le chauffage de tout l'établissement dès la mi-janvier par souci d'économie, je l'adoubai con.
La flamme de l'incendie me fit évacuer la salle en urgence et déclencher l'alarme générale.
Je convoquai le père.
Et le vis arriver, suivi par son jeune flambeur.
Je n'avais jamais vu un mafioso de près, c'est fait.
Ce digne descendant des négriers d'autrefois, ayant repris avec ferveur le fouet d'un esclavagisme séculaire, arborait cette suffisance qui m'horripile, modeste et besogneux que je suis.
Les chaussures pointues, suffisamment effilées pour atteindre la vitesse du son dans du béton vibré et armé, un pantalon dont la vente de la braguette seule m'aurait permis de changer de caravane, des bagues, une chevalière immonde, une gourmette en or, une quincaillerie bruyante et rutilante signe d'un goût certain et d'une subtilité ad hoc.
Une chemise largement échancrée sur une toison teinte et cernée par une chaîne à gros maillons héritée sans doute d'un ancêtre de Cayenne.
Ayant des difficultés à garer son long véhicule sur les modestes places de cinq mètres sur trois de notre parking, il aurait jeté ses clés au principal lui demandant de le faire et de mettre un coup sur le pare brise, ce que l'autre sans voix et suffocant a nié, et a glissé un billet dans le décolleté de la principale adjointe, croyant avoir affaire au petit personnel, qui s'est mise à réciter le credo républicain en se signant de la croix de Lorraine comme une madone de l'égalité des chances devant tant de mépris.
Mais le plus insupportable, c'est qu'il était beau.
Et ça, voyez vous, ça frise l'indécence.
Quelque peu enhardi par mon alcoolisme résiduel, j'évitai malgré tout l'emportement.
Il jouait habilement avec un rouleau de billets, au bas mot 1500 euros, et par ses mimiques racoleuses et ses clins d'oeil grossiers, m'incitait à le prendre.
Mais le républicain que je suis, intègre, et pur comme vous le savez, fit mine d'ignorer.
Bien qu'aveuglé par les reflets de sa chevalière et de sa gomina, et malgré les effluves de mon cubitainer proche, j'adoptai la posture d'enseignant et lui relatai l'incident et fis part de ma colère.
Il argua que son rejeton l'avait certainement vu faire lors de soirées paillardes et financières, et qu'il s'agissait d'un mimétisme normal pour cet âge et je pensai que la connerie de son énergumène procédait sûrement d'un atavisme familial et lui suggérai de canaliser les retraites aux flambeaux de son ignoble tandis que je lisais dans son œil cupide le désir de me voir aller faire explorer mon intime orifice.
Je fis part de la punition que je ne manquerai pas d'infliger.
Mais il proposa, sachant nos modestes moyens, de doter ma salle, à ses frais, d'une douzaine d'ordinateurs récents, ce qui me fit vaciller, car je les réclame depuis dix ans sans succès, et nous tombâmes d'accord sur une punition simplifiée : laver ma petite voiture, à défaut de l'affront, discrètement, après les cours.
Je le vis partir, dodelinant du fion, laissant le sillon odorant d'une eau de toilette excessive, balançant les épaules comme un rappeur endimanché.
Ah, quand les prolos s'habillent !
Ce sinistre personnage fait tenir par une de ses secrétaires un blog, étant lui-même bien incapable d'écrire, ou il relate les poignants épisodes de sa futile existence à l'aide d'un dictaphone.
Je vous en mets le lien et vous vous ferez une idée par vous-même, en lisant ses éructations tapuscrites.
Émile Davis
PS : si vous lisez tecno sur son blog, traduisez par techno, non je vous dis, c'est vraiment un con.
18 février 2007
J'vois pas le rapport
Dans tous les collèges, les gamins de 3e ou de 4e, font un stage en entreprise d'une semaine. Quelques semaines après, ils sont censés remettre un rapport de stage, que l'on doit évaluer.
Et là j'en ai deux sous les yeux, d'élèves de 3e.
Le premier est très bien foutu, le sommaire, le détail des activités de l'entreprise, de l'élève, le métier envisagé, des détails sur les formations, une conclusion, quelques documents en annexe, le tout relié et wordé, couverture plastifiée, enfin sympa quoi.
Lui, j'lui mets l'ponpon, pas d'souci.
Et pis là, j'en ai un deuxième...
J'vais tenter de vous le décrire, mais comme je tombe de mon siège régulièrement tellement je rigole, j'vais faire court.
On y va.
D'abord vous prenez une pochette cartonnée, une vieille si possible, qu'a déjà servi, avec les p'tits élastiques qui vont bien, mais pas trop tendus les élastiques quand même, pour qu'ça s'ouvre bien.
La pochette bien bleue voyez, noire quoi, et pis vous écrivez dessus en vert, qu'on voit bien, et avec un gros feutre, que ça tape à l'oeil.
Et pis vous écrivez votre nom en bien gros en diagonale, sur toute la longueur.
Mais comme vous avez oublié qu'il est long votre nom, et qu'ça va dépasser, vous emmerdez pas, les trois dernières lettres, vous les mettez dessous, à la fin, et en plus petit, comme ça c'est impeccable.
Le titre du rapport, au stylo rouge, en haut à droite, en tout petit, parce que tout le monde s'en fout.
Pour le rapport lui-même, vous faites pas chier, une feuille suffit.
Plus concis que ça, tu meurs.
Blanche la feuille, et écrivez avec un stylo bleu qui bave un peu, mais pas trop, que ça fasse juste un p'tit halo autour des lettres, juste qu'elles soient illisibles quoi.
Et comme les erreurs ça arrive à tout le monde, n'hésitez pas à mettre du blanc, allez y franco, lâchez vous.
La feuille perd un peu en souplesse, mais on s'en fout.
Comme la feuille a un verso mais que vous le savez pas, écrivez la conclusion verticalement, dans la marge, là encore, faites simple.
Pour l'orthographe, allez à l'essentiel, l'important, c'est d'faire passer le message.
Pour souligner, si vous n'avez pas de règle, perdez pas de temps, prenez un peigne, là encore, faites simple.
Mettez aussi un peu de Stabylo, rose si vous avez, et là encore, faites pas votre timide, mélangez bien au blanc, vous verrez, ça fait des dégradés sympas.
Bon, faut bien mettre une note.
Et ça m'a brisé le coeur.
J'ai rempli la grille d'évaluation à peu près comme ceci :
Page de garde : ok
Sommaire : ok
Chapitrage : ok
Pagination : ok
Présentation : ok
Orthographe : ok
Détails : ok
Conclusion : ok
Annexes : ok
Tout est ok.
C'est bon.
On peut décoller.
16 février 2007
Ajoutons un outil à notre râtelier de pédagogue
Aujourd'hui : la torgnole. Aussi nommée taloche, targette, tarte, soufflet, baffe, claque, mornifle, etc.
Connue depuis l'antiquité, et même avant, la torgnole a su traverser les âges, et conserver son caractère rustique et sa concision exemplaire.
La torgnole, un geste simple, pétri de tradition, véritable éloge du travail manuel et persistance d'un artisanat d'antan qui a formé bien des tempéraments et déformé bien des visages.
Il est temps de remettre ce geste à la place qu'il mérite : la joue de nos élèves.
Des études récentes ont démontré que la simple torgnole équivalait à une heure d'exposé pointu, huit pages d'argumentaire détaillé, deux encyclopédies complètes traitant de psychopédagogie et les œuvres complètes de Françoise Dolto.
Édifiant non ?
Mais comme vous le savez déjà, nos jeunes enseignants, encore malhabiles, rejetant la pédagogie d'autrefois, semblent réticents à son usage. Aussi, par quelques rappels simples, je vais tenter de leur donner le goût de la chose, et par définition étant un spécialiste de la leçon, de leur en donner une bonne.
Premièrement, il est hors de question de pratiquer cet acte sans un mobile.
Nos jeunes enseignants sont bien souvent désemparés car quelle est cette frontière vague qui sépare l'échange bon enfant de l'agression verbale caractérisée ? de l'insulte grossière, vulgaire, outrancière, humiliante, dégradante, avilissante, qui vous coûtera cinq ans de psychothérapie, la perte de votre honneur, de votre logement, de votre famille, de vos droits civiques, et j'en passe ?
Illustrons par l'exemple ce pertinent questionnement et imaginons la situation suivante:
Soit un élève x s'adressant à un enseignant y de la façon suivante :
- Monsieur, vous êtes un gros connard.
Voilà, ça c'est un mobile. Ça n'apparaît pas à première vue mais c'est bel et bien un mobile.
Toutefois, vous avez pu mal comprendre, et il est toujours bon de se le faire confirmer comme ceci :
- Tu veux bien répéter ce que tu as dit, s'il te plaît ?
- Monsieur, vous êtes un gros connard.
Voilà.
Les derniers doutes sont levés et il apparaît clairement que l'élève a une piètre opinion de vous et qu'il ne se cache pas d'un certain dédain.
Évidemment vous êtes un peu vexé, car au fond de vous subsiste un vieux fond de susceptibilité, certainement dû à une maltraitance enfantine qui vous a vu pendu par les pieds dans le garage familial pendant des jours par un père cocaïnomane. Ceci a certainement subtilement affecté votre personnalité, expliquant cette sensiblerie exagérée et cette tendance au caprice, mais ressaisissez-vous, ne vous décontenancez pas, faites face, car vous êtes quelqu'un de bien, n'en déplaise à votre père.
Mais comment expliquer à ce galopin que vous êtes en total désaccord, que vous n'êtes pas le personnage qu'il imagine mais une âme sensible, quelqu'un d'attachant, qui aime le macramé, la crème Mont-blanc, que vous avez un poisson rouge, que vous allez voir votre grand-mère pour tous ses anniversaires le 29 février, que vous relevez toujours la lunette avant, et tout ça en un dixième de seconde ?
Impossible dites-vous ?
Et pourtant la solution est là, sous vos yeux : votre main.
Magique non ?
Mais pas d'empressement, un petit échauffement préalable s'impose pour éviter tout accident.
Commencez un léger sautillement en basculant d'un pied à l'autre, comme si vous sautiez à la corde, relâchez bien les épaules et basculez la tête de gauche à droite pour une détente complète des cervicales.
Les élèves vous regardent amusés, et lancent quelques quolibets et autres fournitures de bureau, mais restez concentré, et après quelques minutes cessez le sautillement.
Placez vous face à l'auteur de cette regrettable erreur de jugement, et allongez le bras le long du corps.
Pivotez les épaules autour du bassin, celui-ci restant fixe. Décollez votre bras et levez le vers l'arrière, mais pas trop, coude légèrement plié.
Bloquez sur cette position, respirez profondément.
Et là, d'un coup, pivotez l'ensemble épaules/bras le plus rapidement possible dans l'autre sens, le bras tendu, la main en position d'offrande, et appliquez celle-ci exactement entre la pommette et le bas du menton.
À fond.
Allez-y, lâchez-vous.
Voilà.
C'est un geste simple, donc vous avez toutes les chances de le réussir du premier coup.
Normalement, si le geste est réussi, l'élève ne devrait plus être devant vous, mais légèrement décalé latéralement, de quelques centimètres à quelques mètres, selon son poids.
La mesure exacte du déplacement, à l'aide d'un simple décamètre, pondérée par le poids, donnera une évaluation précise du geste.
Pour ce qui est de la couleur de la joue de l'élève, élément essentiel permettant la validation définitive, je mettrai à votre disposition sur Internet un nuancier à télécharger.
Nota : si l'élève, au moment de la torgnole, se trouve à proximité d'un mur, peut se produire un effet de rebond : attention ! Le rebond ne compte pas.
Ce serait trop facile.
Nous verrons prochainement comment contourner les problèmes posés par les lunettes, les bagues et les conséquences administratives et judiciaires.
Deux remarques pour finir :
Pour une meilleure efficacité, le visage de l'élève doit se situer au niveau de votre épaule soit un élève inférieur à vous de vingt centimètres environ.
N'hésitez pas éventuellement à prendre une marge, soit au total trente centimètres de moins que vous.
Des séquelles neurologiques sont toujours possibles, donc réservez ce geste à des élèves pour lesquels ça ne changera pas grand chose.
15 février 2007
J'déconnais !
Si on peut plus rigoler maintenant.