Un prof vide son cartable

Chroniques déconnantes à base de prof.

20 juin 2007

Chers parents

C’est avec regrets que je vous informe que nous sommes dans l’obligation de vous restituer vos enfants dès le quatre juillet à midi.
Sachez que l’ensemble du corps enseignant se joint à moi pour vous faire part de notre infinie tristesse à nous séparer ainsi de votre progéniture. Vous imaginez sans peine le total désœuvrement dans lequel se trouve l’ensemble de la communauté éducative qui voit ainsi le cœur même de son fondement partir en tongs à la playa.

J’aurai une pensée émue de vous savoir, chanceux que vous êtes, profitant de vos enfants, à chaque précieuse seconde des quatre heures que vous passerez au péage de Vienne tandis que moi, vautré dans l’avion, sanglotant aux souvenirs de ces mille anecdotes scolaires, je materai négligemment le cul des hôtesses.

Je vous laisse imaginer aussi l’émotion qui m’étreindra lorsque surgiront les souvenirs de ces cours magistraux, où je pris des claques magistrales, tandis que sur une île perdue sur un atoll grec je bronzerai, envahi par la nostalgie et complètement déprimé, et nu, en regardant distraitement flotter un banc de nichons.

Et je ne vous cache pas que je retiendrai difficilement mes larmes lorsque je penserai à ces conseils de classe où nous sommes si durs parfois alors que je tenterai de l’être tout autant en besognant le joli petit cul de Vanessa, mais je dois le dire sans grande conviction, car quand le cœur n’y est pas, il n’y est pas.

La jalousie m’envahit, car vous les aurez près de vous, au chaud contre votre cœur. Et ce pendant huit semaines, du matin au soir, à les cajoler, à saisir leurs rires éperdus de bonheur, mais aussi, à les faire bouffer, à écouter leurs conneries, alors que moi j’aurai quoi ? Des susurrements, des murmures, des propositions coquines ? Non vraiment la vie est injuste.

Je te vois, maman d’élève, touillant avec grâce la casserole familiale emplie de nouilles, dont je te rappelle que ton grand en reprendra trois fois en buvant du Coca, le lecteur mp3 sur les oreilles, que c’est beau, tandis que ta fille de treize ans taquine gentiment son frère sur ses tongs pointure 45 et attaque son cinquantième régime se contentant d’une salade accompagnée d’un tout petit demi-litre de vinaigrette, et que ton mari déjà chargé comme une mule rira fort et gras en devisant avec la caravane d’à coté, inhabitée depuis déjà deux semaines.
Alors que moi, pauvre de moi, je m’effondrerai en plein restaurant, à Mayotte, dévasté par le souvenir douloureux du programme de technologie des 6e1 que je n’ai pu achever, tout en repoussant le décolleté torride d’Ursula, laquelle me retrouvera plus tard pleurnichant et manquant me noyer de chagrin dans le jacuzzi où elle me rejoindra exhibant ses atours que je toucherai vaguement mais sans grande conviction, avant de m’évanouir du manque d’élèves. Car lorsque le cœur n’y est pas, il n’y est pas.

Je t’imagine, maman d’élève, gazouillant joyeusement dans l’eau avec tes deux tourteaux au milieu des graciles méduses, alors que dans le même temps, au large de la barrière de corail, en Australie, c’est ravagé par la culpabilité de cette heure de retenue infligée à Kamel alors que je n’avais pas de preuve contre lui, que je repousserai d’un revers de main désabusé les requins et autres raies manta avant de craquer nerveusement et de m’affaler en larmes dans le décolleté de Taïpiti dont les propositions répétées et finalement lassantes de fellasssion m’anéantiront définitivement.
Quel mépris pour mon deuil.

Et que dire enfin de moi, effondré sur le sofa et enivré de cocktails exotiques, matant contraint ces vahinés dansant nues devant moi, alors que je sangloterai en me languissant la rentrée, pendant qu’à l’autre bout du monde tu étendras le linge de tes deux mignons en chantonnant tandis qu’ils se chamailleront fraternellement en faisant chier tout le camping.

Non vraiment, c’est un moment difficile car ils me manquent déjà.
Alors oui, nous vous les prêtons quelque temps, mais de grâce ! Ramenez-les vite !!

Quant à moi je pars oui, mais vois-tu, quand le cœur n’y est pas, il n’y est pas.

Posté par Charly Le Prof à 00:05 - Commentaires [19] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Rrrrhhhoooh!

les affabulations!!!Fais quelque chose Raymonde!MDR!!!

Posté par Tapiti, 14 juin 2007 à 09:39

Mais tu es absolument extraordinaire ! Et je ne voudrais qu'un Homme comme toi passe huit semaine avec le coeur, déprimé à ce point là. Alors je te propose d'emporter, dans tes bagages, mon Boubou, et ce, dès la semaine 29 (oui, la 28, je le garde puisque j'ai négocié avec la prof de musique une semaine de stage...)
Comme il entre en 6ème à la rentrée, d'une pierre deux coups, tu l'avances sur le programme que tu n'as pas eu le temps de terminer avec tes 6ème1, tu revois tes cours pour être ENCORE plus performant à la rentrée, et à lui seul, nul doute qu'il t'occupera autant que la classe entière, pour que le temps des vacances passe plus vite.
Non non, sincèrement, ne me remercie pas, quand on peut rendre service et que ça débarasse.......

Posté par RdT, 14 juin 2007 à 09:54

Alors comme ça, c'est décidé, tu t'en vas?
Pfff, lâcheur d'enfants.
Des bizettes.

Posté par Mélina LOUPIA, 14 juin 2007 à 10:02

Toutes mes condoléances, Charly.
Tu veux un Kleenex ? LOL
Bizzz

Posté par Beuleu, 14 juin 2007 à 10:20

Petit joueur...

T'as oublié les sambas échevelées au Brésil... C'est de loin le plus hot!

Posté par Benjamin, 14 juin 2007 à 10:58

C' est tout simple Charly, faut que tu donnes des cours de rattrapage tout l' été pour tous tes nuls en technographie ou technologistique, enfin bref, de ta matière cérébrale en question quoi. Cela te fera un sevrage progressif jusqu' à la prochaine rentrée et t' évitera de tomber en délabrement pyschologique avancé.
Eh oui, partir c' est mourir un peu et rester avec nous c' est vieillir. Reste donc avec nous, au point où t' en es, une ride de plus ou de moins, on ne verra plus la différence qu' on ne voit d' ailleurs plus depuis longtemps derrière ta barbe opulente.
C' est sur un dépliant publicitaire que t' as vu que de jolies filles aux seins nus et à la croupe incendiaire t' attendaient sur une plage de sable chaud et fin comme toi?
Méfie-toi de ces slogans surfaits pour attirer les vieux célibataires en goguette comme toi, t' es le pigeon rêvé, ils t' ont vu arriver de loin. Encore une occasion de plus pour rester avec nous. Tu vas te faire voler (dans les plumes, pardi!).
Allé, réveille-toi la cloche a sonné mais je ne dirai pas laquelle.
Bisous et à peluches!!!

Posté par Nandou Guanaco, 14 juin 2007 à 11:56

putain charly besogne le petit cul de vanessa...paradis????? johnnyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyy fais moi mal!!!!

Posté par kashyle, 14 juin 2007 à 16:46

Quand le coeur n'y est pas...n'y va pas !... ma grand mère disait qu'il faut jamais se forcer...après ça rend malade !

Posté par Bécassine, 14 juin 2007 à 19:57

pardon Charly mais c'est un comm pour nandou ma potesse :

Tes comm sont trop bon nandou, tu me fais trop rire. Tu cuisines comme tu causes ? ;-)
Bisousssss beaucoup !
Anne.

ps : bisousssss aussi charly ! :-))

Posté par Annedu04, 14 juin 2007 à 21:25

Coucou ma chérie. Pardon Charly, c' est pas à toi que je cause. Non je cause comme je cuisine. C' est bien mieux. Je cuisine à la map depuis l' invention de cet appareil de génie je ne fais plus rien à la main, plus rien d' artisanal, à part les sentiments bien sûr. J' ai beau regarder ma map les yeux dans les boutons elle ne me susurre pas grand chose. Ah, attends deux secondes, je vais vérifier le verbe susurrer sur Internent, j' ai comme l' impression qu' y'a un défaut quelque part. Je reviens, tu m' attends hein?
Une minute plus tard: Ouf! C' est bon j' écris aussi bien que je cuisine et je cuisine aussi bien que je cause, nous sommes donc sauvés! Bisous à ma voisine.
Au fait charly faudrait pas que je t' ignore tout le long du post, ça se fait pas, c' est pas poli, c' est à cause d' elle Anne ma voisine de région si je viens sur ton blog. Donc, si t' as quelqu' un à gronder, c' est elle, pas moi.
Bisous à tout le monde. Allé, je retourne en cuisine... Boire un café-crème!!! Hi hi hi!!

Posté par Nandou Guanaco, 15 juin 2007 à 08:54

Quand le coeur n'y est pas, il n'y est pas ....

Moi je vois pas une affaire de coeur là-dedans !
ou alors ton coeur est descendu bien bas ...

;-)

Posté par LaCuillerEnBois, 15 juin 2007 à 12:04

Je viens soudain d'avoir une bouffée d'angoisse en réalisant que pendant les vacances, t'auras plus de conneries sur tes collègues et tes élèves à raconter!

Il va donc falloir attendre la rentrée?!

NNNNNNNNNNNNNNOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOONNNNNNNNNN!

Posté par CommeUneHéroïne, 15 juin 2007 à 12:18

Merci pour votre solidarité à tous. Je joue vraiment de malchance, mon poisson rouge, mes élèves : tout le monde me quitte. Sniff.
Heureusement mon medecin m'a prescrit un truc pour les larmes. Oui l'Héroïne, dans deux semaines, je range mon ordinateur dans le placard, et je me contenterai de vos photos, ça y est, je repleure.
D'ici là, vous attendez à des miracles, je fais une préparation intensive de totale glandouille de façon à éviter l'état de choc début juillet.
J'espère que ça ira.

Posté par charly, 15 juin 2007 à 15:09

Sois pas triste Charly! on te les rendras à la rentrée tes ch'tits élèves.... En plus, tu verras, ils seront en pleine forme tellement on les aura bichonnés!!!!!!!!
Par contre, toi j'ai peur qu'à la rentrée, tu sois un peu sur les rotules....Vu le programme de vacances que tu t'es concocté!!!!!!!
Profites-en bien...Bonnes vacances!!!

Posté par supermaman, 16 juin 2007 à 19:52

Moi j'ai toruvé la soluce.

On le savait que c'était pas bon, deux mois de vacances. Il va finir à la Verrière, ce pauvre Charly (le centre de rééducation de la MGEN pour profs surmenés/déprimés).

Je compatis, pendant que je me dore la pilule sur les plages de sable fin en Nouvelle-Zélande, que je confie mes gosses à des baby-sitters trop contentes d'avoir du fric pour aller picoler le vendredi soir au pub, que je mate les surfers aux pectoraux saillants passer devant ma chaise longue, pendant que je me fais masser par mon Chinois.(je ne dis pas "besogner", car je les aime grands et costauds, et en plus j'ai un mari, alors pas besoin de créer d'incident diplomatique. Ou alors en douce).

Ma prochaine rentrée c'est celle de septembre 2008, il faut bien que je compense car le temps me semble tellement long. Tiens, je vais reprendre un peu de homard, ça va me consoler.

Posté par Pimali-en-NZ, 04 août 2007 à 01:09

non stop

Ben oui vraiment, c'est désolant ... D'ailleurs il serait temps de remettre sur le tapis l'idée d'une école qui ne fermerait pas l'été, une école où on viendrait pour le plaisir, parce que c'est vachement plaisant d'apprendre à faire des choses même si des fois ça demande des efforts. Efforts tout de même bien moins pénibles que l'attente en plein soleil au péage de Vienne ...

Posté par sakhaline, 07 septembre 2007 à 00:34

Un prof qu’à tout compris, génial.

J’ai enfin compris pourquoi je savourais autant la rentrée….En pensant que pendant une année vous allez profiter de mes chères petites têtes blondes et que je vous rendais seulement la monnaie de votre pièce, là je prend mon pied …. …A chacun sa croix ….vous c’est pendant un an moi pendant deux mois…j’ai fait mon choix je ne suis pas devenu prof………………pire juste maman….

Un prof qui me fait autant d’effet j’en rêvais….avant….dans mon jeune temps.

Posté par Fabienne, 24 septembre 2007 à 09:34

C'est si bien payé prof ?

Posté par Maeve, 04 décembre 2007 à 20:06

...

J'ai longuement hésité à poster un commentaire ... mais je dois l'admettre ... il y a parfois du Desproges dans tes textes ... Merci de nous faire autant rire et revivre des moments perdus de notre enfance

Posté par fooo, 25 février 2008 à 18:24

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