30 mars 2008
Prof embedded (6/6)
Partie 6 : ben là c’est fini, après y’en a plus.
Nous regroupâmes (c’est moche regroupâmes non ???) les gamins et procédâmes (là c’est encore pire) à un ultime comptage (comptage j’aime bien), avant de leur demander de rejoindre le bus, ce qu’ils firent sans se faire prier et dans un bordel sans nom (au fait, avec Isabelle, ça gaze).
Vous avez déjà vu un envol de 6e4 ??? Le soir au soleil couchant ??? Bon là, c’était l’après midi, mais mon dieu que c’était beau. Et c’est tout attendri (mercredi après midi, elle vient prendre le café) que je les regardais dessiner de subtiles volutes avec leurs petits bras (là, j’suis en train de potasser, vous allez comprendre), leurs petites jambes, sautant de flaque en flaque, que c’était beau, bousculant les touristes révulsés, nous laissant le soin de les excuser, ah les vilains polissons, piétinant les pelouses, le tout avec une jubilation poignante et particulièrement sonore. Ah !!! La douce insouciance de cet âge !!! Tout ça parce que l’un d’entre-eux avait promis que le premier arrivé au bus aurait gagné (pasqu’une prof d’histoire, j’ai jamais fait). Gagné quoi ?? Nous ne le saurons jamais, mais tout n’est pas accessible au monde des adultes, loin de là.
Ah !!! Que d’émotions !!!
Nous fîmes un dernier coucou à notre pont du Gard (c’est vrai, j’sais même pas comment ça fait avec une prof d’histoire), et je dois dire que pour mes trois collègues ce fut déchirant, et nous nous installâmes dans le bus, où là, les 6e4 se calmèrent d’un coup, car Isabelle leur distribua le questionnaire.
Ah merde, lus-je (bon, elle est séparée là, sinon je ferai pas) sur leur mines déconfites, car là (j’ai des principes quand même), malheur à ceux qui n’avaient pas écouté, et ils étaient nombreux. Et ils se mirent à bûcher.
Je dois dire que le silence ambiant m’angoissait quelque peu, car autant de gamins produisant si peu de bruit n’était pas à mes yeux chose normale (d’ailleurs, faut qu’je change la housse de couette).
Alors pour dissiper mon inquiétude, je m’occupai à compléter moi aussi le questionnaire sous l’œil amusé d’Isabelle :
– Dis Isabelle, si j’ai bon, j’aurai vingt ???
– Ben je sais pas… mais j’aimerais autant t’évaluer sur un autre type d’activité….
– ?!?!...
Oh putain, la pression qu’elle me met Isabelle, va falloir que je révise tout bien avant alors, putain… ben dis donc, si faut passer des partiels maintenant…
Et enfin, après qu’Isabelle eut commenté le questionnaire (j’avais une machine à faire, ben ça attendra jeudi) avec les gamins, le volume sonore s’amplifia et remplit l’habitacle, nous retrouvions une situation normale. Je rejoignis le fond du bus, où je retrouvai mes mousquetaires et quelques filles en train de faire des coucous par le haillon aux voitures suiveuses, sympas les gosses.
– Dis Bourzig, nous à votre âge, on faisait pas coucou, on faisait des grimaces, c’est quoi ce travail ?!?! Ahahahahah !!!!!
– On peut ???
– C’est pas « on peut », c’est « on doit »… ahahahahahah !!!!
– Dac
Heu…
C’est ainsi que pour une petite vanne ne valant pas tripette, je perdis le contrôle de la situation (pour Isabelle, je fumerai pas mercredi matin, rapport au souffle) et que l’ambiance bon enfant dégénéra lamentablement.
Car ils se mirent à faire des grimaces immondes (pasqu’elle a une de ces pêches Isa !!), exhibant des visages répugnants aux automobilistes innocents, des trucs pas croyables, à la limite de la légalité, dont je ne les savais pas capables, le nez bien aplati sur la vitre, tirant des langues de trois mètres, les yeux exorbités, se décollant les oreilles, même les filles d’ailleurs, et je me mis à suffoquer devant de telles horreurs…
– Hé m’sieur !! 69 c’est quoi ????
– Des lyonnais, allez-y !! Lâchez-vous !!!!
D’ailleurs, je tiens à m’excuser ici auprès de ce couple de lyonnais (de toute façon, je vous tiens au courant, pour Isa), sans doute des retraités, outrés par mes 6e4, mais vous le savez, les gosses de nos jours sont complètement incontrôlables, et croyez bien que j’ai sévi comme il se doit. Encore toutes mes excuses !!!!
– Hé !!! Remettez une couche aux lyonnais !!!! Ahahahahahahah !!!!
Quand Isabelle fit son apparition :
– Mais qu’est-ce qu’ils font ????
– Ah j’sais pas moi heu… y font coucou aux gens peut-être…
– NON MAIS VOUS ALLEZ ARRÊTER ÇA OUI !!!!!!!
Merde.
Solidarité entre collègues oblige, je décidai immédiatement de la soutenir :
– NON MAIS VOUS VOUS CROYEZ OÙ ????
– Mais m’sieur, c’est vous qui…
– Ben c’est ça, traite-moi de meneur tant qu’on y est !!!! Ah ben c’est la meilleure ça !!! Vous manquez pas de toupet !!!!
– Hé m’sieur, y’a une voiture qui fait des appels de phares…
– Ah oui ??? Fais voir… ah, c’est les gendarmes… ouais… y doivent chercher le clignotant… heu…dites… vous avez fait des grimaces aux gendarmes ???
– …
– HÉÉÉÉÉ !!! VOUS AVEZ FAIT DES GRIMACES AUX GENDARMES ????????
Putain de merde.
– PLANQUEZ-VOUS !!!!!
Je m’affalai sur la banquette, à la recherche d’oxygène, désespéré, ok, je vais aller en taule, merci les gamins, les gendarmes, je suis beau, merci Bourzig…
C’est donc tous assis sur l’ultime banquette, bien serrés les uns contre les autres, puisque n’en menant pas large, veillant surtout à ne pas faire dépasser nos têtes, et en silence, que nous achevâmes le retour en bus, vers notre pimpant collège.
– M’sieur, on peut aller en prison pour ça ???
– Moi non, mais vous…
25 mars 2008
Prof embedded (5/6)
Partie 5 : voilà, c’est presque la fin.
L’après midi, musée pour tout le monde !!!!
Une épreuve pour chacun d’entre-nous.
Très chouette le musée, vaste, avec tout un travail sur l’eau, des sons, des animations, des activités, sympa quoi.
J’avais pris en charge à la demande des collègues les glandouilleurs susceptibles de provoquer une catastrophe à tout moment. J’assurai donc la fonction de garde rapproché auprès de mes mousquetaires.
Ainsi, très vite, s’est installé un petit jeu entre-nous, qui consistait pour mes canards à me semer le plus rapidement possible, afin de pouvoir se livrer en toute quiétude à une franche déconnade. Nous étions donc investis de missions opposées, dotés d’objectifs contraires, à savoir, pour eux, la mise en œuvre d’un relatif bordel, en ce qui me concerne, le maintien du statu quo, ou vu les circonstances, l’imposition sans les mains d’une forme de pax romana.
C’est donc en nous épiant, mine de rien, que nous avancions. Je me tenais à distance respectable afin de conserver un panorama complet de mes ostrogoths, et ceux-ci commencèrent par faire mine de s’extasier devant un minuscule caillou :
– Ooooooh !!!! Qu’il est joli !!!!!!!
Afin certainement de me faire croire à leur soudain intérêt pour ce cailloux utilisé pour l’édifice, mais je ne fus pas dupe, et dus avec regret les informer que je fus élève moi aussi, et que je connaissais assez bien les ficelles, et que toute tentative pour me prendre pour un con était vouée à l’échec.
Un peu plus loin, découvrant une sorte de d’échafaudage, un échafaudage en fait, et pris certainement par une subite démangeaison de l’escalader, avant que de le foutre en l’air, ils me regardèrent avec un grand sourire bien faux-cul, auquel je répondis avec un sourire qui l’était tout autant, tout en faisant « non » de la tête.
Et oui, car ce musée de l’eau, était rapidement devenu le musée de l’eau bénite pour mes mousquetaires, qui tout en regardant dans ma direction, des fois que je regarde ailleurs, n’avaient qu’une envie, c’est d’y foutre la main.
– Oh m’sieur, l’eau elle est froide.
Ils y ont donc foutu la main
C’est ainsi que nous déambulions, cahin caha, échangeant nos hypocrisies, et l’air était si fortement chargé en conneries potentielles, que je dus prendre la précaution de régler mon détecteur sur alerte maximum.
Et elle arriva.
La connerie.
Mais pas d’où je l’attendais.
Car à force de précaution et de surveillance excessive, et voulant prendre à cette fin un raccourci, je passai derrière un écran et là, dans la pénombre, je m’empéguais proprement les pinceaux dans des câbles gisants, et me vautrait tel quel, en l’état, abandonnant au passage toute parcelle d’élégance, dans le fatras de fils, laissant échapper un « putain de merde » bien senti, mais sonore, qui fit de moi la star incontestée du musée et le gaulois le moins discret de tout l’empire romain.
Me relevant sans peine, en raison d’une forme époustouflante, j’époussetai mon veston, tandis que les collègues avec de gentils sourires compatissants s’inquiétaient doublement, et de ma santé, et du lieu de mes déambulations, mais je les rassurais sur les deux points, en arborant cet air dégagé et désinvolte qu’ont les noyés à peine secourus. Je mesurai d’un coup que je venais de perdre dans l’affaire quelques onces d’autorité devant mes mousquetaires. Mais ces derniers se gardèrent bien de fanfaronner, et ils firent bien, car ayant à ma disposition tout un assortiment de lances romaines, il valait mieux pour eux ne pas trop me taquiner.
Mais le comble, cher lecteur, c’est qu’en sortant de cette zone à risque, en raison d’un câble assassin tapi sournoisement dans l’ombre, je m’empéguais de nouveau et m’affalais avec une aisance déconcertante une seconde fois, mes bras dessinant dans l’air de graciles arabesques, mais en silence ce coup-ci, par pur respect du lieu, et je m’emplâtrai joliment, embarquant l’écran au passage, et tout un tas d’accessoires divers et variés, dont je serais curieux de savoir, à l’occasion bien sûr, sans vouloir déranger, qui en est le responsable ici… à l’occasion quoi… PUTAIN DE BORDEL DE MERDE !!!!!!!
Alerté par la toute discrète déflagration de ma chute, tout le monde rappliqua de nouveau, et s’enquit de ma santé. Je rassurai tout le monde quant à mes capacités à tenir debout plus de cinq secondes, et jetai un œil vers mes mousquetaires. Bourzig s’approcha et balançant la tête, visiblement affecté :
- Hé dites monsieur, faut toujours vous avoir à l’œil vous…
Je ne fis aucun commentaire.
À suivre…
24 mars 2008
Prof embedded (4/6)
Partie 4 : un peu plus loin qu’avant, mais pas trop en fait.
Enfin au calme.
Pour le pique nique, les gamins se sont installés comme ça, devant le pont, sur les murets, les trottoirs, et y’avait du 6e4 partout. Et nous, sur un coin d’herbe, avec Isabelle et les autres profs, Graziella et Muriel. Et j’ai enfin pu sortir mon saucisson, que j’ai littéralement agressé, tandis qu’Isabelle se délectait d’un savoureux et onctueux yaourt Bio.
Quelle gourmande celle-là.
En fin de matinée, j’avais pris soin d’acquérir contre quelque menue monnaie, une paire de canettes de bière allemande. Ce fut pour moi l’occasion de contribuer à la tonalité du jour, par l’évocation discrète d’une autre célèbre invasion.
Je suggérais d’ailleurs à Isabelle une idée de feuilleton, car après tout, « Les envahisseurs » avaient eu beaucoup de succès, alors pourquoi pas « Les envahis » ???
Après avoir échangé quelques banalités avec les collègues, je pris un sérieux coup de barre, me mis à tanguer et m’apprêtai à couler corps et biens. Je m’adossai donc sur le muret derrière, et informai les collègues que je passais en mode éco.
Somnolant, je ne réussissais pas vraiment à siester, et pour cause, ces dames causaient et riaient, m’empêchant de finaliser mon projet.
Mais comment faire pour éloigner ces dames ???
Très simple en fait, j’ai juste dit ça :
– Dites les filles, vous avez vu le phallus gravé au centre du pont ????
– Le phallus ??? Qu’est-ce que tu racontes…
– Ben ouais, les romains ont signé leur ouvrage avec un super phallus, un méga truc d’ailleurs… putain…
– Ah bon ?!?! C’est vrai ?!?! Mais où ça ????
– Ben là, pile poil au milieu du pont….
Et ces dames se levèrent, comme un seul homme. Aaaaaaah !! La passion de l’histoire !!
– Où ça ??? On voit rien…
– Ah oui mais là on est trop loin, faut s’approcher…
– Ah ben attends, on va aller voir alors, où tu dis ???
– Ben en fait, au milieu, attendez… je compte les blocs, un deux… douze… quarante… cinquante-quatre, voilà, vous comptez cinquante-quatre blocs depuis cette arche-là, et sept depuis le sommet et il est pile poil là…
– Ok ben on y va alors… ben dis donc…
– C’est ça oui, vous me raconterez hein ????
Et elles s’éloignèrent, emportées par la soif de connaissances, avides de culture, et toutes frétillantes.
Voilà, fastoche en fait.
Et je me retrouvai peinard pour un moment, car avant qu’elles le trouvent le phallus, j’avais une bonne demi-heure devant moi.
Mais quand la malchance s’en mêle. Amina, Fanny et Anaïs se pointèrent, encore trois nanas, décidemment :
– Hé m’sieur, elles vont où ???
– Elles vont s’instruire, et rêver un peu les enfants.
– ?!?!...
– Hé m’sieur, vous pouvez m’ouvrir ma Vache qui rit ??
– Bien sûr, fais-moi voir ça… alors… comment ça marche ce truc… ben dis donc… y’avait pas une notice avec ?? … attends… peut-être qu’en appuyant un peu… Et merde… Oh putain… scuse…
– Ben, ma vache qui rit…
– Ben oui mais bon, depuis qu’y z’ont simplifié le système, on arrive plus à ouvrir… mais attends, regarde… y’en reste un peu…
– Ben, ma vache qui rit…
– Oh hé dis, tu vas pas porter plainte non plus !!! Heu… bon ben excuse-moi, attends, je vais te filer un Nuts à la place, tu verras, c’est beaucoup moins calorique, et pis t’arriveras à l’ouvrir lui…
– Ben bien sûr… quand même…
– On peut en avoir aussi m’sieur ???
– Mais bien sûr les enfants.
Putain, trois de Nuts de perdu, fait chier.
Là-dessus, Muriel déboule essoufflée :
– Dis Charly, on a compté, mais on trouve pas…
– Ah bon ??? C’est curieux… ben attends je recompte… un deux… seize… trente-deux… cinquante-quatre, ben non c’est ça pourtant…
– Ok, ben j’y retourne alors, cinquante-quatre tu dis ??? Et sept depuis le sommet ???
– Oui oui c’est ça…
Tu parles que je me suis amusé à compter.
Bon, ben j’avais plus sommeil, du coup.
Alors j’ai surveillé les gamins, tant pis.
À suivre…
23 mars 2008
Prof embedded (3/6)
Partie 3 : un peu après le milieu
Qu’est-ce qu’il est beau notre pont du Gard.
Hé, quand j’étais gosse, je pensais qu’un pont c’était pour faire passer des voitures, des camions, ou des trains, et même des vélos. Alors quand on nous a dit que c’était pour faire passer de l’eau, ben on a été vachement surpris, d’autant que de l’eau, il en passe juste en dessous, alors on s’est dit qu’ils étaient pas bien malins ces romains.
Enfin, a priori quoi.
Alors Isabelle elle a vachement bien expliqué, pourquoi y z’avaient fait ça, que les romains y voulaient se laver à Nîmes avec de l’eau d’Uzès qu’était à cinquante bornes, ben ouais, pourquoi pas, et qu’y z’avaient fait une route pour l’eau, un aqueduc, du latin aqua, tiens, comme Aqua Velva, et que le pont en faisait partie, que ça s’appelait un viaduc, et que c’était un sacré boulot cet aqueduc, du latin aqua, qu’ils avaient creusé des galeries, et toujours bien en pente, pour pas que l’eau elle monte.
Enfin, in fine quoi.
Et Isabelle m’a demandé de prendre le relais, comme ça, vu que je connaissais un peu, et de leur parler du contexte, au pied levé.
Je profite de l’occasion pour la remercier ici de m’avoir prévenu largement à l’avance, et la rassurer aussi, parce que cinq secondes, c’était largement suffisant. Merci Isabelle !! Si si j’y tiens.
– Ok, bon, donc les romains ont réalisé de nombreux ouvrages, tel que ce viaduc, ouvrages qui faisaient partie de vastes projets menés par l’occupant romain afin de viabiliser le pays, notre pays les enfants, la gaule… ce qui doit être très drôle puisque ça fait rire Brizouille… c’est drôle hein Brizouille ?? Bien. Vous écoutez s’il vous plaît !!! OOOOOOOOOOOOOOH !!!!! Ok, c’est donc à force de routes, d’aqueducs, mais aussi d’ouvrages tels que les théâtres, et aussi disons-le, grâce à un certain art de convaincre, qu’ils surent délicatement imposer leur civi… hé, Amina, tu crois que je parle pour qui là ??? Tu veux que j’te passe une brosse pour te recoiffer ??? Anaïs !!!! Tu veux pas te faire les ongles des pieds aussi ?!?! … bon, j’en étais où… . ah oui… Aaaaaah !!! Ces vaillants romains qui surent civiliser l’Europe entière, ces inlassables bâtisseurs qui jalonnèrent leurs conquêtes de magnifiques ouvrages, alors que deux mille ans après, là, sous nos yeux, notre Bourzig, hilare, qui n’en a strictement rien à foutre de ce que j’raconte, se chamaille avec Anaïs, ce qui commence à SÉRIEUSEMENT M’EMMERDER D’AILLEURS!!!!
– Mais c’est elle m’sieur !!!
– J’veux pas le savoir !!! La prochaine fois que je m’interromps par votre faute, je confisque le Coca, c’est clair ??? D’ailleurs donnez-moi ce Coca… DONNEZ-MOI CE COCA !!!! Voilà… j’le mets là…comme ça… vous m’emmerderez plus avec ça… et toc… bien fait pour vous… Donc les romains, qui eux ne s’emmerdaient pas à visiter le pont du Gard, et pour cause, ni à expliquer à des buveurs de Coca l’utilité de transporter de l’eau, les romains donc, surent, comme on l’a vu, dynamiser le pays, comme quoi, la colonisation peut avoir des aspects positifs, voilà, c’est dit, vous l’avez bien cherché… Anaïs !!! Tu recommences ?!?! Ok, regarde ce que je vais faire avec ton Coca, regarde bien… voilà… je le vide… a plus Coca…. a pus… fini… terminé… viertig… et hop, une affaire réglée…
– Tu veux que je te remplace Charly ???
– Non ça va très bien merci.
– Hé m’sieur !! Les romains y parlaient quelle langue ???
– Le chinois !! Bon, pour en revenir à notre sujet, ayons une pensée émue pour nos ancêtres les gaulois, qui en raison de toute cette eau, durent renoncer à leurs habitudes ancestrales, et commencer à se laver tous les jours. Encore aujourd’hui ces contraintes imposées par les romains sont très mal vécues par certains, mais… bon là, ça commence à bien faire, qu’est-ce qui se passe encore ??? Quoi le chien ??? Alors si je comprends bien, y’a un chien qui passe et tout le monde regarde quoi !!! Non mais si ça vous intéresse pas, vous le dites, on reprend le bus, et je vous préviens, c’est contrôle surprise en arrivant, c’est pigé ??? Pourquoi tu ris toi ???
– Ben pasque vous avez dit que vous préviendrez alors que pour un contrôle surprise on prévient pas…
– Que tu es gentille, que tu es brave de me rappeler la règle, et tu vois, ça ne m’énerve pas du tout, mais alors, à un point, tu peux pas t’imaginer…
– Bon ben Charly, je vais continuer, merci…
– Attends Isabelle, non mais regarde-moi les…. non mais c’est pas vrai… HÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉ !!! On peut savoir pourquoi vous vous bagarrez tous les deux ??? Attends, bouge pas, tu vas voir… donne-moi ces Kinder… DONNE-MOI CES KINDER MERDE !!!! NON MAIS TU VAS M’LES DONNER OUI !!!!!!! Voilà, et bien regarde-les bien tes Kinder… pasque c’est la dernière fois que tu les vois… pasque je vais les bouffer moi tes Kinder… ah ça… tu l’as bien cherché…et d’un… grdgkdjd… et de deux… hummm…miam miam les Kinder…
– Ok, et bien on peut dire merci à monsieur le prof, et maintenant, je vais vous parler du questionnaire…
Et cetera.
Voilà.
C’était donc un rapide aperçu de cours en plein air, un poil exagéré, je vous l’accorde, mais pas tant que ça, où il était question de replacer l’édification du pont dans le contexte de l’époque, cours magistral non ???
Hein ?? Oui je sais, mais c’est tout le problème lorsque le 6e4 quitte son habitat naturel, le collège, il retrouve ses instincts sauvages, et il devient très difficile à manier.
Voire belliqueux.
À suivre…
21 mars 2008
Prof embedded (2/6)
Partie 2 : un peu avant le milieu
Un des problèmes rencontrés lors des trajets en bus, c’est le manque de coordination.
En effet, personne n’a envie de faire pipi au même moment.
La vie est mal faite parfois.
Et c’est tout un art de savoir faire patienter les impatients, car il arrive bien souvent, que pour leur expliquer la patience, il faille sérieusement s’énerver. C’est comme gueuler pour leur demander de se taire, encore un cas typique de pédagogie basée sur l’art délicat du contre-exemple. Car adroitement utilisé, avec un brin d’impulsivité, un poil d’emportement, accompagné par quelques convulsions et délicatement ourlé d’un volume sonore adéquat, il agira tel un répulsif et marquera les esprits à jamais.
Très important le contre-exemple en pédagogie.
Donc je suis allé à mon tour réclamer la pause pipi, et en tant qu’adulte, le chauffeur a daigné m’écouter et encorner son planning afin de faire une courte pause.
J’attendais au fond du bus l’arrêt salvateur, avec quelques garçons de 6e4, lorsque Isabelle m’interpella :
– Hé Charly !! On s’arrête pour la pause !!! Ceux qui veulent faire pipi !!! C’est le moment ou jamais !!!
Très important le choix en pédagogie.
Et nous nous apprêtions à sortir avec les garçons quand…
– Attends Isabelle, c’est là qu’on fait la pause-pipi ???
– Ben oui… pourquoi ?!?!
– Mais c’est pas possible…
– Ah bon ?!?!?
– Mais Isabelle… on peut pas faire pipi… Y’A PAS D’ARBRES !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Non mais c’est vrai, elle est marrante elle, on fait comment pour faire pipi si y’a pas d’arbres ??
Hé, je suis désolé, mais ça a toujours été comme ça, pour faire pipi, y faut un arbre, pasque les garçons y font contre, et les filles, derrière. Depuis la nuit des temps c’est comme ça, on va pas tout chambouler pour faire plaisir à madame non ?!?!
Alors Bourzig, il a dit qu’il y avait des arbustes.
– Tu te trouves drôle ???
Oui ben j’sais pas, mais aux dernières nouvelles, un arbuste c’est pas un arbre.
Moi j’veux un arbre.
Pas d’arbre, pas d’pipi.
Alors Isabelle a dit que j’étais un peu tête de lard dans mon genre, mais j’ai répondu que si on baissait les bras, même pour faire pipi, ben devant la mondialisation on allait perdre notre culture, nos traditions ancestrales et même les préhistoriques, voire celles d’avant.
– Bon ok, dis Charly, tu souhaites un genre d’arbre particulier ??? Un résineux, une essence exotique ??
C’est ça, fous-toi de ma gueule, et pis bonjour, elle qu’a envie de faire pipi toutes les cinq minutes…
– Allez-y, roulez, j’vous dirai…
Alors on a repris la route et tous les gamins y regardaient par la fenêtre, et dès qu’y voyaient un arbre y faisaient :
– Héééééé !!! M’sieur !!! Un arbre à droite !!!!
– Où ??,
– Làààààààààààààà !!!!!!!!!!
Alors je regardais et je disais :
– Trop p’tit !!!!!
Et même des fois :
– Hé m’sieur !!!! Là un autre !!!!!!!
– Où ?????
– LÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀ !!!!!!!!!!!!!
– Trop gros !!!!!!!!!
Alors y faisaient :
– ?!?!?...Oooooooooooooooooooh !!!!!! … Mais on va jamais trouver alors…
Et Bourzig est revenu à la charge :
– Ben moi m’sieur, un arbuste ça m’allait bien…
Décidemment, aucune ambition ce Bourzig.
Aaaaah !! Ces gens qui se contentent de ce qu’ils ont, alors qu’ils pourraient tout aussi bien se lamenter de ne pas l’avoir, c’est consternant, enfin, ne médisons pas.
– Attends Bourzig, faut viser plus haut dans la vie, heu…
Et là, d’un coup, venant du fond du bus, est arrivée l’annonce tant attendue :
– HÉÉÉÉÉÉÉÉÉ !!!! M’SIEUR !!!!! LÀ Y’EN A PLEIN !!! ET DES MOYENS EN PLUS !!!!
Ben voilà, y suffisait d’être patients.
Voilà.
Mais putain, t’aurais vu comme on s’est précipités sur les arbres, et comment qu’on t’les a arrosés joli, ben mon salaud.
– Alors Bourzig, c’est pas sympa un arbre ??
– Ben c’est vrai, ça rien à voir en fait…
Quand j’vous l’disais.
À suivre…
19 mars 2008
Prof embedded (1/6)
Partie 1 : le début
Je savais que cette sortie au pont du Gard était prévue, qu’elle avait lieu un jeudi, que les 6e4 en étaient, ainsi qu'une autre classe, et que je ne n'y couperais pas.
J'ai bien essayé de ruser, de mentir, de prétexter, de tousser, de boiter, mais quand la principale adjointe m'a fait son plus beau sourire, j'en ai accepté l'augure, d’autant qu’en fait, elle ne m’a pas laissé le choix.
Les sorties en bus avec une cinquantaine de gosses, en général j'évite. Mais Isabelle, en tant que prof d'histoire étant de la fête, je vis là une opportunité de défricher le long chemin qui mène à ses charmes. Bien que je découvris assez vite, qu'elle me proposait un raccourci.
Le pont du Gard, enfant déjà, j'y eus droit, car c'est un rituel dans le coin. Pont du Gard et moulin d'Alphonse Daudet forment les fondamentaux des sorties scolaires locales, les incontournables du cursus indigène, le pèlerinage historico-littéraire de l’élève autochtone. Alors le pont du Gard est devenu un peu ma résidence secondaire, et je suis à chaque fois ébloui. Et j’avoue une vraie tendresse pour ces travaux d’Hercule faits par des romains et sous-traités à des gaulois, main d’œuvre locale nombreuse et peu coûteuse, ces gaulois, mes aïeux, papi mamie, snif.
Dans ce genre de sortie, j’ai le rôle d’accompagnant, et c’est tant mieux, alors je laisse les collègues armés de leurs outils pédagogiques ferrailler avec la ribambelle, tout en fichant une paix royale à ma quiétude républicaine.
Chargé à l’issue du briefing de faire régner un semblant d’ordre scolaire au fond du bus, je me vautrai au centre de l’ultime banquette, immergé en 6e4, mon petit sac à la main, empli de quelques cochonnailles pour le casse-croûte et de Corona, que j’avais pris soin de dissimuler dans un thermos, et que je fis passer pour du jus de pomme auprès de mes 6e4, intrigués qu’ils étaient par la clarté de mon café.
Nous devisâmes longuement avec les moufiots sur les assortiments de chewing-gum qu’ils avaient embarqués, et je tastai avec le plus grand sérieux leurs échantillons, commentant et notant, ce qui provoquait soit des enchantements, soit de terribles déceptions.
Le bus a sur moi un effet anesthésiant assez gênant. De plus, étant installé au fond, je me sens un peu comme ces bébés qui rechignent à s’endormir, et que l’on installe tard le soir sur leur siège, à l’arrière de la voiture, avant de tourner dans le quartier afin qu’ils s’assoupissent, bercés par la houle automobile, tandis que le bruit du moteur, agissant comme une berceuse, finit de les anéantir.
Il y a du bébé en moi, et je ressens aussi cette douce quiétude de fond de bus, alors je laisse le sommeil m’envahir, sommeil dont j’impose la qualité par quelques injonctions de silence relatif à destination des 6e4, qui s’exécutent sur le champ, qu’est-ce que je suis vache quand même.
C’est Isabelle qui mit fin à mes rêveries :
– Mais je vois qu’on assume pleinement ses fonctions d’accompagnant !!!
– Ben oui, on est bientôt arrivés ??
– Oui, on passe à Bagnols sur Cèze, tu connais ??
Tu parles que je connais, j’y ai vécu quelques années.
Ah !!! Les souvenirs de brochettes chez Émilio, de trop de rosé aussi, la Roque sur Cèze, ce petit resto italien, hé oui. Mais les souvenirs aussi de quelques départs en urgence du logis de ces dames. Car comme toujours, le premier soir, du fait de mon charme exquis, elles veulent toutes m'épouser, mais le deuxième, en général, ça se gâte. C’est ainsi qu’en raison de ma goujaterie légendaire, elles me coursent dans tout l’appart avec des ustensiles de cuisine dont elles détournent l'usage, pour m'étriper, malines qu'elles sont, une vraie manie.
Si vous saviez le nombre de balcons qui m'ont sauvé la vie, il faudra bien qu’un jour je leur rende hommage.
Enfin bref, j’ai estimé qu’il valait mieux ne pas se montrer à la fenêtre du bus.
À suivre…
12 mars 2008
Déguisée en fleur chez les 6e4
J’vous ai pas parlé de Pitchoune ??? Z’êtes sûrs ??? Z’avez regardé dans les archives ???
Ben ça m’étonne, pasque Pitchoune, c’est une sacrée pitchoune.
Entre nous, c’est total bonheur, oui, happy days quoi.
Ça a commencé dès le début de l’année, j’ai su d’entrée que c’était elle, elle a su aussitôt que c’était moi, son prof de techno.
Beaucoup de qualité la pitchoune, brillante, consciencieuse, mais une tendance à faire la gueule, mais alors, pour un oui ou pour un non, voire un peut-être, et à moi en particulier.
Bon, j’ai l’habitude que les nanas me fassent la gueule, je ne m’en formalise pas, c’est comme ça. La dernière fois c’était une joliette qui avait insisté pour que je voie un film au ciné, et je me suis endormi devant.
Donc très mauvais esprit la joliette, pasque bon, ça arrive ces choses-là.
Pitchoune.
Un petit air qui vous prend de haut, mais qui me laisse de marbre. Alors évidemment, des difficultés avec les autres, en raison d’un égoïsme militant dont elle abreuve l’effectif avec une vraie générosité. C'est son altruisme paradoxal. Car il semblerait que la Pitchoune soit au cœur d’une galaxie Pitchouno-centré dont le soleil ne serait qu’un vague satellite. Et plutôt pâlichon, le satellite, mais heureusement enchanté, oui, c’est ça, comme béni en fait, car éclairé par la belle.
Donc ma Pitchoune, elle voudrait que je l’interroge plus souvent, voudrait se mettre à mon bureau pendant les contrôles, voudrait moult avantages et privilèges, alors elle me fait des scènes terribles. Genre, je lève plus la main pendant les cours, je regarde le plafond quand on me parle, je traîne pour sortir mes affaires, enfin bref, de véritables provocations quand ce ne sont pas véritables déclarations de guerre. J’vous dis pas les pétoches que j’me paye.
Mais je fais preuve de sang froid, et je ne réagis pas.
Ben non, parce que c’est ce qu’elle cherche en fait.
Héhé.
Alors moi aussi je regarde ailleurs, et quand elle demande un truc, c’est marrant, j’entends pas bien.
Et pis langue de vipère en plus, genre, ben vi, vous interrogez toujours les mêmes, sont vos chouchous alors, c’est pas juste, qu’elle fait la pitchoune. Bah c’est de bonne guerre, alors je l’interroge et elle fait :
– C’est trop tard.
Si si, elle est comme ça, j’vous jure.
J’sais pas vous, mais moi j’adore les gens qui font la gueule pasque c’est un vrai bonheur de les taquiner, ou carrément les emmerder, tant qu’à faire.
C’est vrai, j’aime bien.
Alors la pitchoune, je la plaisante un peu :
– Ben, tu fais la tête ?!
– Pfff, j’fais pas la tête…
– Oh j’ai bien l’impression que si…
Alors elle hausse les épaules et elle fait :
– N’importe quoi…
Mais non.
Et pis les gens qui font la tête, des fois, c’est dur pour eux, pasqu’y z’arrivent pas à arrêter de la faire.
Alors faut les aider un peu pour arrêter, mais jamais directement, pasque c’est grand pire.
Alors l’air de rien, je m’approche de Pitchoune, et je la regarde travailler et je fais :
– Très bien ça.
Et tout de suite, je m’éloigne pour voir un autre élève, comme si de rien n’était.
Et pis au bout d’un moment j’entends la pitchoune :
– Et là m’sieur, c’est bien aussi ???
Voilà, ça va mieux, elle est revenue de son faisage de gueule, fastoche en fait, alors je la rejoins, je regarde et je dis :
– Ah non, là c’est moins bien.
J’suis vache des fois non ??
Alors re-faisage de gueule, et je fais :
– Là tu veux dire ??? Ah oui c’est très bien.
Re-arrêtage de faisage de gueule, mais là je dis plus rien.
Ouf.
Et un jour, elle m’a fait une scène terrible.
Je lui rends un contrôle, excellent d’ailleurs puisque elle avait dix-huit sur vingt. Mais comme d’habitude elle a vingt, ça lui a fait comme un choc, une espèce de commotion au niveau de l’ego. Car oui, il y a des élèves comme ça, en dessous de vingt, t’es qu’une grosse merde. C’est pas mon Bourzig qui me ferait une scène pareille, car pour les mousquetaires, toute note supérieure à zéro est Collector, même un sur vingt, d’ailleurs je vous rappelle leur devise : un pour tous et tous pour un. On ne peut être plus clair.
Alors elle a dit que c’était tout simplement pas possible, que j’avais dû me tromper, et que ce serait bien de rectifier mon erreur et pronto please.
Sous la pression de ce mètre quarante de féminité exacerbée, je me suis empressé de vérifier la copie, et de confirmer l’outrage. Elle a maintenu que j’avais fait une erreur, je lui ai répondu que si erreur il y avait, elle était juste, elle n’en démordit pas, je l’ai gentiment envoyée paître, et vous savez ce qu’elle a fait ???
Ben elle a déchiré sa copie, comme si c’était la mienne, telle une fin de non-recevoir, et hop, répudié le prof de techno, et j’ai cru partir à la renverse, avant de partir en fou rire, devant son sale petit caractère.
Aussi ce soir, je pense avec émotion à l’heureux élu qui dans quelques années se coltinera ma Pitchounette, et qui, après une médiocre prestation nocturne, se verra indiquer la direction de la porte, qu’il franchira penaud, rejoignant ainsi la cohorte des bannis de la belle, dont ce jour-là, je fis partie.
10 mars 2008
Tentative de transversalité des enseignements
Ça y est !!!! Une prof de français !!! Ma première !!!
Depuis le temps que j’en rêvais, et bien c’est fait !!!
Et puis plein d’affinités en plus !!!
Ah !!! Quand la technologie rencontre la littérature !!! Que de conversations passionnantes !!
Aaaaah !!!! Il fallait l’entendre évoquer Victor Hugo, analyser son œuvre, comme ça, sous la couette, entre deux mamours, et parler de la gravité dans ses écrits, alors que du tac au tac, rebondissant sur ses propos, je lui parlais du centre, de gravité lui aussi, dont la hauteur influait directement sur la tenue de route des bolides du championnat du monde des rallyes.
Je ne vous cache pas que ça a eu son petit effet.
Et quand elle m’a expliqué la structure romanesque chez Proust, j’ai aussitôt saisi l’occasion pour lui parler de la structure du nouveau pneu Pirelli en rallye, et sa redoutable efficacité. Elle n’en revenait pas et c’est vrai que lorsque je lui ai dessiné la structure de ce nouveau pneu à même la couette, avec le doigt, elle a fait une drôle de tête.
Tu m’étonnes, tu verrais le rainurage, trop top, j’te jure.
Alors elle a voulu me faire découvrir un poème d’Aragon, sur Elsa, sa copilote y paraît, la musicalité de sa poésie disait-elle, et c’est vrai que ça m’a ému, et du coup, j’ai sauté à pieds joints sur l’opportunité pour imiter la symphonie des quatre cylindres turbocompressés du moteur de la Citroën C4 de Sébastien Loeb, notre champion du monde, la sonate pot d’échappementesque de ce moteur deux litres, et j’ai cru qu’elle allait pleurer.
Elle a pleuré d’ailleurs, je crois.
Que des affinités j’vous dis !!!
Par contre, au niveau des mamours, elle m’a dit qu’elle me trouvait un peu trop technique.
Ce à quoi j’ai répondu que je la trouvais un peu trop littéraire. Et là, nous étions clairement en désaccord. D’où quelques chamailleries avec les oreillers et des difficultés pour moi de garder un bout de couette pour dormir.
Alors je me suis levé, et comme ça, totale impro, pour nous réconcilier, j’ai déclamé les principes de la suspension hydraulique, et elle m’a dit qu’en matière de suspension, à part les points, elle s’en foutait un peu. Alors, sur un ton très shakespearien, avec toute l’emphase requise, j’ai embrayé sur l’injection électronique que j’ai détaillée point par point, jusqu’à ce qu’elle m’interrompe en disant que si je continuais, elle appelait les flics.
Nous devions en convenir, il y avait hiatus entre nos deux matières.
Je pris acte de son courroux et enfilai mon caleçon, et tout en appelant mes chaussettes, je lui fis remarquer que Victor Hugo n’avait jamais été champion du monde de quoi que ce soit et elle me lança à la figure le cadeau que je lui avais offert le matin même, à savoir, un très coquet roulement à bille pour décorer son garage.
Sale ingrate.
C’est donc en cherchant un hôtel à deux heures du matin, que je dus admettre que cette liaison était une hérésie, que la chaîne de mon désir avait déraillé du plateau de son mépris, que la rustine de mon affection s’était décollée du pneu de son indifférence, que la pompe à vélo de mon amour n’avait pas su gonfler la chambre à air de son désir, que la burette d’huile de ma tendresse n’avait pas su lubrifier les pignons de sa féminité, que la soupape de son affection fut impuissante à évacuer les gaz de mon amour douloureusement comprimés dans l’autocuiseur de ma vie, que le presse-ail de… hein ?? Quoi ?? Hé !! J’suis prof de techno moi !! J’fais c’que j’peux pour expliquer bordel !!!
Et de tout ceci je pâtis.
Sans compter que la dernière chose qu’elle m’ait dite c’est :
- Héééé !! Trouve-toi un mécanicien !!! Ducon !!!
Saleté va.
Et pis bravo, pour une prof de français, quel langage... ducon… enfin, je ne ferai pas de commentaires, je pourrais être désobligeant… mais y’en aurait des choses à dire… enfin bref, passons…
Bon, c’est pas l’tout ça, mais moi, j’ai pommé une chaussette dans c’t’affaire…
05 mars 2008
La fable du mufle et du cochon
Je dois vous faire un aveu.
J’ai un peu honte, car j’ai fait pleurer une élève.
Une élève de 4e, très gentille d’ailleurs, mais qui par malheur s’est aventurée sur un terrain qui est le mien.
Mais avant de m’insulter pour cette triste prestation, je vous propose de revenir sur la genèse de cette affaire, en commençant toutefois par le début.
J’étais en train d’écrire un truc émouvant sur l’étude de marché, c’était un début d’après-midi, donc sous l’effet d’une baisse de tension assez terrible, quand soudain, j’entends un grognement de cochon :
– Hihan, hihan, hihan… etc.
?!?!?
(Putain j’ai un doute là, c’est pas plutôt l’âne qui fait hihan ? Attendez voir, pasque si je me souviens bien, le chat c’est miaou, le chien ouarf ouarf, le canard coin coin, mais le cochon ? Comment ça s’écrit le bruit du cochon ? Bon, je vais tenter strffffff, vous me direz si j’ai bon)
Je reprends :
J’étais en train d’écrire un truc émouvant sur l’étude de marché, c’était un début d’après-midi, donc sous l’effet d’une baisse de tension assez terrible quand soudain, j’entends un grognement de cochon :
– Strffffff strffffff strffffff.
(Ouais, un peu asthmatique mon cochon, mais bon je vais pas non plus y passer des plombes, d’autant que le suspens est à son comble, mais bon, comme c’est un blog tout pourri, j’vais pas non plus trop m'emmerder)
J’enchaîne.
Entendant ce bruit incongru, je me retourne, avec ma tête spéciale « comment se faire des amis », et je balance :
– Qui a fait ça ???
Alors évidemment, ça pouffe, ça ricane, ça couine, quelle bande de faux-cul, et constatant le peu de cas fait à ma requête, je reprends ma rude besogne en pensant des choses moyennement humanistes à leur endroit.
Quand re-soudain :
– Strffffff strffffff strffffff.
Je pose ma craie et je me retourne, lentement. Si vous voulez avoir une idée de ma tête en cet instant, voici une petite astuce.
Vous êtes sur une place de marché, il fait beau, la vie est belle, vous allez faire votre tiercé, et vous voyez Lino Ventura avec des amis, sympa, en train de jouer aux boules, de bien rigoler, la vie est belle quoi. Vous vous approchez de lui, vous le regardez, du coup il vous regarde, et là, vous passez derrière lui et, mine de rien, vous lui mettez la main au cul, en disant « un p’tit câlin mon canard ? ».
C’est bon ?? C’est fait ?? Vous voyez sa tête ?? Ouais ben, la mienne c’était tout pareil.
(Au fait pour Lino Ventura, il l’a sûrement mal pris, alors traînez pas trop dans le coin, enfin, moi, c’que j’en dis)
J’enchaîne.
Et je remarque deux filles au deuxième rang, pouffant un poil plus que les autres.
– C’est vous mesdemoiselles ?????
Coralie :
– C’est moi m’sieur, oh m’sieur, c’était pour rigoler…
Très drôle en effet.
– Tu veux que je te dise un truc Coralie ??? Pour être franc, je trouve que tu imites très bien le cochon, tu as des prédispositions, c’est clair.
– Ahahaahahahahahahahahah !!!!!! Fit la classe dans son ensemble sauf Coralie.
Hé, c’est pas de la super répartie ça ???? C’est pas de la super mise en boîte ??
Bon c’est vrai, légèrement teintée de mauvaise humeur, mais quand même, quel sang-froid, quelle réactivité, j’ai appris ça en pratiquant le thaï kendo, retourner la force de l’adversaire contre lui-même, tout un art (mais là j’ai arrêté le thaï kendo, pasqu’un coup j’ai retourné la force de l’adversaire contre moi-même, du coup, c’était comme s’ils étaient deux, et je me suis foutu une de ces roustes, mon vieux).
Et je reprends le cours, l’épopée de l’étude de marché, et environ dix minutes plus tard les gamins m’interpellent :
– Hé m’s’ieur !! Coralie elle pleure !!
Ah, me dis-je, certainement un petit chagrin d’amour, aaaaaah !!!! Les doux émois adolescents, qui ne durent qu’un instant, Dieu que ceci est touchant, enfin bref, toujours à chialer ces gonzesses.
– Coralie ?? Puis-je faire quelque chose pour toi mon enfant ??
– C’est les garçons, snif, après c’que vous avez dit, snif snif, y z’arrêtent pas de me traiter de cochonne, bouuuuh, snif snif, bouuuuuh, Etc.
Ah merde, j’l’avais pas prévue celle-là.
Du coup j’harangue, j’apostrophe, je vilipende les vilains rustres les menaçant de représailles mais ils me rétorquent, fort à propos, mais avec quelle insolence, jugez-en plutôt :
– Hé m’sieur, c’est vous qui l’avez dit.
Bien.
Je vois qu’y en a qui écoutent, ça fait plaisir.
Si si, j’y tiens, c’est pas si souvent.
Mais je vois surtout que je me suis foutu dans une situation sympa, et qu’il va falloir faire preuve de doigté pour me sortir de cette merde, mais bon, j’en ai vu bien d’autres dans ma vie, et je m’en suis toujours sorti, avec le sourire (petit hommage à Sacha Distel, qui savait conserver un moral d’acier sous une pluie battante, même acide, chapeau).
- Ben oui, c’est vrai que je l’ai dit, mais il ne faut pas toujours répéter bêtement ce que dit le professeur, hein mes poussins ??? Vous le savez ça hein, vous le savez ??
Je leur fis donc un petit laïus, pour l’air de rien me défausser, mais tellement embrouillé, qu’ils n’y comprirent que pouic, et moi non plus d’ailleurs. Mais les garçons tenaient absolument à la pertinence de leur argument, têtus qu’ils étaient, et je dus, la mort dans l’âme, grâce à une subtile menace d’heures de retenue, oh que je regrette, clore prestement nos échanges.
(Non mais oh, y s’croient où eux ?!?!)
Fort marri, je conservai donc en fin de séance ma petite 4e avec sa meilleure amie pour lui dispenser quelques petites excuses et lui faire une rapide leçon sur le moquage de prof et des risques encourus. La petite m’assura de retenir la leçon. Je m’engageai pour ma part à contenir mes piques diligentes, elle, sa ménagerie, et nous convînmes d’un armistice que nous signâmes sur le champ, décrétant férié le jour courant, et elle quitta la salle le visage radieux, la brave petite enfant.
(Ouais, mais j’l’ai quand même bien bâchée celle-là !!!)
La morale de cette histoire, la pauvrette l’apprit à ses dépens, c’est qu’il n’est pas plus vile manière, que de moquer un titulaire, que ce soit par devant, ou pire, par derrière.
03 mars 2008
Pas de petits bras chez les 6e4
Une des choses que j’apprécie avec mes 6e4, comme avec toutes les 6e d’ailleurs, c’est leur motivation.
Pour en mesurer le niveau, il me suffit de leur poser une question, car dès cet instant, l’horizon disparaît derrière une haie de bras pointant le zénith. C’est leur volonté farouche de répondre à mes questions. Et comme évidemment je ne peux interroger chacun, ils se livrent à une sorte de petit jeu qui consiste à attirer mon attention, à tout prix, voire n’importe quel prix, afin que je leur octroie le bonheur indicible, la faveur des faveurs, de répondre à mon questionnement.
Ben oui, pasque bon, quand le prof y pose une question et que tu sais la réponse, ben tu veux la donner, c’est normal. Mais c’est pas aussi simple, pasque t’es pas tout seul à vouloir la donner, alors faut lui montrer au prof que non seulement tu la sais la réponse, mais qu’en plus, il doit te choisir parmi tous les autres, toi compris, si j’peux dire.
Et pour te faire remarquer, heureusement, la nature est bien faite, t’as le levage de bras avant d’parler.
Bon, le levage de bras avant d’parler, c’est assez technique, mais je vais essayer de faire simple, pasque ça peut toujours servir, notamment à vous mesdames, lorsque vous souhaitez attirer l’attention de vos compagnons. Mais bon, je ne garantis rien, et pis doit y avoir d’autres trucs, enfin, je suppose.
Bon déjà, faut être à l’affût de la question que tu sais la réponse, mais dès qu’elle arrive, et que la réponse est dans ta tête, ben tu la choppes, et tu l’envoies direct dans ta bouche, mais tu la retiens par les bretelles, pasque faut pas la dire sans prévenir, c’est malpoli. Alors pour avertir, tu donnes un bon coup de klaxon, mais comme t’as pas de klaxon, ben à la place, tu lèves ton bras, à fond, pour être prem’s, et pis tu le tends bien, en tirant fort vers le haut, jusqu’à ce que ton épaule elle soit un peu déboîtée, mais pas trop, juste un peu, comme ça, zou, deux cm de gagné. Et la main, bien au bout du bras, mais vraiment au bout, et méga tendue la main. Un p’tit truc, n’oublie surtout pas de mettre l’autre main juste sous l’aisselle du bras levé, pour aider à tenir, pasque bon, ça fait son poids quand même. Et pis pour finir, pense bien à tendre l’index aussi, bien à fond, supra raide l’index, et bien dans le prolongement du bras et de la main, comme ça, si t’as tout bien fait, normalement, ton bras, y fait au moins deux mètres.
J’te jure.
Si le prof t’a pas vu, tu parles d’un bigleux çui-là, tu peux augmenter encore tes chances, très simplement. Comme ça, sans en avoir l’air, malgré que t’as pas le droit, tu lèves un peu les fesses de ta chaise, hé, mine de rien, tu gagnes cinq cm, ça peut faire la différence, pasque le prof, il interroge que les bras les plus hauts, les autres, y s’en fout.
Une autre astuce : si des fois, comme souvent, t’as pas la réponse, tu lèves quand même, comme ça y croira que tu sais, et si par malheur y t’interroge, tu dis :
- Ah ben non, j’croyais … heu… mais c’est pas ça…
Tu t’en fous, l’important c’est d’être interrogé, si on s’arrête sur les détails maintenant.
Reprenons.
Là, t’es au taquet au niveau de la hauteur du bras, tu peux pas plus, et qu’est-ce que tu constates ??? Que le prof y te regarde même pas, putain fait chier çui-là, t’es à deux doigts de changer le néon, et l’autre y t’voit même pas !!!
Alors heureusement, y t’reste les combines.
Toujours le bras tendu vers Saturne, tu regardes le prof à fond, en écarquillant bien les yeux, tout en clignant des cils, très vite, que ça fasse un peu comme un gyrophare quoi, pasque le prof, les gyrophares, ça attire bien son attention, et en général, ça marche. Bon, pas là, mais tu t’en fous, pasqu’ensuite, y t’reste ton joker, ta langue, pasque tu la sors. Pas trop, juste un peu, mais quand même, pour bien montrer que t’es impliqué à fond dans le truc, et en plus, tu fais une bonne vieille grimace, pour dire ta souffrance, ton agonie, que t’en baves quoi, faut que tu fasses pitié en fait, pasque putain, tu veux la donner cette réponse bordel !! Et avec ça, franchement, s’y t’interroge pas l’autre, c’est à te dégoûter d’apprendre tes leçons, et du coup, t’iras tout répéter à ton père qu’est gendarme.
Et avec tout ça, tu crois qu’y t’a vu l’autre ???
MÊME PAS !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Alors tu tentes ton va-tout, tant pis, tu jettes tout dans la bataille, et tu joins la parole au geste et tu te lâches :
- HÉÉÉÉ M’SIEUR !!! M’SIEUUUR !!!!! MOI M’SIEUR !!! NOOOON (pas lui) !! MOIIII !!!! M’SIEUR !!!
Un peu comme si tu criais au secours, mais pas trop fort quand même, pasqu’y pourrait gueuler l’autre.
Pis des fois même, tu dis :
- M’DAME !! M’DAAAAAME !! Heu… pardon… m’sieur j’voulais dire…
Ben oui, pasque t’as beaucoup de profs filles, alors des fois, tu t’embrouilles un peu, alors le prof y te taquine en disant que pourtant y met pas de jupe, alors ton visage il a un peu honte en rouge clair, et tu baisses ton bras pasque bon, autant tu voulais qu’il te voit bien, autant là, t’aimerais plutôt qu’y regarde ailleurs.
Et là, tu t’y attends pas, et il te regarde et il fait :
- Alors ??? Les matériaux ???
- Ben les matériaux ça sert à fabriquer des choses… des objets techniques !!! Même…
- Très bien !!!
Alors t’es tout bien content, c’est vrai, ça te fait un peu comme un vingt sur vingt, sauf que tu l’as pas, ben ouais, mais t’es bien fier quand même, et avec ça j’te jure, t’as gagné ta journée.
En fait, t’es une star.
Bon, les questions d’après, tu te reposes un peu, pasque bon, t’as un bras plus long que l’autre du coup, alors faut le temps qu’il reprenne sa taille, et tu peux glander un peu.
Pis le cours continue, et là, d’un coup, la méga tuile, le prof y t’interroge alors qu’t’as même pas levé la main !!! C’est quoi ce bordel ?!?!? Hé, depuis quand on interroge quand t’as pas levé ??. Pourtant c’est pas compliqué, quand on lève pas, t’interroge pas, putain, c’est pas sorcier merde, hé, les profs, faut tout vous expliquer ou quoi ?!?!
Alors comme t’es surpris, ben tu improvises, mais alors, complètement :
- Ben heu…
Oui, fais bien traîner le « heu », ça occupe le terrain, mais prends quand même l’air de réfléchir, ça coûte rien, et on sait jamais, y pensera peut-être que tu fais des recherches dans ta tête :
- Attendez m’sieur… heu… je cherche…
- Oui, tu veux une lampe de poche ???
Oui, bon là, il fait son drôle, mais comme c’est pas l’mauvais bougre, au bout d’un moment, il te laisse chercher peinard, et il interroge un autre.
Alors bien sûr, t’es un peu déçu, c’est vrai quoi, gaulé, ça te fait un peu comme un zéro sur vingt, sauf que tu l’as pas, et c’est pas plus mal, mais tu restes un peu bête quand même.
Voilà, et c’est ainsi à chaque fois, toute question provoque une levée de bras chez mes 6e4.
Mais je dois te faire une confidence cher lecteur, leur propension à lever leur bras à tout bout de champ, vu qu’ils adorent ça, a fini par installer dans la classe une ambiance malsaine. Car lorsque ma série de questions est achevée, je sens bien qu’ils ne veulent pas en rester là, qu’ils veulent encore jouer. Alors ils reprennent leurs activités, bien sûr, mais en me surveillant du coin de l’œil, veillant au grain, comme tapis dans l’ombre, à l’affût de la moindre forme interrogative, ou assimilée comme telle, qui serait pour eux l’occasion de hisser immédiatement leur étendard à doigts. Et je le sens bien cher lecteur, lorsque je rejoins le tableau, qu’ils m’épient, que la tension est palpable, que si j’ai le malheur de prononcer une quelconque question, ils vont recommencer à faire ces trucs avec leurs yeux, leurs bras, et leurs langues aussi.
Et des fois, j’ai peur.
C’est donc avec la plus grande prudence, et tu le comprendras cher lecteur, prenant soin d’éviter toute forme interrogative, que je reprends mon cours :
- Bon, reprenons, alors...heu… ben, elle est où ma craie…
Et merde.