21 mars 2008
Prof embedded (2/6)
Partie 2 : un peu avant le milieu
Un des problèmes rencontrés lors des trajets en bus, c’est le manque de coordination.
En effet, personne n’a envie de faire pipi au même moment.
La vie est mal faite parfois.
Et c’est tout un art de savoir faire patienter les impatients, car il arrive bien souvent, que pour leur expliquer la patience, il faille sérieusement s’énerver. C’est comme gueuler pour leur demander de se taire, encore un cas typique de pédagogie basée sur l’art délicat du contre-exemple. Car adroitement utilisé, avec un brin d’impulsivité, un poil d’emportement, accompagné par quelques convulsions et délicatement ourlé d’un volume sonore adéquat, il agira tel un répulsif et marquera les esprits à jamais.
Très important le contre-exemple en pédagogie.
Donc je suis allé à mon tour réclamer la pause pipi, et en tant qu’adulte, le chauffeur a daigné m’écouter et encorner son planning afin de faire une courte pause.
J’attendais au fond du bus l’arrêt salvateur, avec quelques garçons de 6e4, lorsque Isabelle m’interpella :
– Hé Charly !! On s’arrête pour la pause !!! Ceux qui veulent faire pipi !!! C’est le moment ou jamais !!!
Très important le choix en pédagogie.
Et nous nous apprêtions à sortir avec les garçons quand…
– Attends Isabelle, c’est là qu’on fait la pause-pipi ???
– Ben oui… pourquoi ?!?!
– Mais c’est pas possible…
– Ah bon ?!?!?
– Mais Isabelle… on peut pas faire pipi… Y’A PAS D’ARBRES !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Non mais c’est vrai, elle est marrante elle, on fait comment pour faire pipi si y’a pas d’arbres ??
Hé, je suis désolé, mais ça a toujours été comme ça, pour faire pipi, y faut un arbre, pasque les garçons y font contre, et les filles, derrière. Depuis la nuit des temps c’est comme ça, on va pas tout chambouler pour faire plaisir à madame non ?!?!
Alors Bourzig, il a dit qu’il y avait des arbustes.
– Tu te trouves drôle ???
Oui ben j’sais pas, mais aux dernières nouvelles, un arbuste c’est pas un arbre.
Moi j’veux un arbre.
Pas d’arbre, pas d’pipi.
Alors Isabelle a dit que j’étais un peu tête de lard dans mon genre, mais j’ai répondu que si on baissait les bras, même pour faire pipi, ben devant la mondialisation on allait perdre notre culture, nos traditions ancestrales et même les préhistoriques, voire celles d’avant.
– Bon ok, dis Charly, tu souhaites un genre d’arbre particulier ??? Un résineux, une essence exotique ??
C’est ça, fous-toi de ma gueule, et pis bonjour, elle qu’a envie de faire pipi toutes les cinq minutes…
– Allez-y, roulez, j’vous dirai…
Alors on a repris la route et tous les gamins y regardaient par la fenêtre, et dès qu’y voyaient un arbre y faisaient :
– Héééééé !!! M’sieur !!! Un arbre à droite !!!!
– Où ??,
– Làààààààààààààà !!!!!!!!!!
Alors je regardais et je disais :
– Trop p’tit !!!!!
Et même des fois :
– Hé m’sieur !!!! Là un autre !!!!!!!
– Où ?????
– LÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀ !!!!!!!!!!!!!
– Trop gros !!!!!!!!!
Alors y faisaient :
– ?!?!?...Oooooooooooooooooooh !!!!!! … Mais on va jamais trouver alors…
Et Bourzig est revenu à la charge :
– Ben moi m’sieur, un arbuste ça m’allait bien…
Décidemment, aucune ambition ce Bourzig.
Aaaaah !! Ces gens qui se contentent de ce qu’ils ont, alors qu’ils pourraient tout aussi bien se lamenter de ne pas l’avoir, c’est consternant, enfin, ne médisons pas.
– Attends Bourzig, faut viser plus haut dans la vie, heu…
Et là, d’un coup, venant du fond du bus, est arrivée l’annonce tant attendue :
– HÉÉÉÉÉÉÉÉÉ !!!! M’SIEUR !!!!! LÀ Y’EN A PLEIN !!! ET DES MOYENS EN PLUS !!!!
Ben voilà, y suffisait d’être patients.
Voilà.
Mais putain, t’aurais vu comme on s’est précipités sur les arbres, et comment qu’on t’les a arrosés joli, ben mon salaud.
– Alors Bourzig, c’est pas sympa un arbre ??
– Ben c’est vrai, ça rien à voir en fait…
Quand j’vous l’disais.
À suivre…