Un prof vide son cartable

Chroniques déconnantes à base de prof.

12 avril 2007

Un prof peut-il être égocentrique ?

Lors d'une séance informatique, certains élèves m'ont montré leur blog.
Des trucs plutôt sympas, plein de photos des copains, des copines, d'images de stars et de commentaires rigolos.
Je leur ai dit que c'était chouette leur truc et ils m'ont dit :
— M'sieur, pourquoi vous faites pas un blog vous ?
— Pourquoi ? Parce que j'ai pas qu'ça à faire, vous croyez quoi vous. Et c'est un truc de votre âge. Y'a pas que les blogs dans la vie les jeunes ! Vous laissez pas trop capter par ces trucs ! La vraie vie, c'est dehors !!

Mais quel faux-cul !
Moi qui me prostitue jour après jour devant vous, foulant au pied les principes les plus élémentaires de la décence.
Qui s'exhibe tel le chippendale de base, le string sur l'épaule, secouant son bas ventre de saccades lascives.
J'en pleure tiens.

Mais puis-je dire à mes élèves que la nuit, je suis danseuse au Crazy Horse ?

Parce que je me suis bien gardé de le dire à qui que ce soit et surtout pas aux élèves ni aux collègues hormis Christophe.
Qui m'appelle Charly de temps en temps et qu'on rigole comme des baleines et que lui veut en faire un sur sa passion : les frites.

Ma crainte, ma hantise, c'est de me pointer un jour au collège et d'être interpellé par le principal :
— Alors, c'est vous le fameux Charly ?
— Fameux ? Vous trouvez ?
— Faites pas l'mariole, le devoir de réserve ça vous parle ?
— J'y veille monsieur, pas de politique, respect strict de la hiérarchie, des collègues, de l'institution, pas de pornographie, un anonymat très fonction publique, je suis limite corbeau par moment, un vrai faul-cul quoi.
— C'est bien, vous avez parfaitement compris le sens de votre mission.
— Si on retire tout ça y m'reste quoi ? Le mauvais goût ? Mais ça j'ai le droit ? Non ?
— Vous avez parfaitement le droit. Mais vous avez dit respect des collègues ? Et les mamies ? C'est des accessoires de vélo ?
— Vous savez en fait c'est beaucoup de tendresse, d'affection...
— D'affection ? Le savon de Marseille sur la moustache ? La bière dans l'frigo ? Et ma secrétaire, la fameuse Tati, vous l'avez traînée dans la boue !

Putain, gaulé.

— Vous savez ce qu'il vous reste à faire ?
— Bien monsieur le principal, ce sera fait.
— Je compte sur vous pour supprimer ce blog dans les plus brefs délais, qu'on ne me reparle plus de cette affaire.

Et ce que je craignais est arrivé, cher lecteur.
Le principal m'a demandé de passer à son bureau pour une affaire urgente.
J'ai balisé toute la matinée, tendu, nerveux, comme une pucelle qu'attend son bus (là j'ai un doute), à la limite du vertige.

— Bon, j'vous ai demandé de venir car un de vos élèves, Brisouille, a eu un accident de voiture, rien de bien grave je vous rassure, mais j'ai pas plus de détails et...
— C'est tout ?
— Ben oui c'est tout, pourquoi ?
— Non non rien.

Oufffff !! J'préfère ça !
Ça m'a bien soulagé, mais la pétoche que j'ai eu, putain !
Donc on continue, YOUPEEEEEEEEEEEE !!!!!!!

Posté par Charly Le Prof à 20:27 - Commentaires [19] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



« Accueil  1