10 septembre 2007
Le mot le plus long
Une tâche incontournable lors des premières séances, lorsqu'il reste du temps évidemment, c'est la réalisation de la page de garde du cahier.
Rien de bien compliqué, chaque élève doit indiquer sur la première page son nom/prénom, la classe, l'année scolaire, et en plus gros, le titre, « TECHNOLOGIE ».
Je ne donne pas de consignes particulières, si ce n'est un exemple au tableau, avec mon nom.
Évidemment la question ne manque pas de savoir s'ils peuvent mettre des couleurs et faire un beau dessin, ce s'rait tellement chouette. Il y a quelques années j'imposais une rigueur et une précision toute technologique et puis bon, vu les problèmes rencontrés par les gamins pour centrer le mot « TECHNOLOGIE » sur la page, j'ai renoncé.
C'est donc quartier libre et je peux vous dire qu'ils s'en donnent à cœur joie.
Ce matin, je regardais mes 6e4 s'adonner sans retenue à cette activité hautement pédagogique, et vas-y que j'te débouchonne le Stabilo vert, et que j'te recapuche le feutre rouge, clip-clop, clip-clop... c'est mimi, et vas-y que j'te dessine la méga fleur de l'univers infini, aucun rapport avec la techno mais bon, on va pas chicaner non plus.
Pendant cette activité, je flâne entre les tables, sans rien dire, pas un sourire, pas la gueule non plus, juste le plaisir discret d'être avec eux.
D'où quelques constatations que je vous livre.
Bon l'éternel problème, encore et toujours, c'est d'écrire le mot « TECHNOLOGIE », putain fait chier çui-là.
Pasque bon, t'as beau démarrer bien à gauche de la page, ça dépasse toujours à droite, j'te jure.
Donc si t'as la chance d'avoir senti le truc venir, tu peux réagir, mais pas toujours.
Et vous allez voir comme y sont astucieux, en fait, y suffit de faire les lettres un peu moins larges à la fin qu'au début, et hop, le tour est joué.
Donc le "G", comme ça, mine de rien, tu le ratatines grave jusqu'à c'qu'y ressemble à un « I », et le « E » tu lui coupes les pattes bien à ras et hop, ni vu ni connu.
Et même qu'y t'reste de la place, j't'assure.
Au final, t'as l'impression que le mot « TECHNOLOGIE » s'est gaufré à fond le bord de la page, comme un crash-test quoi, le devant est tout niqué, mais le derrière, nickel.
Mais des fois, tu l'as pas vu arriver le bord de la page, donc y t'reste trois lettres dont tu sais pas quoi foutre.
Et là, vous allez pas m'dire comme y sont malins ces gosses, les trois dernières lettres, plutôt qu'de les écrire sur la table, tu les choppes par le col, et zou, tu les mets juste bien pile poil en dessous, sous l'tapis quoi, mais pas trop bas, et bien à droite.
Mais comme tu sens bien que t'as peut-être fait une erreur, et que ça risque de se voir, l'air de rien, tu changes de couleur, pour faire diversion.
Quand je vois ça, je m'arrête devant le gamin et je regarde son titre, très sérieusement.
Du coup, le gamin me regarde, alors je le regarde.
Pis je regarde à nouveau son titre, très sérieusement, et lui y fait pareil, et ensuite, on se regarde.
Un bon moment.
Alors y m'dit :
– Ça va comme ça ?
Et je lui réponds :
– Impeccable.
Et là, surmotivé, y passe un méga coup de Stabilo pour faire joli sur le titre qu'était pas sec.
Pis des fois, t'arrives à mettre toutes les lettres mais pas d'bol, t'en as oublié une.
En général c'est moi qui leur fais remarquer.
Alors le gamin y regarde le tableau pour vérifier, des fois qu'tu lui aies dit une connerie, et y dit :
– Ah oui.
Ben ouais.
Mais pas d'panique, c'est quoi la lettre qui manque ? Le « H » ?
Et là, t'emmerde pas, crois-moi, tu choppes le « H », tu le mets dans un étau et tu serres, tu serres, jusqu'à qu'y respire plus.
Et tu le glisses juste pile poil entre le « C » et le « N », avec des petits coups de massette s'y faut, pour qu'ça rentre bien, et hop, nickel-chrome.
Et tu regardes le prof et tu dis :
– Ça va comme ça ?
Et je réponds :
– Très bien, et surtout, ne change rien.
Pis y'en a qu'aiment pas trop les couleurs pastel, pasque ça fait un peu tapette quand même, alors y z'écrivent avec un gros feutre indélébile.
Le gros avantage du feutre indélébile, c'est que ça tape bien à l'œil, et surtout, il est indélébile sur les dix pages suivantes aussi.
Donc elles servent plus à rien et tu peux les arracher vite fait.
Mais surtout, faut éviter de mettre un coup de Stabilo sur de l'indélébile, ça peut tacher.
Mais bon, des fois, t'y penses après.
Et pour finir, je tombe sur un truc nouveau, le mot récalcitrant écrit verticalement.
Ça, t'y aurais pas pensé, ben le gosse là, oui.
Mais comme c'est un sacré rebelle le mot « TECHNOLOGIE », et ben même verticalement, les lettres elles rentrent pas non plus.
Alors là, et vises un peu la combine, tu laisses comme c'est, tant pis, il a eu sa chance, et pis c'est tout, c'est vrai quoi, j'me demande pourquoi on s'emmerde des fois, et du coup, t'inventes une nouvelle matière : la technolo.
Et si le prof fait une remarque, n'hésite pas, envoie-le quasiment chier, pasque faut quand même pas pousser, tout l'monde comprend c'que ça veut dire, non mais je rêve.
Et comme t'aimes bien la jolie finition qui fait la différence, n'hésite pas à bien barbouiller l'intérieur des lettres, en dépassant un peu, mais pas trop, et pis surtout, avec la même couleur si possible, ou mieux, en noir, pour qu'ça ressorte bien, qu’ça en jette quoi.
Et tu regardes le prof et tu dis :
– Ça va comme ça ?
Et je réponds :
– J'aurais pas fait mieux.
Du coup, surmotivé, tu envisages de barbouiller aussi l'intérieur des lettres qu'elles en n'ont pas d'intérieur, mais tu hésites un peu en regardant le prof, ben faut pas, j't'assure, vas-y, sors de ta réserve, va de l'avant, et touille bien comme y faut, pense à bien racler les bords, tu verras, ça fera un joli trou.
Bon, ce sera juste un peu illisible, mais franchement, qu'est-ce qu'on en a à foutre ?
Alors vous rejoignez la fenêtre, vous regardez la campagne alentour, et vous souriez, discrétos, et vous vous laissez aller à repenser à une brune aux cheveux courts, ses jambes, ses ballerines taille 37, son regard noir, ses baisers de folie, ses somptueux ni...
– M'sieur, j'me suis trompé, j'peux mettre du blanc ?
– Oui oui, vas-y, fais-toi plaisir.
Ben vous savez quoi ?
Sont trop mignons mes 6e4.
07 septembre 2007
La rentrée des 6e...
Ce matin c'était le premier cours de techno pour les 6e4, à huit heures.
Je les attendais patiemment dans ma salle, porte close, position semi-allongée, les pieds sur la table, en lisant Closer, oui, je m’ouvre sur le monde.
J'entends la porte du couloir grincer, des chuchotements, ils doivent chercher la salle. Je finis de me poiler tranquille en lisant mon article. Parce qu'à partir de maintenant ça rigole plus, je vais afficher ma tête de tueur, ce qui est assez facile vu mon reliquat de sommeil.
Je me lève, contrôle ma tenue, impeccable, beau mais alors, si vous saviez, je laisse échapper un dernier sourire en pensant à François Hollande en train de baisouiller les pieds de sa greluche, je fronce les sourcils, et j'ouvre la porte.
Ils sont là, en vrac, une myriade de cartables multicolores qui s'agitent et se télescopent telles des autos tamponneuses.
– 6e4 ? Vous vous mettez en rang s'il vous plait.
Le premier truc qui me surprend c'est qu'ils ont tous les cheveux propres.
Tu parles, les parents ont dû te les coller à la douche la veille, avec pertes et fracas.
– Et en silence.
Je baisse délibérément la tonalité de ma voix, à la limite de l'infrason, c’est excellent pour l’autorité.
C’est un vieux truc, j’vous dis pas la virilité que ça dégage. Avec une voix pareille, j'peux vous exciter une paire de tétons à trente mètres et faire vibrer un champ de clitoris à plus de cinquante !
Ils obtempèrent, sans moufter, je les toise, et je longe la file lentement avec un petit air insolent, mais alors, et insupportable en plus, si vous saviez, même moi j'ai du mal à me supporter.
Ils n'en mènent pas large, putain, c'est quoi ce prof de tecno (y savent pas encore comment ça s'écrit), y nous fout les j'tons !!
– Allez-y, et en silence.
Ils passent devant moi, évitant soigneusement de me regarder, et je ne peux m'empêcher de les trouver touchants ces 6e, franchement c'est vrai, et puis cette odeur de shampoing aux œufs, c’est frais, c’est léger. Je suis à deux doigts de leur sourire, et c’est vrai que j'suis tout mimi quand j'souris, mais je me reprends, et je referme la porte, avec le pied, oui, je suis un rebelle.
Après la minute de silence que j’impose à toutes mes classes, en mon hommage, je leur demande de s’asseoir. Et vingt-cinq gamins qui déplacent autant de chaises ça fait un barouf du diable, donc première gueulante :
– OOOOOH !!!! LES CHAISES ÇA SE SOULÈVE !!!!!
Putain c’est vrai quoi.
Et ils déballent leurs petites affaires.
C’est aussi ça la rentrée, les cartables Minimoys, qu’y z’ont à peine tous le même, les trousses bigarrées de l’espace intersidéral aux couleurs tellement flashy que tu la mets à la fenêtre t’éclaires tout l’quartier, les gommes spatio-temporelles translucides bi-composants latex/vinyle qui reconnaissent l’ADN de c’que t’écris faux, les stylos-plumes pour les odyssées interplanétaires que tu peux écrire la tête en bas sur une éponge que ça bave même pas, du fluo, du clinquant, du rutilant, du pimpant, du chatoyant, et ça étincelle, ça brille, ça reluit, ça miroite, ça tape-à-l’œil, ça éblouie tellement que t’as perdu 5/10 à chaque œil à la fin de la séance, et comme y sont un peu jaloux, un p’tit coup d’œil sur les fournitures du voisin, des fois qu’il ait le porte-mine qui déchire sa race, le taille-crayon qui tue sa mère, le stylo qui nique sa sœur, les trente Stabilo de la mort que personne lui a demandés, le classeur de l’OM qu’y en avait plus chez Auchan et que t’as l’air d’un naze avec ton classeur de l’OL qui sont même pas premiers du championnat, le cahier Barbie qui arrache sa mère, sa sœur, c’te pute, et tonton Maurice, ce vieux pédé, et j’en passe.
Je pose délicatement mon popotin sur le bureau.
– Bon et bien bonjour à tous, et bienvenue en salle de technologie. Je suis monsieur Le Prof (j'écris mon nom au tableau) et je serai votre professeur de technologie durant toute cette année, cachez votre joie.
On a pas mal de choses à voir pendant cette première séance alors je vous demanderai d'être attentifs... au fait, vous me virez ces cartables des allées s'il vous plait, j'ai pas envie d'me gameller à la première déambulation !!. (c'que j'peux être désagréable des fois, j'vous jure).
– Pour commencer (j'écris le programme de la séance au tableau), vous allez vous présenter, non pas qu'ça m'intéresse particulièrement de vous connaître, pour c'que j'en ai à foutre de vos p'tites vies à la con, mais c'est le règlement, je vais vous remettre une petite fiche pour ça.
– Ensuite je vous expliquerai le pourquoi de la technologie au collège, et ce que l'on va faire ensemble cette année, le programme. Bon, vous étiez à l'école primaire donc la plupart d'entre vous ne savent certainement ni lire ni écrire, donc avec moi, de l'écriture vous allez en bouffer !
Puis on abordera le problème du matériel que j'impose d'avoir au complet et à chaque séance, vos parents ont touché du blé pour les fournitures alors venez pas m'faire chier qu'ça coûte cher et que ça s'casse, putain 274 € de prime de rentrée scolaire, c'est l'prix de mes pompes !!
– On enchaînera sur le travail à la maison, les règles de sécurité et la discipline lorsque vous serez avec moi, mais sachez d’entrée que pour les heures de colle, ici on m’appelle super-glue, alors le premier qui fait l’con, j’l’allume, j’le carbonise, j’l’immole, j’l’incendie, c’est pigé ?!?! (En fait j'en donne pas ou très peu c'est juste pour les faire chier) et pour finir, si vous avez des questions, j'y répondrai, si j'ai envie.
Voilà, ç’a l’air un poil sévère, mais j’ai juste appliqué la règle, être ferme d’entrée.
Courtois, mais ferme.
Bon, avec ça, la séance est bien remplie.
J'ai déjà parlé du programme de 6e ici, donc vous savez que l'on étudie le vélo et la trottinette électrique.
Donc les gamins sont plutôt contents de l'apprendre alors en fin de séance je leur montre le vélo et la trotti.
– Pour conclure la séance, j'vais vous faire une petite démonstration de trottinette électrique, vite fait.
Ils se regardent médusés, ne savent pas trop si c'est du lard ou du cochon, du gigot ou de l'agneau, une angine blanche ou une MST, c'est comme vous voulez.
Je démarre la trotti, toujours sérieux, et hop, je m’élance vers le fond de la salle, à toute vionze, et zou, demi-tour, et hop, petit slalom entre les tables, je mets les gaz, j'approche de mon bureau, je tente un wheeling, oh putain, p'tit coup d'patin, j'embarque la poubelle, la trotti s'emballe, je pile, la roue avant se bloque, nom de dieu, je dois m’éjecter, je plonge sur le bureau, la trotti continue sa route, et badaboum, ou patatras, à vous de voir, crash contre la porte !!
Putain la frayeur !!
Je suis un pédagogue expérimenté et je sais pertinemment ce qu'ils pensent à ce moment précis :
"Putain, on a récupéré le prof le plus fêlé de toute l'académie !!!".
PS : tout n’est pas vrai dans ce texte, à vous de repérer ce qui est faux. Je sais, c’est pas facile.
05 septembre 2007
J'ai une patate moi...
Bon ben voilà, on a repris le boulot, comme tout le monde.
Pas de quoi s'exalter, on n'est pas le centre du monde du monde, en même temps.
Si le chef nous avait fait un numéro de claquettes, j'dis pas, j'aurais développé, mais même pas.
Comme partout, les retrouvailles, et vas-y que j'te claque une bise par-ci, une tape dans l'dos par-là, les souvenirs de vacances que tu t'en colles grave les fesses au plafond, les p'tits nouveaux qui balisent à mort, auxquels on file des emplois du temps tout pourris du cul, les embrassades, les accolades, les effusions.
Rien qu'du bonheur quoi.
J'avais prévenu, avec mon reliquat de sommeil, j'ai l'enthousiasme rebelle.
Bon, comme d'hab, on a eu droit à un briefing de deux plombes qu'on a écouté bien sagement.
Pour moi, c'était l'occasion de tester mes nouveaux chewing-gums et d'échanger quelques trivialités avec Christophe mais discrètement et sans rire, enfin presque, pasque bon, on avait le chef pile en face.
Tati nous fait toujours la gueule suite à un malencontreux incident qui s'est produit début août du coté de Lunel, où on s'est retrouvés pour une journée au bord de la mer.
Si j'ai un moment j'vous raconterai.
Avec Christophe on comprend pas sa réaction parce qu'on s'est largement excusés, on a payé tous les frais, et on a même été la voir à l'hôpital.
Tu parles d'une rancunière celle-là.
Bref, y nous ont lâchés vers midi.
Bon moi la rentrée, j'm'en fous un peu, par contre, ce matin, j'ai testé le rasoir Gillette Power Nitro, depuis le temps que j'en rêvais, vous savez, celui qu'a un petit moteur et les lames qui vibrent.
Putain, vachement bien le rasoir !! Tu m'étonnes aussi, y'a quand même CINQ lames, ben ouais, y'a pas de hasard dans la vie.
Vous imaginez pour un prof de techno le bonheur que c'est un tel progrès technique.
Ah pis les vibrations, trop géniale l'idée !! Mais curieux quand même.
Surtout pour moi qui ai le dessous d'nez chatouilleux, d'ailleurs j'vous raconte pas les fou-rires que j'me prends lorsque j'me rase, et ben avec les micro-pulsations (deux cents par seconde quand même, sont trop forts les mecs de chez Gillette) j'ai le dessous d'nez qu'a viré zone érogène. J'vous dis pas l'embarras.
Et ensuite j'ai testé un nouvel après-rasage, à base d'alcools forts et de graisse de yack, qu'une copine m'a ramené du Népal, un vrai truc de mec quoi, et ben putain, ça dépiaute !!!
Le genre de truc qui virilise grave.
C'est bien simple, vous entrez dans la salle de bain avec un visage de poupon encore endormi et vous ressortez avec la gueule de Charles Bronson à qui on aurait mis la main au cul.
Après un truc pareil, sans déconner, tu peux partir chasser le bison à mains nues.
Bon je cause je cause mais j'suis naze ce soir, j'ai même raté mes œufs au plat, j'vais pas tarder à pieuter.
Ben voilà, ce sera mon souvenir de rentrée : un bon rasage (j'l'avais pas fait exprès en plus)
PS : et si certains pensent que mes préoccupations sont futiles, sachez que j'y veille.
01 septembre 2007
Adieu Franska
Qu'il est doux ce vague qui diffuse en moi sa fin d'été.
Car un été qui s'achève, c'est comme un ami qui s'en va.
Avec la caisse.
Parce que bonjour les dépenses !!!
Bon j'm'en fous un peu en fait car je suis en phase de prérentrée.
Parce qu'on a tous un petit trac lors de la rentrée.
C'est bien naturel.
D'abord parce qu'après deux mois de trêve sans pratiquer, il faut retrouver les réflexes, le vocabulaire, et éventuellement, le collège.
Ainsi moi, ça me fait tout drôle de ne plus pouvoir dire de grossièretés, comme bite et couille, qui sont la base de ma verbalisation.
Il me faut une période d'adaptation qui peut aller jusqu'à une semaine (mais le plus souvent, comptez une année).
Ensuite, il faut se présenter aux élèves et ça n'est pas toujours simple de parler de soi.
Ainsi moi, je ressens toujours une certaine gêne, voire de la réticence, à raconter ma vie sexuelle à des élèves de 5e.
Bien que je me limite aux cinq dernières années.
Et encore cette année je ne distribue plus de photos, merde quoi, c'est toujours de ma poche !!
Bien sûr on peut se contenter d'indiquer son nom et de présenter le programme.
Mais cette période de l'année est propice aux échanges car les élèves sont particulièrement curieux, ce sera le seul moment de l'année d'ailleurs, il est de notre devoir de satisfaire cette légitime soif de l'autre.
Et puis, peut-on faire moins que notre président ?
Évidemment nous retrouvons certains élèves avec beaucoup de plaisir.
D'autres avec un plaisir plus discret.
Quant aux derniers, le plaisir est là, certes, mais suite à une convocation en bonne et due forme et des menaces en tout genre.
À la rentrée, le plus délicat pour moi, c'est le changement d'heure.
Vous connaissez les changements d'heure de mars et octobre, ben moi, j'ai en plus celui de septembre.
En effet, pendant la trêve, mon heure de coucher a comme ripé, progressivement, et à mon insu, vers les quatre heures du mat.
Ben ouais, en ce moment, j'attaque la sieste à 19 heures, c'est vous dire.
Alors le week-end précédant la rentrée, je procède toujours à une simulation et je mets le réveil à six heures.
Pour voir.
Et ben, pour ne rien vous cacher, j'vois pas grand-chose.
Parce que je ne l'entends pas.
Donc lundi, lorsque je retrouverai avec la joie que vous imaginez (si si, vous êtes très créatifs) et une sale tronche de déterré le croissant que l'administration ne manque pas de nous offrir (en signe de bonne volonté ?), j'suis pas sûr de ne pas m'effondrer.
Je ne m'étalerai pas sur le fait que passer deux mois sans se faire insulter et prendre un boulon sur l'occiput crée un vide terrible.
Bien que je dois admettre que cela change ostensiblement la relation à l'autre.
Heureusement que j'ai pu surcompenser à grand renfort de Magnum Caramel & Nuts et de Bandol rosé.
Mais la véritable épreuve est ailleurs.
Bon, vous le savez, j'ai dû me séparer de bien des femmes dans mon existence, et parfois même, surtout d'ailleurs, à leur initiative.
Et c'est jamais simple (surtout de récupérer les caleçons que aviez délicatement pliés et rangés dans le tiroir du bas qu'elle vous avait généreusement octroyé, et qu'elle menace de jeter, ce qui aurait tendance à vaguement vous irriter, et à rapidement vous transformer, si vous n'étiez un modèle de courtoisie, en psychopathe inspiré voire en équarrisseur de génie).
Mais en cette fin d'été, se séparer de son short, ça, je ne le souhaite à personne.
D'autant que mes pantalons ont la fâcheuse habitude de rétrécir pendant l'été et surtout au niveau de la taille.
Ainsi, lors des simulations que j'effectue avant la rentrée, je tente avec chacun d'entre-eux de glisser le bouton du haut dans la fente dédiée.
Le taux de réussite est très faible.
Je suis donc obligé de comprimer le bedon récalcitrant sous la contrainte à l'aide d'une ceinture.
Je perds environ 20% de mes capacités respiratoires mais la présentation est impeccable.
Mais cette séparation est pour moi l'occasion d'un rituel immuable.
Au garde à vous devant la machine à laver, je retire mon short, je le pose au fond du tambour et j'observe une minute de silence, sans rien dire.
Avant d'appeler SOS amitiés.
Mais bon, je le remettrai peut-être, je sais pas.
C'est comme avec certaines nanas, des fois on revient, pasque les séparations des fois, c'est dur quand même.
Allez, au revoir l'été !!!!
Et adieu Franska.