22 mars 2007
Un concours épique
Christophe est un grand timide.
Cette caractéristique lui a valu bien des déboires dont certains plutôt inattendus.
Cette anecdote qu'il m'a racontée, m'a vu m'écrouler de rire sur la pelouse devant ma salle, où il n'a pas tardé à me rejoindre, pour lacérer de nos spasmes rigolards et imbéciles la terre sous-jacente.
Christophe a passé le concours à Paris il y a quelques années déjà.
Il ne lui restait qu'un oral d'une heure environ.
Mais timide comme il est, il avait prévu d'absorber juste avant l'épreuve, quelques comprimés d'un vasodilatateur afin de calmer son appréhension.
Au moment de la prise, et certainement sous le coup de l'émotion, pensant trouver un mental de winner, il ingère aussi un comprimé de Viagra à effet immédiat.
Et l'oral commence.
Inutile de préciser que son profil fut quelque peu altéré par la prise, et qu'étant au mois de mai, son joli pantalon en toile kaki prit des allures de trimaran.
Le jury ne manqua pas de constater le délit mais continua néanmoins son questionnement.
Tout l'enjeu pour Christophe fut de se retourner à chaque fois vers le tableau le plus rapidement possible afin d'éviter d'exposer son profil et ce, sans heurter le rétroprojecteur.
Mais la proéminence était telle que de face même, la tension exercée par le mât, lui donnait des airs de chapiteau.
L'autre défi fut de maintenir une main dans la poche, vieille astuce née avec le pantalon, mais régler un rétroprojecteur de la sorte, bien que ce soit tout à fait possible, vous fait rapidement passer pour un pas dégourdi du tout, et même éveille les soupçons.
Et plusieurs fois, lors de ses retournements intempestifs, il heurta malencontreusement le rétroprojecteur.
Le jury échangeait à voix basse, bien conscient de l'affront, se demandant ce qui pouvait le mettre dans cet état, et que décidément cette administration était bien attractive, et sa motivation indubitable.
Christophe raconte qu'il contenait aussi un fou rire et qu'il arborait, et ceci fait sens, un discret sourire.
Le jury aussi car personne n'était dupe.
Un peu comme lorsque l'on se retrouve à quatre dans une voiture, et que l'on est soudainement envahi par une odeur immonde, qui fait tousser l'un, siffloter l'autre, et tourner la tête au troisième.
Comme si il ne se passait rien.
Jusqu'à ce que le quatrième, excédé et n'en pouvant plus s'exclame :
- Putain ! C'est qui le porc qu'a fait ça !
En général, s'ensuit un débat où la mauvaise foi pitoyable de chacun s'affiche sans vergogne et où le présumé, avouant son menu de la veille, révèle d'un coup son forfait.
Il subira bien sûr les derniers outrages et quelques jets d'insultes et se verra banni vers la fenêtre ouverte, par moins dix degrés, température à laquelle les gaz se densifient et les muscles se rétractent, améliorant l'étanchéité.
Ce qui est sûr, c'est qu'étant absorbé par son appendice Christophe oublia sa timidité et tout se passa bien.
Son hommage appuyé au menhir d'Obélix n'eut pas de conséquence.
Donc avant un challenge quelconque, vous savez ce qu'il vous reste à faire.
Après avoir bien ri, nous sommes restés dans l'herbe, avec mon pote Christophe, qui me dit que bien sûr, c'était une connerie.
Il faisait beau, on a causé du nouveau programme de 6e.
Y'a des fois, la vie est belle quand même, non ?