Un prof vide son cartable

Chroniques déconnantes à base de prof.

21 novembre 2007

La grande évasion

Jeudi dernier, évaluation pour les 6e4.

Lorsque je décide d’une évaluation, ils sont avertis une semaine à l’avance, savent précisément le sujet évalué et donc le cours à réviser. Pas de piège donc. Des questions, certaines sur le vocabulaire, d’autres plus intelligentes, mais pas trop, et deux points pour la présentation et l’orthographe.
La salle est vaste, les tables nombreuses, donc un élève par table, et pas de tentation de copier.
Les questions sont notées au tableau par un élève, puis les consignes étant données, silence total et vingt minutes de temps imparti, et je donne le top-départ.

Et donc, jeudi dernier, j’ai chiné, nonchalamment, de copies en torchons.

Une bonne partie des 6e4 a visiblement très bien révisé. Certains ont même préparé leur copie la veille avec leur nom et prénom bien sûr, mais ont de plus tracé un joli cadre pour mon commentaire, dans lequel une zone est réservée à la note, sur 20, c’est déjà écrit, et je n’aurai plus qu’à noter le numérateur sur leur jolie fraction. Ils me mâchent le travail, qu’ils sont trognons.

Si certains sont déjà très impliqués dans la rédaction des réponses, d’autres, dont Bourzig, semblent songeurs.
Je m’approche et découvre qu’après cinq minutes, l’espace entre les questions est désespérément vide. Je fais part de mon émoi à Bourzig.
- Tu as révisé Bourzig ??
- Ben oui, j’ai bien révisé hier soir…

Seulement voilà, c’était hier soir. Depuis, de longues heures se sont écoulées, sur l’échelle de Bourzig, un siècle, et donc ce matin, y reste pus rien.
C’est pas d’bol quand même, c’est vrai, tu révises comme un malade, tu fais rentrer dans ta tête plein de choses, en poussant bien en plus, et tu fermes bien la porte, en pensant que tu les retrouveras le lendemain, et donc, tu vas te coucher tranquille, pépère, confiant quoi. Et là, au p’tit dèj, tu te rends compte que toutes les choses que t’avais dans ta tête, et ben elles ont scié les barreaux pendant la nuit, et hop, elles se sont évadées. Mais va expliquer ça à un prof sans passer pour un gros fumiste. Franchement, ça finit par être décourageant. Et donc, comme tu sais pas où elles se sont évadées, ben tu fais une enquête, et tu prends l’air de réfléchir, en plissant bien les paupières, et tu prends ton stylo, et tu tapotes doucement tes lèvres pour bien faire voir au prof que tu réfléchis à fond, que tu prends cette affaire très au sérieux, que t’es vraiment au taquet au niveau de la réflexion. Mais bon, tu dois te rendre à l’évidence, les choses que t’as apprises, elles ont dû quitter la ville, pasque dis donc, y’a plus de traces.
Alors le prof, y te taquine un peu, comme s’il te croyait pas trop, ce qui est assez vexant en fin de compte et tu te demandes pourquoi y va pas faire chier un peu les autres, ça te ferait des vacances. Et enfin, au bout d’un moment, il s’éloigne avec son air de rigoler et il va voir Brizouille.
Ouf.

Brizouille, c’est complètement différend.
D’abord Brizouille, il est vachement sérieux, il ne cesse d’écrire, et s’interrompt à peine deux secondes pour me regarder. Mais de suite, il se remet au boulot. Je suis un peu surpris mais bon, un accident étant toujours possible, je lis par-dessus son épaule. Et là, en lisant, tu vois bien qu’y a pas eu d’évasion pendant la nuit, mais plutôt comme une espèce de mutinerie, et du coup, c’est un sacré bordel.

Déjà, pour Brizouille, les questions de l’évaluation, c’est purement anecdotique. Bon, ça donne des pistes, c’est vrai, mais globalement, on s’en fout un peu quoi. L’important c’est de faire savoir au prof que tu sais des choses, qui n’ont rien à voir avec le sujet, certes, que t’as pas forcément apprises en cours de techno, mais bon, y’a d’autres sources pour s’informer en même temps, alors faites pas chier s’il vous plaît.
Et comme tu te souviens d’un truc ou deux du cours précédent, mais vraiment par hasard, le coup de bol quoi, tu les mélanges bien avec des trucs qu’ont rien à voir. Et pour ça, fais pas ton modeste, n’hésite pas à employer les grands moyens, tu prends un bon gros mixeur, tu règles sur « mayonnaise », et tu fais mouliner le truc pendant dix minutes, et après ça, tu tartines bien comme y faut, pense à bien étaler sur les bords, avec un rouleau si t’en as, et y’a plus qu’à espérer que le prof s’y retrouve. Tu me diras, en même temps, il a qu’ça à foutre, mais avec un peu de chance, t’as réussi à l’embrouiller.

Mais comme t’es pas trop sûr que ça marche, soignes bien la présentation de la copie, le fignolage quoi, la p’tite finition qui fait la différence, le p’tit coup de polish quoi, comme ça, t’es sûr d’avoir au moins un point sur vingt, ben ouais, pas de petit profit. Une petite astuce : pense à bien souligner les mots qui n’ont aucun intérêt, pasque graphiquement, ça fait toujours son p’tit effet. Mieux, un double trait pour souligner, ça, ça pète bien, mais le deuxième trait, pas trop parallèle si possible, voilà, comme ça c’est bien, merci.
Et comme t’as quand même tartiné la moitié du verso avec la mayo, si le prof est sympa, t’auras peut-être un point de plus, ça paiera toujours l’encre quoi.
Seulement voilà, à la dernière question, t’es vachement emmerdé, pasque t’hésites entre deux réponses.
Mais bon, t’hésites pas longtemps, pasque là, t’as la méga illumination. Et là, si c’est pas d’la super combine ça, surtout tu t’emmerdes pas, tu mets les deux, comme ça, le prof, ça lui fera comme un p’tit QCM, il aura plus qu’à cocher la bonne réponse et zou, par ici les jolis points !! Et oh, après tout, à lui de prendre ses responsabilités, c’est vrai quoi, c’est lui qu’a commencé.

Pour finir, j’aurais bien voulu vous parler de l’élève Trapugne, mais celui-ci présente une pathologie très particulière. En effet, chaque fois qu’un contrôle est annoncé, il fait comme une espèce de petite grippe au niveau du cerveau, mais pas seulement, au niveau des jambes aussi, et du coup, y reste au lit.
Donc jeudi dernier, il a dû faire une rechute.

Posté par Charly Le Prof à 12:00 - Commentaires [29] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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