Un prof vide son cartable

Chroniques déconnantes à base de prof.

04 mai 2008

L'amour enfin retrouvé chez les 6e4

Chez les 6e4, le printemps est aussi à l’ouvrage.

Et pour les garçons, c’est une épreuve bien difficile que celle de résister à l’appel de toutes les gracieuses de la classe, déclinées en robes et jupes colorées, trésors troublants se mouvant en d’exquises volutes, exposant leurs minuscules gambettes, aux extrémités délicatement engoncées dans de splendides espadrilles jaunes.

Ou vertes.

Oui, qui pourrait imaginer que dans ces chatoyantes babouches, espace détente de l’orteil fourbu, vit un monde de douceurs et de félicités, où la vie prend tout son sens et les sens toute leur vie ???

– Alors Bourzig ??? Une p’tite copine en ce moment ??
– Ben non… pis là, j’ai foot le soir...

Oui, il y a des priorités dans la vie, et c’est vrai que l’on n’a pas toujours les disponibilités pour s’occuper de ces dames, c’est regrettable mais c’est ainsi.

– Mais dis Bourzig, c’est le printemps, faut taquiner la gisquette, et Fanny ???
– Ouais bof… et pis Fanny, elle est amoureuse d’Houzi, des 6e7… alors les filles…

Des 6e7 ??? Mais c’est quoi ce bordel ??? Alors qu’on a tout ce qu’il faut en 6e4 ???

Sans plus attendre, je demandai confirmation de l’ignominie auprès de la joliette :
– Fanny, je viens d’apprendre pour Houzi, je ne te cache pas que je suis plutôt déçu, un 6e7… je te pensais plus ambitieuse…
– Oui mais il habite juste en dessous de chez moi, c’est plus pratique.

Plus pratique ?!?! Et l’amour bordel !!!!!

Ainsi donc Mata Hari s’était réincarnée en choupette et sévissait au cœur même des 6e4, convolant avec l’infamie : un élève standard de 6e7. Je ne savais pas cette dernière capable d’une telle forfaiture, et je dois avouer ma bien grande tristesse de voir ainsi notre Fanny refuser ses faveurs à mon équipe de bras cassés, préférant l’amour de proximité, que dis-je, de bas étage, à l’exotisme enivrant de la rue d’à coté, contrée où se reposaient après une journée de dur labeur, mes trois mousquetaires.

Je me devais de réagir et de rapatrier ces amours égarés, afin de maintenir l’homogénéité du groupe classe. Aussi je décidai d’incliner le cours des choses, je bottai donc le cul au destin :
– Houzi ??? Jacques Houzi ??? Des 6e7 ???
– Vi.
– Ah bon… c’est marrant… je croyais qu’il était avec Éva des 6e2 (tu suis lecteur ??)…
– Ah oui ???
– Oui mais bon, j’ai dû me tromper, y se faisaient des bisous au fond de la cour, mais c’était certainement amical, rien d’inquiétant donc, voilà…
– …

(Saches, cher lecteur, que ces méthodes me répugnent, mais tu me pardonnera cette vile crapulerie mais j’ai un blog à tenir, alors si les filles commencent à courir à droite à gauche, je fais comment moi ???)

Et j’ajoutai ceci :
– Quand on pense qu’un garçon comme Bourzig est célibataire… mais dans quel monde vit-on…

Alors Fanny, interloquée, ouvrit nerveusement sa trousse, et sorti le taille crayon, vestige de son amour passé, et mille souvenirs défilèrent devant ses yeux, ces si chers instants, quinze jours de nectar de bonheur. Puis, sans doute le cœur gros, elle regarda là-bas au loin, au fin fond de la classe, par delà les bons élèves, ce héros tant aimé, le sieur Bourzig, visiblement très occupé à ne rien faire, se balançant nonchalant sur sa chaise, avec cette tranquille assurance du redoublant qui sait qu’il ne peut pas tripler, et cette vision emporta la belle et sa décision.

Quant à moi, j’informai illico mon glandeur sur balançoire de cette nouvelle opportunité :
– Dis Bourzig, pour Fanny, c’est bon hein, tu peux attaquer, à fond.
– Ah bon ?? Ouais… j’vais voir… avant d’aller au foot…

Alors mon cœur s’emplit de joie de voir enfin ce couple reconstitué, tel un surimi d’amour, une offrande déposée en humble contribution aux féeries du printemps.

Et c’est en rejoignant ma voiture, que je vis à la sortie du collège, mon Bourzig achever de conquérir la belle, dessinant des myriades de figures avec son vélo, démarrant sur la roue arrière, puis virant en de majestueuses glissades, avant que de piler juste devant Fanny, laquelle hébétée, n’en pouvait plus d’amour d’autant de dérapages. Puis Bourzig, pour parapher son œuvre, démarra un sprint effréné afin d’afficher sa vitesse de pointe, ce qui finit de combler Fanny, une Fanny pantelante, au bord du chemin et de l’évanouissement, car mille fois reconnaissante de toutes ces ardentes déclarations, tandis qu’au loin là-bas, debout sur les pédales et au milieu des gaz d’échappement, s’évaporait le chevalier au biclou rouge.

Posté par Charly Le Prof à 13:00 - Commentaires [26] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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