21 mai 2007
Un bon conseil
S'il y a bien un truc qui me gonfle dans ce job c'est bien les conseils de classe.
C'est vrai ça, y'en a plein et on y entend toujours les mêmes conneries.
De là à penser que c'est parce qu'on dit toujours les mêmes.
Alors voilà, ça dure entre une heure et une heure et demie, des fois y'en a deux d'affilée, c'est dingue, et donc du coup je rate les Guignols.
Sans compter que pour trouver du pain à une heure pareille, macache.
Pour moi c'est l'époque de la régression, car je deviens le pire des cancres.
Je m'assois très loin du chef, je suis extrêmement discret car je sais que toute intervention rallonge d'autant la durée dudit conseil.
Et je m'occupe comme je peux.
Bon, comme il y a les délégués parents, les délégués élèves, le chef ou la sous-chef, et des collègues, je fais mine de m'intéresser.
Mais je galère.
Ça commence toujours par l'inévitable tour de table où chacun commente l'ambiance de la classe.
En général je balance une phrase toute faite du genre :
- Ben, c'est une classe hétérogène, mais d'un bon niveau grâce à quelques éléments moteurs. Quelques élèves en grandes difficultés mais nous en reparlerons (ouais ben pas moi). Donc un groupe intéressant et une bonne ambiance de travail.
Bon pour les classes chiantes c'est la même phrase mais que je modifie complètement.
Sinon, je laisse parler tous les collègues et lorsque c'est mon tour :
- Pas mieux !
Une fois, un parent d'élèves, vachement motivé, a demandé des détails sur tout : les programmes, les options, les cycles d'enseignement.
Il arrêtait pas, ça a pris des plombes pour lui expliquer.
J'me suis dit : ce soir mon Charly, pour Navarro c'est tintin, c'est direct au pieu !!
Putain, ces parents qui s'intéressent à leurs gamins, j'vous jure, quelle plaie !
Heureusement, lors de certains conseils, y'a Christophe.
Christophe, y présente le même syndrome que moi : le rien-à-péter-grave (phase terminale).
Donc pendant les conseils on fait des batailles navales.
On a élaboré un code, un peu comme du morse, avec les doigts et en se grattant quelque chose.
Le nez, les oreilles, la bouche, les joues, faut juste qu'on soit face à face quoi.
Et quand c'est coulé, on s'gratte aut'chose.
Mais on n'a pas le droit de rigoler.
Moi j'y arrive mais Cricri pas toujours, alors des fois y s'fait gauler.
Et comptez pas sur moi pour le tirer de là.
Parce que j'sais pas vous, mais moi, quand j'me suis fait flingué deux escorteurs et un porte-avions, je l'ai amer.
L'amitié a ses limites.
Le seul truc qui nous excite avec Cricri, c'est quand un prof se lâche sur un élève.
C'est vrai que lorsque un gamin a pourri tous vos cours, qu'il a été grossier, menteur et j'en passe, certains collègues en ont ras le bol des commentaires convenus et à la con et craquent un peu en conseil.
Au début on est surpris, on dresse l'oreille, on compatit, on admire le courageux qui ose enfin dire que le zozo est un fieffé connard.
Alors on acquiesce en secouant la tête, on attend qu'il se lâche bien et ragaillardis par l'héroïsme du collègue, et constatant qu'on prend pas trop de risques quand même, tu parles d'une bande de téméraires, on se lâche aussi.
Putain, j'peux vous dire, c'est pas beau à voir.
C'est bien simple, c'est une véritable boucherie.
J'vous passe les détails du passage à tabac mais j'peux vous dire qu'on l'met minable le gamin.
Et comme on s'est senti pousser des ailes, on le finit à grands coups de lattes dans le caniveau.
Les joies de la lapidation entre amis ou comment animer vos soirées.
Y'a même des collègues qui en perdent leurs bonnes manières et qui font comme qui dirait dans le graveleux.
Dans l'vulgaire quoi, dans l'mesquin.
Je sais c'est dégueulasse.
Mais qu'est-ce que c'est bon !
Et là je vous assure que les collègues retrouvent le sourire, y'a comme un p'tit air de vacances, ça sent le bermuda à fleurs et la tong fraîche.
D'un coup, y'a une vraie cohésion d'ensemble, et on la sent là, l'équipe pédagogique, j'peux vous l'dire.
C'est limite thérapie de groupe ce truc, et pour un peu, on s'rait prêt à louer un bus pour partir tous ensemble en vacances.
Non, déconnons pas quand même.
Alors évidemment, y'en a toujours un pour défendre le zozo.
Un audacieux quoi, un va-t'en-guerre.
Un rebelle.
Alors on se retourne tous vers lui.
Et là j'peux vous dire, y s'met à regretter de pas s'appeler Bernardo.
Parce que chauffé comme on est, on commence à te l'attaquer grave à la serpette, le divergent.
Non mais...
Putain, mais c'est pas vrai !
Le Christophe, y m'a niqué toute ma flottille !