Un prof vide son cartable

Chroniques déconnantes à base de prof.

08 novembre 2007

Du bon usage du chameau

À neuf heures et quart, le CPE est venu dans ma classe, me dire que nous étions attendus, moi et les 6e4, à une séance de prévention contre la drogue, prévue depuis un mois, dont la date était affichée en salle des profs, en bien gros, ce qui m’avait échappé, que nous étions sacrément en retard, et que donc, j’avais assuré comme un pro.
Alors avec les 6e4, on a vionzé jusqu’à l’autre bout du collège, en ordre dispersé, grimpé au troisième étage, dans un boucan d’enfer, et sprinté jusqu’à la salle 307, dans un bordel immonde, où je suis arrivé tout essoufflé et bon dernier. Je me suis excusé pour le retard, en disant que c’était un peu à cause du CPE, qu’était venu bien tard nous dire qu’on n’était pas en avance, mais en ajoutant que j’étais rongé par le remord, que je le referai plus, mais que c’était aussi un peu à cause des gamins qui lambinaient, lesquels n’ont pas été d’accord, pardon qu'est-ce que j'entends, non mais oh, traitez-moi de menteur pendant que vous y êtes, excuses d’autant plus nécessaires, que l’intervenant préposé à la dissuasion massive, était un gendarme.

Alors avec les gamins on s’est installés dans la salle, les tables étaient disposées en carré, le gendarme au milieu, et je me suis assis avec les élèves, pas avec les meilleurs, les autres, pasque c’est là qu’on rigole le plus.
Mais en fait, on a pas trop rigolé.

D’abord pasque le gendarme était un peu agacé du retard des élèves, et qu’il arrivait pas à se mettre face aux gamins, vu la disposition des tables, c’est vrai que c’était pas évident, sauf à ressembler à un tableau de Picasso, les rangers bien écartées, le petit polo bleu ciel largement ouvert pour bien faire respirer le torse, et il a dit bonjour en langage gendarme, c'est-à-dire qu’on a tous baissé la tête et qu’on n’a plus moufté pendant une demi-heure.

Bon, il a surtout parlé de la drogue qu’on fume et il en a parlé pendant une demi-heure sans s’interrompre, mais pour résumer, il a dit que le haschich venait surtout du Maroc, que c’était pas bien, pas le Maroc, le haschich, et surtout, que c’était très interdit chez nous.
Moi je pensais qu’il allait nous montrer un petite vidéo, des petits graphiques pour l’augmentation de la consommation, parler de l’addiction, de l’engrenage vers les drogues dures, des pharmacies qu’il faut fracasser pour se ravitailler, et que donc, c’était du boulot de se droguer, mais pas du tout.

Ben non, il a juste dit :
- Et au Maroc, y mettent du caca de chameau dans le haschich.

Le coup de théâtre.
Putain, je me demande pourquoi on s’emmerde des fois, avec nos petites séances pédagogiques, pour faire passer la petite notion qui va bien, avec nos petits transparents, nos supports divers et variés, nos petites activités pour qu’ils s’approprient le savoir, le contrôle de l’acquisition des connaissances, alors que l’autre là, les mains dans les poches, avec son histoire de caca, il a dissuadé tous les 6e4 de tirer sur le chichon pour les trente ans à venir !!
Bon, vous me direz, c’est le résultat qui compte.

Franchement, j’sais pas si c’est le même gendarme qui s’occupe de la prévention contre le SIDA, mais si c’est le cas, je serais curieux de voir ça. Ça doit être un truc du genre, si tu mets pas le préservatif, t’as la quéquette qui sèche, et hop, elle tombe. Tin, on m’aurait dit ça quand j’étais jeune, je serais passé de suite à la peinture sur soie.

Alors évidemment, le gendarme, quand il a dit ça, il m’a regardé du coin de l’œil, craignant sans doute que je tempère son propos, pasque les profs, c’est bien connu, on est tous des hippies recyclés, en précisant par exemple, qu’on pouvait trouver des trafiquants honnêtes, dotés d’une vraie conscience professionnelle, proposant des produits non coupés et d’excellente qualité, mais j’ai rien dit pasque d’une part je ne suis pas un spécialiste et que par ailleurs, je porte le fardeau d’une lourde culpabilité dans ce domaine. En effet, la première seule fois que j’ai fumé une cigarette qui ressemblait à un mégaphone, c’était pendant mon service militaire, à l’initiative d’un pote de régiment et que du coup, les gardes de nuit étaient beaucoup plus sympas pasqu’on rigolait comme des cons tout en assurant la sécurité du pays, et que j’en ai froid dans le dos au cas où on aurait été attaqués par des envahisseurs ennemis, des allemands par exemple.

Bon, je suppose que le gendarme pratique une pédagogie différenciée selon l’âge, pasque s’il raconte la même chose aux 3e, je crois que certains vont pouffer et du coup, y risquent d’entendre des trucs pas trop gentils en langage gendarme.

En tout cas, j’peux vous dire que comme prévention y’a pas mieux pasque tous les gamins y z’ont fait « BEUUUUUURK !!!!! », et moi aussi d’ailleurs.
Et une fois rentrés en classe, je leur ai demandé ce qu’ils avaient retenu de la prévention, et ben je vous le donne en mille, c’était le caca de chameau, et y z’ont refait « BEUUUUURK !! », mais pas moi, pasque je l’avais déjà fait.

Pour conclure, si un jour vous souhaitez faire passer un message, une idée simple, une notion, voire un concept, j'vous file le tuyau, et faites-moi confiance, ne vous prenez surtout pas le citron, et n’allez surtout pas vous faire chier avec une agence de pub, économisez vos sous, appelez-moi, j'connais quelqu'un.

Posté par Charly Le Prof à 18:00 - Commentaires [45] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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