12 mars 2008
Déguisée en fleur chez les 6e4
J’vous ai pas parlé de Pitchoune ??? Z’êtes sûrs ??? Z’avez regardé dans les archives ???
Ben ça m’étonne, pasque Pitchoune, c’est une sacrée pitchoune.
Entre nous, c’est total bonheur, oui, happy days quoi.
Ça a commencé dès le début de l’année, j’ai su d’entrée que c’était elle, elle a su aussitôt que c’était moi, son prof de techno.
Beaucoup de qualité la pitchoune, brillante, consciencieuse, mais une tendance à faire la gueule, mais alors, pour un oui ou pour un non, voire un peut-être, et à moi en particulier.
Bon, j’ai l’habitude que les nanas me fassent la gueule, je ne m’en formalise pas, c’est comme ça. La dernière fois c’était une joliette qui avait insisté pour que je voie un film au ciné, et je me suis endormi devant.
Donc très mauvais esprit la joliette, pasque bon, ça arrive ces choses-là.
Pitchoune.
Un petit air qui vous prend de haut, mais qui me laisse de marbre. Alors évidemment, des difficultés avec les autres, en raison d’un égoïsme militant dont elle abreuve l’effectif avec une vraie générosité. C'est son altruisme paradoxal. Car il semblerait que la Pitchoune soit au cœur d’une galaxie Pitchouno-centré dont le soleil ne serait qu’un vague satellite. Et plutôt pâlichon, le satellite, mais heureusement enchanté, oui, c’est ça, comme béni en fait, car éclairé par la belle.
Donc ma Pitchoune, elle voudrait que je l’interroge plus souvent, voudrait se mettre à mon bureau pendant les contrôles, voudrait moult avantages et privilèges, alors elle me fait des scènes terribles. Genre, je lève plus la main pendant les cours, je regarde le plafond quand on me parle, je traîne pour sortir mes affaires, enfin bref, de véritables provocations quand ce ne sont pas véritables déclarations de guerre. J’vous dis pas les pétoches que j’me paye.
Mais je fais preuve de sang froid, et je ne réagis pas.
Ben non, parce que c’est ce qu’elle cherche en fait.
Héhé.
Alors moi aussi je regarde ailleurs, et quand elle demande un truc, c’est marrant, j’entends pas bien.
Et pis langue de vipère en plus, genre, ben vi, vous interrogez toujours les mêmes, sont vos chouchous alors, c’est pas juste, qu’elle fait la pitchoune. Bah c’est de bonne guerre, alors je l’interroge et elle fait :
– C’est trop tard.
Si si, elle est comme ça, j’vous jure.
J’sais pas vous, mais moi j’adore les gens qui font la gueule pasque c’est un vrai bonheur de les taquiner, ou carrément les emmerder, tant qu’à faire.
C’est vrai, j’aime bien.
Alors la pitchoune, je la plaisante un peu :
– Ben, tu fais la tête ?!
– Pfff, j’fais pas la tête…
– Oh j’ai bien l’impression que si…
Alors elle hausse les épaules et elle fait :
– N’importe quoi…
Mais non.
Et pis les gens qui font la tête, des fois, c’est dur pour eux, pasqu’y z’arrivent pas à arrêter de la faire.
Alors faut les aider un peu pour arrêter, mais jamais directement, pasque c’est grand pire.
Alors l’air de rien, je m’approche de Pitchoune, et je la regarde travailler et je fais :
– Très bien ça.
Et tout de suite, je m’éloigne pour voir un autre élève, comme si de rien n’était.
Et pis au bout d’un moment j’entends la pitchoune :
– Et là m’sieur, c’est bien aussi ???
Voilà, ça va mieux, elle est revenue de son faisage de gueule, fastoche en fait, alors je la rejoins, je regarde et je dis :
– Ah non, là c’est moins bien.
J’suis vache des fois non ??
Alors re-faisage de gueule, et je fais :
– Là tu veux dire ??? Ah oui c’est très bien.
Re-arrêtage de faisage de gueule, mais là je dis plus rien.
Ouf.
Et un jour, elle m’a fait une scène terrible.
Je lui rends un contrôle, excellent d’ailleurs puisque elle avait dix-huit sur vingt. Mais comme d’habitude elle a vingt, ça lui a fait comme un choc, une espèce de commotion au niveau de l’ego. Car oui, il y a des élèves comme ça, en dessous de vingt, t’es qu’une grosse merde. C’est pas mon Bourzig qui me ferait une scène pareille, car pour les mousquetaires, toute note supérieure à zéro est Collector, même un sur vingt, d’ailleurs je vous rappelle leur devise : un pour tous et tous pour un. On ne peut être plus clair.
Alors elle a dit que c’était tout simplement pas possible, que j’avais dû me tromper, et que ce serait bien de rectifier mon erreur et pronto please.
Sous la pression de ce mètre quarante de féminité exacerbée, je me suis empressé de vérifier la copie, et de confirmer l’outrage. Elle a maintenu que j’avais fait une erreur, je lui ai répondu que si erreur il y avait, elle était juste, elle n’en démordit pas, je l’ai gentiment envoyée paître, et vous savez ce qu’elle a fait ???
Ben elle a déchiré sa copie, comme si c’était la mienne, telle une fin de non-recevoir, et hop, répudié le prof de techno, et j’ai cru partir à la renverse, avant de partir en fou rire, devant son sale petit caractère.
Aussi ce soir, je pense avec émotion à l’heureux élu qui dans quelques années se coltinera ma Pitchounette, et qui, après une médiocre prestation nocturne, se verra indiquer la direction de la porte, qu’il franchira penaud, rejoignant ainsi la cohorte des bannis de la belle, dont ce jour-là, je fis partie.