05 mars 2008
La fable du mufle et du cochon
Je dois vous faire un aveu.
J’ai un peu honte, car j’ai fait pleurer une élève.
Une élève de 4e, très gentille d’ailleurs, mais qui par malheur s’est aventurée sur un terrain qui est le mien.
Mais avant de m’insulter pour cette triste prestation, je vous propose de revenir sur la genèse de cette affaire, en commençant toutefois par le début.
J’étais en train d’écrire un truc émouvant sur l’étude de marché, c’était un début d’après-midi, donc sous l’effet d’une baisse de tension assez terrible, quand soudain, j’entends un grognement de cochon :
– Hihan, hihan, hihan… etc.
?!?!?
(Putain j’ai un doute là, c’est pas plutôt l’âne qui fait hihan ? Attendez voir, pasque si je me souviens bien, le chat c’est miaou, le chien ouarf ouarf, le canard coin coin, mais le cochon ? Comment ça s’écrit le bruit du cochon ? Bon, je vais tenter strffffff, vous me direz si j’ai bon)
Je reprends :
J’étais en train d’écrire un truc émouvant sur l’étude de marché, c’était un début d’après-midi, donc sous l’effet d’une baisse de tension assez terrible quand soudain, j’entends un grognement de cochon :
– Strffffff strffffff strffffff.
(Ouais, un peu asthmatique mon cochon, mais bon je vais pas non plus y passer des plombes, d’autant que le suspens est à son comble, mais bon, comme c’est un blog tout pourri, j’vais pas non plus trop m'emmerder)
J’enchaîne.
Entendant ce bruit incongru, je me retourne, avec ma tête spéciale « comment se faire des amis », et je balance :
– Qui a fait ça ???
Alors évidemment, ça pouffe, ça ricane, ça couine, quelle bande de faux-cul, et constatant le peu de cas fait à ma requête, je reprends ma rude besogne en pensant des choses moyennement humanistes à leur endroit.
Quand re-soudain :
– Strffffff strffffff strffffff.
Je pose ma craie et je me retourne, lentement. Si vous voulez avoir une idée de ma tête en cet instant, voici une petite astuce.
Vous êtes sur une place de marché, il fait beau, la vie est belle, vous allez faire votre tiercé, et vous voyez Lino Ventura avec des amis, sympa, en train de jouer aux boules, de bien rigoler, la vie est belle quoi. Vous vous approchez de lui, vous le regardez, du coup il vous regarde, et là, vous passez derrière lui et, mine de rien, vous lui mettez la main au cul, en disant « un p’tit câlin mon canard ? ».
C’est bon ?? C’est fait ?? Vous voyez sa tête ?? Ouais ben, la mienne c’était tout pareil.
(Au fait pour Lino Ventura, il l’a sûrement mal pris, alors traînez pas trop dans le coin, enfin, moi, c’que j’en dis)
J’enchaîne.
Et je remarque deux filles au deuxième rang, pouffant un poil plus que les autres.
– C’est vous mesdemoiselles ?????
Coralie :
– C’est moi m’sieur, oh m’sieur, c’était pour rigoler…
Très drôle en effet.
– Tu veux que je te dise un truc Coralie ??? Pour être franc, je trouve que tu imites très bien le cochon, tu as des prédispositions, c’est clair.
– Ahahaahahahahahahahahah !!!!!! Fit la classe dans son ensemble sauf Coralie.
Hé, c’est pas de la super répartie ça ???? C’est pas de la super mise en boîte ??
Bon c’est vrai, légèrement teintée de mauvaise humeur, mais quand même, quel sang-froid, quelle réactivité, j’ai appris ça en pratiquant le thaï kendo, retourner la force de l’adversaire contre lui-même, tout un art (mais là j’ai arrêté le thaï kendo, pasqu’un coup j’ai retourné la force de l’adversaire contre moi-même, du coup, c’était comme s’ils étaient deux, et je me suis foutu une de ces roustes, mon vieux).
Et je reprends le cours, l’épopée de l’étude de marché, et environ dix minutes plus tard les gamins m’interpellent :
– Hé m’s’ieur !! Coralie elle pleure !!
Ah, me dis-je, certainement un petit chagrin d’amour, aaaaaah !!!! Les doux émois adolescents, qui ne durent qu’un instant, Dieu que ceci est touchant, enfin bref, toujours à chialer ces gonzesses.
– Coralie ?? Puis-je faire quelque chose pour toi mon enfant ??
– C’est les garçons, snif, après c’que vous avez dit, snif snif, y z’arrêtent pas de me traiter de cochonne, bouuuuh, snif snif, bouuuuuh, Etc.
Ah merde, j’l’avais pas prévue celle-là.
Du coup j’harangue, j’apostrophe, je vilipende les vilains rustres les menaçant de représailles mais ils me rétorquent, fort à propos, mais avec quelle insolence, jugez-en plutôt :
– Hé m’sieur, c’est vous qui l’avez dit.
Bien.
Je vois qu’y en a qui écoutent, ça fait plaisir.
Si si, j’y tiens, c’est pas si souvent.
Mais je vois surtout que je me suis foutu dans une situation sympa, et qu’il va falloir faire preuve de doigté pour me sortir de cette merde, mais bon, j’en ai vu bien d’autres dans ma vie, et je m’en suis toujours sorti, avec le sourire (petit hommage à Sacha Distel, qui savait conserver un moral d’acier sous une pluie battante, même acide, chapeau).
- Ben oui, c’est vrai que je l’ai dit, mais il ne faut pas toujours répéter bêtement ce que dit le professeur, hein mes poussins ??? Vous le savez ça hein, vous le savez ??
Je leur fis donc un petit laïus, pour l’air de rien me défausser, mais tellement embrouillé, qu’ils n’y comprirent que pouic, et moi non plus d’ailleurs. Mais les garçons tenaient absolument à la pertinence de leur argument, têtus qu’ils étaient, et je dus, la mort dans l’âme, grâce à une subtile menace d’heures de retenue, oh que je regrette, clore prestement nos échanges.
(Non mais oh, y s’croient où eux ?!?!)
Fort marri, je conservai donc en fin de séance ma petite 4e avec sa meilleure amie pour lui dispenser quelques petites excuses et lui faire une rapide leçon sur le moquage de prof et des risques encourus. La petite m’assura de retenir la leçon. Je m’engageai pour ma part à contenir mes piques diligentes, elle, sa ménagerie, et nous convînmes d’un armistice que nous signâmes sur le champ, décrétant férié le jour courant, et elle quitta la salle le visage radieux, la brave petite enfant.
(Ouais, mais j’l’ai quand même bien bâchée celle-là !!!)
La morale de cette histoire, la pauvrette l’apprit à ses dépens, c’est qu’il n’est pas plus vile manière, que de moquer un titulaire, que ce soit par devant, ou pire, par derrière.