Un prof vide son cartable

Chroniques déconnantes à base de prof.

13 mars 2007

Les moineaux et ceux qui les couvent

J'ai eu des enfants handicapés dans mes cours.

Ils sont là le plus souvent en raison de la combativité des parents qui veulent à tout prix que leur gosse soit comme les autres.

Rémy avait une maladie génétique, des malformations au visage, au niveau du coeur.
Les élèves de la classe ont été bien préparés à son arrivée mais ont eu des difficultés à s'en approcher.

J'ai appris par la principale-adjointe qui venait de rencontrer les parents, que le moineau était condamné et qu'il le savait.
On apprend des trucs, comme ça, au détour d'un couloir, mais on sait pas trop quoi en faire.
J'ai traversé la cour, ou ça sautille dans tous les sens, ça crie, ça rigole et moi, j'avais de la mort dans la tête.
J'ai cherché le moineau. Il était seul, et jetait des cailloux contre un mur, cool, comme ça, distraitement.
Je lui ai proposé de rejoindre les autres et de s'amuser avec eux.
Il a refusé.

Rémy avait de vraies capacités mais était pour le moins un peu fainéant.
Donc je le punissais, et son père que j'avais croisé un soir à la sortie du collège m'en était reconnaissant.
Il était content que je punisse son fils, comme ça, ça faisait de lui un gamin comme les autres.
La reconnaissance passe par des voies parfois.

Je voudrai vous en dire plus, mais je peux pas.
Vraiment, je peux pas.

Mon deuxième moineau était paraplégique. Un super gamin, une pêche incroyable.
Pierre.
Un surveillant venait à chaque fin de cours pour le déplacer d'une classe à l'autre, un bon élève et plein d'humour.
D'ailleurs souvent il me vannait. Mais je me gardais bien de réagir. J'avais tort d'ailleurs.

Mais le souvenir que j'ai, c'était lors d'une sortie, dont le but était de leur faire planter un arbre.
Pour les parents, il était hors de question que Pierre n'en soit pas.
Son père a pris un congé d'une après midi et a transporté Pierre dans son véhicule aménagé, en suivant le bus.

Arrivés sur place, nous devions grimper sur des talus, passer dans les bois, crapahuter quoi.
Son père a sorti une sorte de chaise portable, il a assis Pierre dessus, l'a sanglé et a fixé le tout sur son dos.
Pierre devait faire 40 kg. Et le père nous a suivi toute l'après midi, il était en nage.
En nage.

J'ai proposé de le remplacer.
Mais il n'en était pas question m'a t'il répondu en souriant, d'ailleurs il a souri toute l'après midi.
Pierre sur son trône a fait le con tout le temps.
Et ç'a duré trois heures.

À la fin de l'expédition, son père épuisé, a installé son gamin dans sa voiture, s'est changé discrètement, et nous a rejoint.
Il était pleinement satisfait de cette sortie et n'a fait que parler de ça, alors que moi, j'étais soufflé par ce que j'avais vu.
Et il souriait encore.

J'avais envisagé de faire un cours sur les connards, faudrait que je songe à en faire un sur les gens bien.

Ouais.
Faut qu'j'y pense.

Posté par Charly Le Prof à 21:12 - Commentaires [20] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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