01 mai 2008
Le printemps
Aaaaaaah le printemps !!! Féerie d’une renaissance mille fois célébrée, magie de notre majestueuse nature, auguste bienveillance de nos latitudes, qui fait verdoyer nos forêts, rosir les visages, bleuir nos prés, jaunir les champs, sans oublier le linge, qui sèche tellement plus vite.
Que de bontés.
C’est ça la magie du printemps, tout s’échauffe, les cœurs s’enflamment, les corps tisonnent, et Dame Nature exhale son renouveau, exposant nos pâleurs à son doux rayonnement, tandis qu’au loin là-bas, les vrombissements des tondeuses à gazon saluent à leur façon le retour de la belle saison.
Enfoirés de voisins va.
Ah !!! Souviens-toi lecteur !!! De cette époque bénie, bien après J.-C, mais juste avant SMS, où dans une sorte de rituel printanier, apparaissait une flore d’un genre particulier : de petits bouts de papier porteurs d’amoureuses requêtes et autre invite au bisou, se répandant d’un bout à l’autre de la classe, en direction de l’être cher.
Aaaaaaaaaah !!! Que de souvenirs !!!! Les doux souvenirs de l’adolescence !!!!
Souviens-toi lecteur, lorsque nos ferventes déclarations se déclinaient en de minuscules formats, que nous faisions circuler par de complexes trajets clandestins en direction de l’être aimée, avec l’aide bienveillante de toute la classe. Souviens-toi lecteur, lorsque la missive prenait le chemin du retour, son petit bonhomme de chemin, empruntant mille détours, faisant battre nos cœurs, pour enfin l’avoir entre nos mains. Où là, le cœur serré, nous dépliions la dépêche pour enfin découvrir la réponse de la belle, écrite de sa main même, de cette main si délicate : « Tu peux te brosser ».
Alors nous arborions ce petit sourire benêt si caractéristique de ces instants précieux où l’on se sent si con, et que l’on dévisage le tableau, subitement intéressé par les troubles équations, exposant notre acné purulent aux doux rayons des néons, mais enfin initié à cet aspect incontournable de la vie amoureuse : le râteau.
Alors par dépit, nous rédigions un deuxième message à destination cette fois d’une moins jolie, ce qui augmentait sérieusement nos chances. Une malgré tout fort bien nantie, et de corps et d’esprit, et qui en pinçait grave pour nous, avec laquelle nous allions négocier des heures durant pour lui tripoter les lolos, ce qu’elle finissait par accepter, afin d’avoir enfin la paix, et à bout. Des lolos soigneusement enveloppés dans un soutif, puis un chemisier, puis un gilet, puis un manteau, mais le palpage de la matière noble de ce dernier seul, suffisait amplement à notre bonheur, et faisait notre gloire pendant la récré, où nous prétendions avec une mauvaise foi absolue, qu’on lui avait vu le téton.
Une que l’on larguerait sans autre façon.
Mais une que l’on retrouvera bien des années plus tard, car de passage dans le coin, et qui avec un petit sourire aux lèvres et un brin moqueuse vous glissera « Et toi ?? Toujours aussi galant avec les femmes ??? »
Alors nous arborerons ce petit sourire benêt si caractéristique de ces instants précieux où l’on se sent si con, et que l’on dévisage le parcmètre le plus proche, subitement intéressé par ces métronomes de l’immobile, et bredouillant un convaincant « Oui oh tu sais, j’étais jeune… et toi ?? T’as quoi comme voiture ??? ». Espérant secrètement qu’au vu de la date des faits, il y aurait prescription.
Et oui, c’est aussi ça le printemps, tandis que les doryphores prolifèrent, que les patates abhorrent, des nuées de coléoptères s’apprêtent à butiner la flore.
Héhé.