28 mai 2007
Ma salle des profs
Ah ! Que n'avez-vous rêvé de pénétrer ce lieu !!!!
Alors je vous invite, mais chutttttt….. pas de bruit.
C'est au bout du couloir, à droite, que vous découvrirez notre sacristie.
C'est une grande salle aux murs harmonieusement disposés, en rectangle quoi, comme si l'architecte, délaissant un instant sa quête exaltée de formes épurées, avait cédé soudain à une fantaisie débridée et délirante.
Leur couleur, jaune pâle, presque ictérique, qui n’est pas sans rappeler les pissotières d’autrefois, accentue leur troublante verticalité.
Le plafond, dont la forte charge néonisée saura mettre en valeur la moindre de vos petites rides, vient chapeauter l’ensemble de façon assez astucieuse.
L'endroit est calme, propice au recueillement, tout juste troublé par le ronronnement de la machine à café.
Celle-ci, pour la modique somme de quarante centimes, déversera dans une pimpante timbale cartonnée, un bon demi litre d'un liquide jaunâtre aux senteurs inconnues et curieusement légales.
Son goût diffus, fus, saura éveiller votre curiosité et susciter en vous de lancinantes questions :
la vie vaut-elle vraiment le coup d'être vécue ?
Et si oui, est-ce donc là le prix à payer ?
Et vous regarderez dubitatif les touches de sélection : non, vous n'avez pas choisi
« décoction de queues de cerise » mais bel et bien « café court et sucré ».
La décoration murale est dévolue à deux de nos créatifs : Tati et Patrick.
Leur totale maîtrise du plan vertical rendrait fou de jalousie n'importe quel architecte d'intérieur et ramènerait ces derniers à ce qu'ils sont en fait : de petits joueurs.
Leur procédé est fort simple.
Tati procède par agrafages successifs et concomitants, punaisant et piquant à tour de bras toute sa littérature secrétariale.
Le carroyage ainsi obtenu alterne quinconcément les avis de réunions, les reports de ces dernières, leur annulation, ou leur changement d'ordre du jour, les comptes rendus, des réunions, quand elles ont eu lieu, et les annexes, quand il y en a, des comptes rendus, des réunions, quand elles ont lieu.
Et elles ont lieu.
Mais aussi les exclusions d'élèves, les absences de prof, l'inverse étant plus rare, le planning du chef, et « JOYEUX NOËL ».
Quand c'est noël.
Sublimissime.
Patrick, plus audacieux, a fait le choix d'œuvres plus contemporaines, plus bigarrées et chatoyantes.
Ainsi vous verrez là se côtoyer de jeunes peintres inconnus tel que SNES ou SGEN-CFDT ou encore MGEN.
Des artistes de rue pour la plupart.
Dantesque.
Mais l'œuvre la plus regardée est située juste à coté de la porte. Elle est une projection en deux dimensions et sur cinq jours, des menus de la cantine.
Tout simplement remarquable.
Une œuvre éphémère dont vous vous délecterez en demandant pour la énième fois : pourquoi le jeudi c'est toujours frites ?
Au fond, un local excentré, car clairement sexué, le haut lieu de la reproduction :
la salle des photocopieuses.
C'est nanti de votre « carte photocopies », que l'intendant a généreusement crédité de mille unités, pour trois mois en ce qui me concerne, que vous allez humblement contribuer, mais c'est déjà bien, à la déforestation générale.
Mais soucieux d'optimiser l'espace papier, vous avez astucieusement condensé les trois dernières semaines de cours en trois lignes explicites et consécutives.
Donc avec un simple format A4, vous livrez un cours complet à une vingtaine d'élèves.
Et encore, vous avez bien pensé à utiliser la fonction recto-verso mais comme personne ne sait comment ça marche...
Le mobilier est un joyeux tintamarre de formes et de couleurs, où Ikea le dispute à Confo, tandis qu'Emmaüs tente une intrusion, heureusement limitée, formant ainsi un curieux modèle de mixité mobilière.
Quelques fauteuils épars, cinq pour soixante profs, quelques tables au centre, quatre pour soixante profs, bordées de chaises, dix pour soixante profs.
Et oui, un prof en pause est un prof debout.
Une des tables est squattée à l'heure du repas, et à l'année, par quelques collègues de français. Les piles de copies y côtoient les tupperwares béants où vous apercevrez ratatinée, une omelette de la veille, pour les protéines, soigneusement découpée et mélangée à des haricots du jardin, pour les fibres.
Miam-miam.
Une table bavarde et parfois pliée, de rire, lorsqu'au détour d'une copie, une perle d'élève est pêchée et commentée.
Les casiers masquent tout un pan de mur. Nous y sommes collés les uns aux autres dans une vaste partouze postale. Au dessus du mien, au dessous et à ses cotés des profs femelles car l'essentiel de l'effectif est constitué de femelles. Quel ravissement pour moi de voir ma boîte ainsi cernée.
Voilà, c'est depuis ce lieu secret, où nos cerveaux las viennent soulager leurs hémisphères, que nous nous préparons à rejoindre nos joyeux drilles.
Dans ce collège, où jour après jour, chacun d'entre nous, vient expier ses études brillantes.