Un prof vide son cartable

Chroniques déconnantes à base de prof.

30 mars 2008

Prof embedded (6/6)

Partie 6 : ben là c’est fini, après y’en a plus.

Nous regroupâmes (c’est moche regroupâmes non ???) les gamins et procédâmes (là c’est encore pire) à un ultime comptage (comptage j’aime bien), avant de leur demander de rejoindre le bus, ce qu’ils firent sans se faire prier et dans un bordel sans nom (au fait, avec Isabelle, ça gaze).

Vous avez déjà vu un envol de 6e4 ??? Le soir au soleil couchant ??? Bon là, c’était l’après midi, mais mon dieu que c’était beau. Et c’est tout attendri (mercredi après midi, elle vient prendre le café) que je les regardais dessiner de subtiles volutes avec leurs petits bras (là, j’suis en train de potasser, vous allez comprendre), leurs petites jambes, sautant de flaque en flaque, que c’était beau, bousculant les touristes révulsés, nous laissant le soin de les excuser, ah les vilains polissons, piétinant les pelouses, le tout avec une jubilation poignante et particulièrement sonore. Ah !!! La douce insouciance de cet âge !!! Tout ça parce que l’un d’entre-eux avait promis que le premier arrivé au bus aurait gagné (pasqu’une prof d’histoire, j’ai jamais fait). Gagné quoi ?? Nous ne le saurons jamais, mais tout n’est pas accessible au monde des adultes, loin de là.
Ah !!! Que d’émotions !!!

Nous fîmes un dernier coucou à notre pont du Gard (c’est vrai, j’sais même pas comment ça fait avec une prof d’histoire), et je dois dire que pour mes trois collègues ce fut déchirant, et nous nous installâmes dans le bus, où là, les 6e4 se calmèrent d’un coup, car Isabelle leur distribua le questionnaire.
Ah merde, lus-je (bon, elle est séparée là, sinon je ferai pas) sur leur mines déconfites, car là (j’ai des principes quand même), malheur à ceux qui n’avaient pas écouté, et ils étaient nombreux. Et ils se mirent à bûcher.

Je dois dire que le silence ambiant m’angoissait quelque peu, car autant de gamins produisant si peu de bruit n’était pas à mes yeux chose normale (d’ailleurs, faut qu’je change la housse de couette).
Alors pour dissiper mon inquiétude, je m’occupai à compléter moi aussi le questionnaire sous l’œil amusé d’Isabelle :
– Dis Isabelle, si j’ai bon, j’aurai vingt ???
– Ben je sais pas… mais j’aimerais autant t’évaluer sur un autre type d’activité….
– ?!?!...

Oh putain, la pression qu’elle me met Isabelle, va falloir que je révise tout bien avant alors, putain… ben dis donc, si faut passer des partiels maintenant…

Et enfin, après qu’Isabelle eut commenté le questionnaire (j’avais une machine à faire, ben ça attendra jeudi) avec les gamins, le volume sonore s’amplifia et remplit l’habitacle, nous retrouvions une situation normale. Je rejoignis le fond du bus, où je retrouvai mes mousquetaires et quelques filles en train de faire des coucous par le haillon aux voitures suiveuses, sympas les gosses.
– Dis Bourzig, nous à votre âge, on faisait pas coucou, on faisait des grimaces, c’est quoi ce travail ?!?! Ahahahahah !!!!!
– On peut ???
– C’est pas « on peut », c’est « on doit »… ahahahahahah !!!!
– Dac

Heu…

C’est ainsi que pour une petite vanne ne valant pas tripette, je perdis le contrôle de la situation (pour Isabelle, je fumerai pas mercredi matin, rapport au souffle) et que l’ambiance bon enfant dégénéra lamentablement.
Car ils se mirent à faire des grimaces immondes (pasqu’elle a une de ces pêches Isa !!), exhibant des visages répugnants aux automobilistes innocents, des trucs pas croyables, à la limite de la légalité, dont je ne les savais pas capables, le nez bien aplati sur la vitre, tirant des langues de trois mètres, les yeux exorbités, se décollant les oreilles, même les filles d’ailleurs, et je me mis à suffoquer devant de telles horreurs…
– Hé m’sieur !! 69 c’est quoi ????
– Des lyonnais, allez-y !! Lâchez-vous !!!!

D’ailleurs, je tiens à m’excuser ici auprès de ce couple de lyonnais (de toute façon, je vous tiens au courant, pour Isa), sans doute des retraités, outrés par mes 6e4, mais vous le savez, les gosses de nos jours sont complètement incontrôlables, et croyez bien que j’ai sévi comme il se doit. Encore toutes mes excuses !!!!
– Hé !!! Remettez une couche aux lyonnais !!!! Ahahahahahahah !!!!

Quand Isabelle fit son apparition :
– Mais qu’est-ce qu’ils font ????
– Ah j’sais pas moi heu… y font coucou aux gens peut-être…
– NON MAIS VOUS ALLEZ ARRÊTER ÇA OUI !!!!!!!

Merde.

Solidarité entre collègues oblige, je décidai immédiatement de la soutenir :
– NON MAIS VOUS VOUS CROYEZ OÙ ????
– Mais m’sieur, c’est vous qui…
– Ben c’est ça, traite-moi de meneur tant qu’on y est !!!! Ah ben c’est la meilleure ça !!! Vous manquez pas de toupet !!!!
– Hé m’sieur, y’a une voiture qui fait des appels de phares…
– Ah oui ??? Fais voir… ah, c’est les gendarmes… ouais… y doivent chercher le clignotant… heu…dites… vous avez fait des grimaces aux gendarmes ???
– …
– HÉÉÉÉÉ !!! VOUS AVEZ FAIT DES GRIMACES AUX GENDARMES ????????

Putain de merde.

– PLANQUEZ-VOUS !!!!!
Je m’affalai sur la banquette, à la recherche d’oxygène, désespéré, ok, je vais aller en taule, merci les gamins, les gendarmes, je suis beau, merci Bourzig…

C’est donc tous assis sur l’ultime banquette, bien serrés les uns contre les autres, puisque n’en menant pas large, veillant surtout à ne pas faire dépasser nos têtes, et en silence, que nous achevâmes le retour en bus, vers notre pimpant collège.

– M’sieur, on peut aller en prison pour ça ???
– Moi non, mais vous…

Posté par Charly Le Prof à 13:00 - Commentaires [31] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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